Il ne s’agissait pas de savoir où : ce serait à Boston ou nulle part ailleurs. Ni de savoir si : sa décision est prise depuis un mois déjà. Encore moins de savoir à quel prix : déjà, par le passé, il avait accepté moins d’argent pour accommoder la direction du club.

Mis à jour le 8 août
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Il suffisait de trouver le bon moment. Celui-ci est venu : Patrice Bergeron a signé un nouveau contrat d’un an et amorcera dans quelques semaines sa 19e saison dans la LNH. Dans l’uniforme des Bruins, évidemment.

Le Québécois a accepté une entente d’un an qui lui rapportera 2,5 millions. Il empochera 2,5 millions de plus s’il dispute 10 matchs en 2022-2023 – une formalité, sur papier, mais qui donne un sérieux coup de main aux Bruins, qui n’ont pratiquement plus d’espace sous le plafond salarial. Les équipes peuvent en effet reporter le versement de bonis de performance à l’année suivante si elles dépassent le plafond.

En point de presse virtuel, lundi, l’attaquant de 37 ans a expliqué qu’il savait, dès le début du mois de juillet, qu’il ne prendrait pas sa retraite. Abattu après la défaite des siens au premier tour des séries éliminatoires, le printemps dernier, il n’avait précisé ses intentions à personne, pas même à ses coéquipiers. Il devait se laisser du temps pour se reposer et pour discuter d’avenir avec sa femme et leurs enfants.

Dans l’intervalle, deux constats, intimement liés, se sont dégagés. D’une part, il n’était « pas prêt » à « passer à l’étape suivante », celle d’accrocher ses patins. D’autre part, il sentait qu’il avait encore « le feu sacré ».

Quelques semaines à peine ont suffi pour que « le désir et la passion » reviennent et que l’envie de renouer avec l’entraînement s’empare de lui. Sa rééducation à la suite d’une opération à l’épaule va bien. Il s’attend à arriver au camp d’entraînement en pleine forme.

Cette saison sera-t-elle sa dernière ? Sa réflexion n’en est pas là, assure-t-il. « Peu importe ce qui m’attend dans le futur, on l’abordera au bon moment. Je me concentre sur cette année. J’ai vraiment hâte au camp ! »

Une aubaine

Avec cette annonce, les Bruins s’assurent de garder les services de l’un des meilleurs joueurs de centre de la LNH, et certainement le meilleur à sa position en couverture défensive. Au terme de la saison 2021-2022, Bergeron a reçu le trophée Selke pour la cinquième fois de sa carrière, un record.

Au cours de la prochaine saison, il se hissera probablement parmi les trois meilleurs buteurs et pointeurs de l’histoire de la franchise. Il a gagné la Coupe Stanley en 2011 et remporté deux médailles d’or olympiques. Un siège l’attend au Temple de la renommée.

À 5 millions, Patrice Bergeron représente sans conteste une aubine pour son équipe. Selon le site de référence CapFriendly, 50 joueurs de centre auront un salaire total supérieur au sien en 2022-2023.

Pour lui, néanmoins, ce n’était pas une question d’argent – encore que 5 millions de dollars ne soient pas une bagatelle. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, qu’il accepte une offre inférieure à ce qu’il aurait pu empocher sur le marché des joueurs autonomes. À titre comparatif, en 2013, Bergeron signait une prolongation de contrat d’une valeur moyenne de 6,875 millions. Un an plus tard, Jonathan Toews décrochait 10,5 millions.

Or, pour le natif de L’Ancienne-Lorette, « le hockey, ça revient au succès de l’équipe ».

Ce qu’on veut, ultimement, c’est gagner. C’est ce qui fait la différence entre une belle carrière et une grande carrière. Ça tient aussi aux amitiés qu’on tisse, aux souvenirs qui restent pour toute la vie…

Patrice Bergeron

« Nous gagnons plus d’argent que tout ce dont nous aurions pu rêver, a-t-il rappelé. Si je peux en laisser un peu sur la table pour que l’équipe reste compétitive, ça peut faire une grosse différence. C’est la manière dont je veux jouer : pour gagner, pour connaître du succès. »

Cette philosophie n’engage que lui, mais Bergeron espère que les joueurs qui le suivront, à Boston, adhéreront à cette manière de penser. Il n’est pas le seul, visiblement, à voir les choses de cette façon. Son coéquipier et partenaire de trio, Brad Marchand, venait de signer une récolte de 85 points lorsqu’il a accepté un contrat à long terme d’une valeur annuelle de 6,125 millions. Il est, depuis l’entrée en vigueur de cette entente en 2017-2018, le cinquième pointeur de la LNH.

PHOTO MICHAEL DWYER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Patrice Bergeron (à gauche) et son coéquipier Brad Marchand

Pas inquiet

Si Bergeron a mis autant de temps avant de confirmer son retour, c’est parce qu’il voulait laisser le champ libre aux Bruins pour régler une série de dossiers pendant la saison morte.

Il a dévoilé ses intentions à la direction de l’équipe ainsi qu’à son agent, Philippe Lecavalier. Il laissait le reste entre leurs mains.

Les Oursons ont embauché un nouvel entraîneur-chef, Jim Montgomery. Ils ont transigé afin d’obtenir Pavel Zacha, des Devils du New Jersey. Ils ont bouclé le repêchage. Le tour de Bergeron est ensuite venu. De son propre aveu, il n’a jamais eu d’« inquiétudes ».

« On connaissait la situation salariale des Bruins, mais on voulait que ça fonctionne », affirme-t-il.

Le respect qu’il a ressenti tout au long du processus lui a fait chaud au cœur. Celui démontré par son agent, d’abord. « Phil m’a vraiment écouté, insiste Bergeron. On entend parfois des histoires d’agents qui veulent surtout presser le pas avec les équipes. Ce qu’on veut, aussi, c’est quelqu’un qui nous écoute vraiment, qui sait ce qu’on veut, où on en est dans notre carrière. Phil a bien saisi où j’en étais. »

Il a aussi vanté le respect qu’ont démontré ses coéquipiers, qui n’ont jamais tenté de précipiter sa décision. Et il a aussi apprécié que son ex-agent Kent Hughes, devenu directeur général du Canadien, ne tente pas de l’attirer à Montréal.

« Il est meilleur que ça, a souri Bergeron. On se connaît depuis 20 ans, il sait que Boston est le seul endroit où je veux jouer. Il savait qu’il devait rester en retrait, que je devais prendre ma propre décision avec ma famille. »

À sa connaissance, d’ailleurs, aucune autre équipe n’a tenté de l’embaucher. « Il faut croire que c’était clair ! »

Pour Patrice Bergeron, en tout cas, ce l’était.

Les Bruins règlent leurs dossiers

Une fois que le retour de Bergeron a été annoncé, les Bruins ont bouclé leurs derniers dossiers de la saison estivale. L’embauche de David Krejci a été révélée dans les heures qui ont suivi. Le joueur de centre empochera un salaire de base de 1 million assorti de bonis de performance de 2 millions. Sans contrat au terme de la saison 2020-2021, il était rentré chez lui en République tchèque et a disputé la dernière campagne avec le HC Olomouc. À moins que cette saison en Europe lui ait fait perdre tous ses moyens, Krejci peut encore être un contributeur offensif efficace, lui qui avait récolté 44 points en 51 matchs à sa dernière saison à Boston. Toujours lundi, les Bruins se sont entendus avec Pavel Zacha. L’attaquant de 25 ans empochera 3,5 millions la saison prochaine. Avec les Devils du New Jersey, il a récolté 36 points en 70 matchs au cours de la dernière campagne. Il a été échangé aux Bruins le mois dernier en retour d’Erik Haula.