Est-ce que le départ de Tyler Toffoli annonce le début d’une reconstruction ? « Oui. »

Publié le 15 février
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Nick Suzuki n’a pas cherché à contourner la question de quelque manière que ce soit. La direction du Canadien n’a pas nommément expliqué son plan aux joueurs, mais ceux-ci ne sont pas dupes.

Le nouveau directeur général Kent Hughes a frappé un grand coup avec la première transaction réalisée sous son règne. Toffoli, meilleur marqueur de l’équipe depuis son arrivée à Montréal la saison dernière, a été échangé aux Flames de Calgary en retour de deux choix au repêchage et d’un espoir (et d'un joueur de soutien en fin de contrat).

Avec encore deux années à écouler à un contrat fort raisonnable, l’attaquant constituait probablement le joueur le plus attrayant pour les autres équipes. Toffoli l’a lui-même souligné : d’autres changements suivront donc rapidement.

La reconstruction que veut entreprendre l’organisation est maintenant évidente. « On lit ce qui se passe, les gestes qui sont faits », a dit Suzuki.

Celui qui est lié au Canadien pour les huit prochaines saisons en vertu d’un contrat à long terme qu’il a signé en octobre dernier espère que le processus de remise à neuf « sera rapide ».

« Il y a beaucoup de jeunes joueurs dans le système, et il y en aura encore plus l’an prochain après le repêchage », a-t-il poursuivi.

L’avenir est lumineux pour cette équipe. On n’a pas besoin de cinq ans pour reconstruire. Des gars plus vieux veulent rester et ne veulent pas que ce soit une longue reconstruction.

Nick Suzuki

Il n’empêche que le joueur de centre a assuré être « heureux à Montréal » et vouloir « gagner ici ».

Il est juste loin d’être clair à quel moment cela se produira.

« Le capitaine sans le C »

Le départ de Toffoli laisse évidemment un grand vide dans la formation. Sur le plan offensif, ses 37 buts en 89 matchs depuis janvier 2021 le placent largement en tête du Tricolore. Son plus proche poursuivant, Josh Anderson, a marqué 11 fois de moins.

Mais c’est sur le plan humain que l’impact pourrait être le plus flagrant. Toffoli est rapidement devenu un grand frère pour Suzuki, Cole Caufield et Jake Evans.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Tyler Toffoli, Nick Suzuki, Cole Caufield et Jake Evans

« On est très proches, a confirmé Caufield. On s’est parlé sur FaceTime [lundi] après l’échange. Je suis emballé pour lui. C’est un gars qui mérite d’aller gagner une autre Coupe Stanley. »

L’entraîneur-chef Martin St-Louis a lui aussi vanté l’ascendant de Toffoli sur ses coéquipiers. En l’absence de piliers comme Shea Weber et Carey Price, il « était vraiment le capitaine sans avoir le C ».

On perd un gros morceau de leadership. Pour être passé par là, je suis conscient de la responsabilité de plus que ça met comme entraîneur d’essayer de mener l’équipe.

Martin St-Louis

On n’y pensait pas plus tôt, mais il est vrai que l’ancien ailier vedette, même s’il a gagné la Coupe Stanley avec le Lightning de Tampa Bay, a tout de même mangé son pain noir en Floride.

De 2008 à 2013, l’équipe a raté les séries éliminatoires cinq fois sur six. Deux fois a-t-elle subi au moins 40 revers, et la tendance de la courte saison 2012-2013 (26 défaites en 48 matchs) pointait dans cette direction. Des joueurs vedettes sont partis et de jeunes vedettes ont été repêchées – Steven Stamkos, Victor Hedman, Jonathan Drouin.

« Comme joueur, quand une saison commençait, même si tout le monde disait qu’il y avait une reconstruction, je ne me suis jamais dit : “On n’a aucune chance, pourquoi je devrais me forcer ?” Je ne me suis jamais arrêté à ça. Les gars ont leur fierté : certains cherchent un nouveau contrat, d’autres veulent un plus gros rôle l’an prochain. Il y a beaucoup de choses à considérer. »

St-Louis a rappelé que, dans le contexte actuel du Canadien, il se concentrait sur l’« enseignement » à offrir aux joueurs. Et il avoue n’avoir « aucune idée » du plan de match exact de ses patrons.

Suzuki est justement de ceux qui seront appelés à prendre le relais à moyen et long terme sur le plan du leadership lorsque d’autres vétérans auront quitté le navire. Il est pratiquement acquis que Ben Chiarot sera échangé. Jeff Petry devrait tôt ou tard subir le même sort. Et même s’ils ont de lourds contrats, ni Brendan Gallagher ni Josh Anderson ne sont à l’abri.

Le jeune homme de 22 ans a souligné qu’à ses yeux, « un bon leader donne tout sur la glace et mène par l’exemple ». « Si tu n’es pas prêt à le faire, c’est dur d’être crédible », a-t-il ajouté.

Il est le premier à savoir que, plus tôt que tard, ce sera à Caufield, à Alexander Romanov et à lui de mener la charge.

Suzuki se sent « préparé » à cette prochaine étape, encore que, selon lui, son équipe compte encore sur « beaucoup de leaders », si bien que « ce ne sera pas juste une personne qui va mener le groupe ».

C’est sans doute vrai. Mais ça pourrait ne plus l’être avant longtemps.