Phénomène rare s’il en est un : le Canadien est en bien meilleure posture au classement qu’il ne l’était il y a 10 jours. Et il n’a pas disputé un seul match dans l’intervalle.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Depuis que la saison du Tricolore a été mise sur pause après qu’on eut craint qu’un cas positif de COVID-19 (celui de Joel Armia) se propage dans le reste de l’équipe, les Flames de Calgary ont semblé désapprendre à jouer au hockey. Et les Canucks de Vancouver sont demeurés les Canucks de Vancouver. Si bien que le Canadien s’est maintenu malgré lui au quatrième rang de la division Nord et qu’il possède désormais six matchs en main sur chacun de ses deux poursuivants.

Voilà pour la bonne nouvelle. Car la mauvaise, on le sait, c’est que cette semaine de congé dont personne ne voulait obligera les Montréalais à presser le citron comme rarement, voire jamais auparavant. Le sprint de 25 matchs en 43 jours s’amorce ce mardi, alors que Connor McDavid et les Oilers d’Edmonton seront au Centre Bell.

Lundi soir, le Tricolore s’est entraîné pour la première fois en une semaine, après avoir reçu la confirmation que les tests de tous les joueurs et entraîneurs de l’équipe étaient négatifs.

Une fois les exercices terminés, Phillip Danault n’a pas tenté d’amoindrir la situation. Une « grosse tâche » attend son équipe, qui sera testée autant sur les plans « physique que mental ».

C’est là que tu vas voir ceux qui cassent et ceux qui continuent de pousser.

Phillip Danault

L’adhésion au système de jeu devra être totale. Surtout, « il va falloir gagner des matchs », a encore dit Danault.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Phillip Danault

Cette dernière affirmation peut sembler convenue, mais elle l’est moins qu’on pourrait le penser. Car malgré le classement actuel qui le place dans une position extrêmement favorable pour accéder aux séries éliminatoires, le Canadien ne gagne pas souvent.

Pas même la moitié de ses 31 rencontres (14, en fait) s’est soldée par une célébration. Neuf défaites en prolongation ou en tirs de barrage ont contribué au coussin confortable du moment. Mais un fait, cruel, demeure : cela fera bientôt deux mois qu’une victoire n’a pas été suivie par une autre victoire.

Danault refuse par contre de montrer du doigt un manque de confiance. Son équipe, rappelle-t-il, a récolté des points dans 12 des 15 matchs ayant précédé la pause forcée. Soit.

Néanmoins, « on sait à quel point les 25 [prochains] matchs sont importants pour nous », a-t-il assuré.

Très en verve, il a ajouté qu’il s’agirait d’une chance inédite pour ses coéquipiers et lui « de se prouver en tant qu’équipe ». De « batailler pour chaque seconde ».

À l’évidence, le joueur de centre avait hâte que ça recommence.

Équilibre

La motivation a beau être à son maximum, il faudra quand même trouver le moyen de survivre à cette séquence insensée. À compter de la semaine prochaine, et ce, jusqu’à la fin du calendrier en mai, chaque bloc du dimanche au samedi comportera quatre matchs.

L’entraîneur-chef Dominique Ducharme a d’emblée prévenu : le repos sera difficile à maximiser. On devra donc sabrer les entraînements. On compensera avec des séances vidéo.

Il y aura un équilibre à trouver, a résumé Ducharme, entre « toucher la glace, garder l’exécution [et] gérer le repos ».

« Ce sera important de comprendre le groupe, de sentir où il se situe à chaque moment, a-t-il dit. On va s’adapter en cours de route. On savait déjà qu’on ne pratiquerait pas beaucoup. Ça deviendra maintenant quasiment impossible, sinon vraiment court. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Ducharme derrière le banc des joueurs

La pause inattendue de la dernière semaine est arrivée comme « une balle courbe », a-t-il indiqué. On a donc cherché à tirer le maximum de la situation.

Les préparateurs physiques ont mis sur pied des programmes individuels à suivre à la maison, et de multiples réunions par visioconférence ont couvert l’essentiel des phases de jeu imaginables.

On tentera maintenant de retrouver au plus vite la vitesse d’exécution afin que les patrons de jeu redeviennent « une seconde nature » pour les joueurs, selon Ducharme, « autant dans notre style que dans la structure ».

Brendan Gallagher s’attend à un début de rencontre éprouvant contre les Oilers. D’expérience, l’attaquant sait qu’il n’est pas aisé de reprendre le collier après une semaine de congé, qu’elle soit bienvenue ou non.

« On pourrait avoir les jambes lourdes, être brouillons avec la rondelle, a-t-il estimé. Il faut donc trouver le moyen d’amorcer la première période le plus fort possible et de ne plus y penser à mesure que le match avancera. »

Les attentes élevées de Gallagher à l’égard de son équipe n’ont pas changé, assure-t-il. Il espère surtout que ses coéquipiers et lui aient tiré les leçons nécessaires d’une première moitié de saison en dents de scie. Et qu’ils aient « laissé les mauvaises habitudes derrière ».

Ce serait en effet à-propos, surtout contre les Oilers, qui viennent de gagner 8 de leurs 11 derniers matchs.

Phillip Danault parlait de la « grosse tâche » qui attend le Canadien. Ça ressemblera à ça, en effet.

En bref

Enfin un match pour Frolik !

Depuis ses débuts dans la LNH, jamais Michael Frolik n’a raté plus de 19 matchs au cours d’une saison. Et c’était en 2011-2012. L’attaquant tchèque n’a toutefois disputé aucune des 31 rencontres du Canadien en 2021. Quand Jesperi Kotkaniemi et Joel Armia ont été placés sur la liste COVID de la LNH, il devenait évident que Frolik obtiendrait enfin sa chance. L’espoir n’a duré que quelques heures, puisque les quatre matchs suivants du Tricolore ont été annulés. On sait maintenant que Joel Armia ratera une autre semaine supplémentaire en raison du coronavirus et que Tyler Toffoli n’affrontera pas les Oilers d’Edmonton ce mardi soir. Dominique Ducharme a donc indiqué que Frolik « devrait » être de la formation. Sans jamais jouer cette saison, Frolik s’est révélé un travailleur acharné à l’entraînement. « Il sera capable de s’adapter rapidement, a prédit Ducharme. Il mérite d’avoir sa place dans la formation si tout reste comme ça. »

À bras ouverts pour Staal

Eric Staal étant coincé en quarantaine pour encore quelques jours, il n’a pas encore eu l’occasion de rencontrer ses nouveaux coéquipiers en personne. On comprend toutefois qu’il a déjà fait une forte impression. Phillip Danault a mis l’accent sur la « profondeur » que le vétéran apporterait au centre. « Ça va être énorme pour nous », juge le Québécois, qui salue également le coup de main que Staal apportera au cercle de mise en jeu. L’ancien capitaine des Hurricanes connaissait l’une de ses pires saisons en carrière à ce chapitre (48 % d’efficacité) avec les pauvres Sabres de Buffalo, mais au cours des neuf saisons précédentes, il avait terminé à sept reprises au-dessus de la barre des 50 %. Brendan Gallagher, pour sa part, a rappelé que son nouveau coéquipier avait « gagné à plusieurs niveaux différents » dans sa carrière, et que son arrivée était d’autant plus appréciée que le groupe en place n’avait perdu aucun joueur en retour.

Le trois contre trois en vedette

C’en est devenu lassant de le répéter : le Canadien n’a toujours pas marqué en prolongation cette saison, et ce, malgré d’innombrables occasions. Dix rencontres ont en effet dépassé les 60 minutes réglementaires. N’empêche, en presque 38 minutes passées à trois contre trois, pas le moindre petit but n’a été marqué. Plus d’une fois, Dominique Ducharme a parlé du travail effectué par le truchement de la vidéo pour corriger cette lacune. À l’entraînement, lundi soir, on est passé de la théorie à la pratique avec une longue séance spécifiquement consacrée à cette phase de jeu, à laquelle toute l’équipe a participé. Déjà, au cours du dernier match disputé contre les Canucks de Vancouver, Ducharme dit avoir vu une amélioration dans l’exécution des siens en prolongation – même si les tirs de barrage ont été rendus nécessaires pour sceller la victoire. Or, « une des choses que tu ne peux pas recréer à la maison, c’est la compétition sur la glace », a-t-il expliqué. Lire ici : les courses pour les rondelles libres, les batailles à un contre un, la résistance des joueurs… Notons par ailleurs que Carey Price et Jake Allen ont semblé s’impliquer de façon systématique dans la relance de l’attaque en zone défensive. À garder en tête à la prochaine prolongation. Si le passé est garant de l’avenir, ça ne saurait tarder.