(Montréal) Eliot Grondin n’a pas peur de le dire : il a été impressionné par toute l’ampleur des Jeux olympiques à PyeongChang. Ce ne sera pas le cas à Pékin.

Publié le 19 janvier
Frédéric Daigle La Presse Canadienne

« Je ne serai pas surpris cette fois-là. [Les JO], c’est gros, c’est impressionnant et ça gruge beaucoup d’énergie », a-t-il raconté d’Allemagne où La Presse Canadienne l’a rejoint plus tôt ce mois-ci.

Le spécialiste du snowboard cross aura aussi moins l’impression de nager dans le brouillard.

« J’ai déjà une idée de ce qui va arriver et je serai mieux en mesure de me préparer pour les quelques jours là-bas, a ajouté l’athlète de 20 ans seulement. C’est certain qu’en raison de la COVID, l’expérience ne sera pas la même qu’en 2018, mais c’est une bonne expérience que d’avoir vécu les Jeux une première fois. »

Le planchiste de Sainte-Marie, en Beauce, n’avait que 16 ans quand il a foulé le parcours olympique Du Parc du Phénix de Bokwang. De son propre aveu, il n’était pas prêt à vivre une pareille expérience.

« Je n’avais pas de stress lié à ma présence aux Jeux, mais un stress de “courser” avec les meilleurs au monde dans l’un des plus gros parcours que je n’avais jamais parcouru auparavant. Je paierais cher pour avoir l’a chance de livrer une nouvelle course sur ce parcours demain matin ! C’est certain que je vais être beaucoup moins impressionné [à Pékin]. Je ne serai pas aussi déstabilisé que la première fois. »

C’est un peu comme si Grondin était arrivé hors d’équilibre aux Jeux de 2018. Non seulement il n’a obtenu son billet pour la Corée que quelques semaines avant les Olympiques, c’est un peu comme si toute sa carrière s’était déroulée sur les chapeaux de roue jusque-là.

Acrobate né

C’est sa mère, Mélanie Turcotte, qui lui a parlé de surf des neiges en premier.

« J’avais 2 ou 3 ans et je glissais dans des petites soucoupes de plastique derrière chez moi, debout. Ma mère m’a dit que si je voulais glisser debout, il y avait un sport que je devrais essayer : le snowboard. Elle m’a inscrit à la montagne pas loin de chez nous à des cours l’année suivante et j’ai attrapé la piqûre immédiatement. »

Quatre ans plus tard, son grand-père Denis Turcotte a vu une publicité pour une Coupe du Québec de surf des neiges à Stoneham. Il a décidé d’y inscrire son petit-fils de 8 ans.

« J’ai gagné la compétition, ça m’a alors donné envie de continuer. À ma deuxième Coupe du Québec, j’ai terminé en deuxième place. Il n’était plus question d’arrêter après cela. »

De 8 à 15 ans, son père, Jean-Francis Grondin, sa mère et lui ont sillonné le Québec, le Canada et une partie de l’Amérique du Nord pour les Coupes du Québec, ainsi que les Championnats canadiens et américains.

« Mes parents et mon grand-père m’ont trouvé des commanditaires pour supporter mes saisons pendant ces années-là, se rappelle Grondin. On se promenait beaucoup à travers la province. On était chanceux d’avoir un club qui n’était pas dispendieux et qui était près de chez nous : il n’y avait donc pas de frais d’hébergement. »

Esprit de compétition

Compétiteur né, Grondin aspirait toutefois à plus. À l’âge de 15 ans, les compétitions de la Fédération internationale de ski (FIS) s’ouvrent enfin à lui. Il ne ratera pas sa chance.

« J’ai obtenu une première invitation, pour l’étape de Veysonnaz, en Suisse, mais je n’ai pas réussi à y participer, car je me suis blessé à l’entraînement. Cette année-là, j’ai fait plusieurs podiums sur le circuit nord-américain, j’ai terminé septième aux Mondiaux juniors, mais je n’ai pas pris part aux Canadiens, car j’étais blessé. Ces résultats m’ont permis de percer la formation de développement de l’équipe nationale la saison suivante. »

La lutte semble toutefois inégale face à des hommes, mais Grondin fait assez bien pour faire partie de la discussion en vue des Jeux de 2018. Quand vient le temps de nommer l’équipe olympique, il est toutefois laissé de côté. Un entraîneur lui fait par contre valoir qu’il devrait prendre part à la Coupe du monde prévue en Turquie au début de janvier, question de solidifier son quota olympique, au cas où une place se libérerait.

À quelques jours de la compétition, toute la famille met l’épaule à la roue pour dénicher des vols pouvant permettre à Grondin de se rendre de la Beauce aux montagnes de Turquie, un périple qui lui prendra quelque 36 heures.

Les résultats ne sont pas au rendez-vous : il termine 44e. Mais comme pressenti, cela lui ouvrira la porte des Jeux.

« Il y a une place qui s’est libérée, je ne me souviens plus de la raison, si c’est un pays qui l’a refusée ou si c’est en raison d’une blessure, mais j’étais le prochain sur la liste et j’ai pu rejoindre les trois autres gars de l’équipe canadienne. »

De la Turquie, Grondin gagnera directement la Corée. C’est dans cet état d’esprit qu’il participera à ses premiers Jeux. Il atteindra les huitièmes de finale, où il commettra une erreur qui le fera chuter dans un saut, scellant ainsi ses premiers JO.

« La chute, c’est une parmi trop de chutes qu’il y a eu cette journée-là chez les hommes. C’est un mélange de la vitesse dans le parcours, de mon manque d’expérience à ce niveau-là et contre ces gars-là, en plus d’un manque de force physique. Je n’étais pas très fort il y a quatre ans. »

Il savait maintenant quels éléments travailler.

Un podium dans la mire

« C’est certain que passer de 16 ans à 20, ça fait une grosse différence, autant du côté physique que de ma maturité. J’ai beaucoup évolué. J’ai beaucoup plus d’expérience qu’en 2018, autant en course que dans tout ce qu’il y a autour du snowboard cross. Mon niveau est bien meilleur qu’il ne l’était il y a quatre ans. Je sais que j’ai la capacité de bien faire : les résultats des deux dernières années le prouvent. C’est assez excitant. »

Deuxième au classement mondial l’an dernier, Grondin vient d’enfiler quelques podiums au cours des dernières Coupes du monde qui lui permettent d’aspirer au podium pékinois.

« Comme tout le monde qui va aux Olympiques, je rêve d’une médaille. Je crois être en bonne posture pour réussir. J’ai hâte de voir le parcours. Je pense que ça va être une bonne semaine pour moi là-bas. »

Grondin sera en piste le 10 février et disputera la compétition mixte par équipe deux jours plus tard.