Douze matchs, ce n’est pas beaucoup.

Publié le 7 févr. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Mais avec un calendrier de seulement 56 rencontres, cela signifie que plus de 20 % de la saison est déjà écoulée. Les tendances statistiques commencent déjà à se stabiliser et à devenir plus significatives, pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur, pour le Canadien, c’est cette fameuse attaque qui pointe toujours au sommet de la LNH avec quatre buts marqués par rencontre, et ce, malgré la baisse de régime observée contre les Sénateurs d’Ottawa.

Le pire, ou plus réalistement le moins bon, ce sont les unités spéciales qui, mine de rien, n’ont plus grand-chose de spécial. Car après trois matchs, elles étaient en effet « très spéciales », comme le notait La Presse canadienne : un avantage numérique qui tournait au rythme infernal de 40 % (4 en 10), et un désavantage numérique affichant une efficacité de 85,7 %, soit l’équivalent des meilleures performances de la LNH au cours des quatre dernières années.

Après 12 rencontres, donc, la bulle s’est dégonflée. En avantage numérique, l’équipe est désormais 14e dans la ligue, à 22,2 % (avant les matchs de dimanche). Et à court d’un homme, on est tombé sous la barre symbolique des 80 % (79,6 %), en 18e place. Les sept buts inscrits en désavantage numérique valent bien sûr une étoile aux travailleurs de cette unité, mais ceux-ci sont d’abord chargés de menotter l’adversaire, rappelons-le.

À court d’un homme

Il a largement été question de l’indiscipline du CH dans les six premiers matchs de la saison : dans les six suivants, ç’a été un peu mieux, mais le nombre de buts accordés par 60 minutes de jeu en désavantage numérique est resté étonnamment stable – 7,68 pour les 6 premiers matchs et 7,67 pour les 6 suivants.

Autrement dit, peu importe le nombre de pénalités écopées, on donne un but toutes les 7,8 minutes en infériorité numérique. Ça n’a rien à voir avec l’Avalanche du Colorado, qui accorde un but toutes les 16,6 minutes !

Une autre « stabilité » a aussi été observée récemment : celle de donner, presque chaque soir, un but à court d’un homme. C’est arrivé au cours de cinq des six derniers matchs.

« On doit mieux travailler ensemble », a observé Phillip Danault après la rencontre de samedi – une courte victoire de 2-1 contre les Sénateurs.

L’euphémisme est à propos. En première période, Jeff Petry et Joel Edmundson se sont tous les deux tournés vers Derek Stepan, laissant Colin White et Josh Norris fins seuls devant le filet. White a marqué. « Ça ne prend qu’une petite erreur », a commenté Claude Julien.

Ça ressemblait drôlement au but de Johnny Gaudreau, des Flames de Calgary, une semaine auparavant. Cette fois, c’est Shea Weber et Ben Chiarot qui n’en avaient que pour le passeur Elias Lindholm. Paul Byron n’a pas bien lu le jeu lui non plus.

Deux buts, donc, et autant d’erreurs de communication.

Julien, par contre, a souligné que ses hommes avaient écoulé les cinq dernières pénalités du CH samedi, notamment en toute fin de rencontre. « On s’est bien défendus », a-t-il résumé.

Ce qu’on remarque, par ailleurs, c’est la grande disparité dans le rendement des attaquants en infériorité numérique.

Danault, Nick Suzuki et Artturi Lehkonen ont été parfaits au cours des six derniers matchs. Ç’a été plus difficile pour Jake Evans et Paul Byron. Davantage utilisés que leurs coéquipiers, ils étaient présents sur la patinoire pour cinq et quatre buts de l’adversaire, respectivement.

En fait, Suzuki n’a toujours pas assisté à un but cette saison à 4 contre 5, en 12 matchs, comme en témoigne cette compilation.

L’écart est également notoire chez les défenseurs, alors que Joel Edmundson se révèle être bien plus généreux en infériorité numérique que Shea Weber. Par contre, avant le match à Ottawa, samedi, Edmundson avait été parfait en sept rencontres.

Avantage numérique

En avantage numérique, c’est un peu mieux, sans être excellent pour autant.

L’attaque à cinq du Canadien se situe en milieu de classement, tirée vers le bas par l’inefficacité de sa deuxième vague.

Après s’être inscrite au pointage au cours des cinq premiers matchs de la saison, l’attaque massive du CH a été tenue au silence quatre fois au cours des sept duels suivants. Et un long passage à vide d’un seul but en 16 occasions a pris fin à Ottawa, samedi.

Trois principaux changements ont eu lieu jusqu’ici :

1. Corey Perry a remplacé Josh Anderson après cinq matchs. Perry a été inséré dans la formation après que Joel Armia eut été victime d’une commotion cérébrale. Julien en a profité pour l’utiliser sur la deuxième vague en avantage numérique, dont il est un « spécialiste » à ses yeux – nous y reviendrons.

2. En vue du premier affrontement contre les Sénateurs (match #11), Tomas Tatar a perdu son poste au profit de Josh Anderson.

3. En vue du deuxième affrontement contre les Sénateurs, Perry a été promu sur la première vague. Shea Weber a fait le chemin inverse, et Tatar a remplacé Alexander Romanov sur la deuxième.

La première vague, composée de Suzuki, Toffoli, Jeff Petry et Jonathan Drouin (et Weber avant samedi) est celle qui a fait fonctionner l’avantage numérique jusqu’ici, inscrivant 7 de ses 10 buts.

La deuxième, composée principalement de Brendan Gallagher, Jesperi Kotkaniemi, Alexander Romanov et Tomas Tatar, a produit les trois autres. Ce groupe tire de la patte par rapport au quintette principal, et on cherche toujours la solution. Le déplacement de Shea Weber n’a pas encore porté ses fruits, mais l’échantillon est limité (un seul match).

Le cas le plus énigmatique est toutefois celui de Corey Perry. Les deux fois où Claude Julien a changé son rôle, l’effet s’est fait sentir rapidement, sans toutefois durer. Après son habile passe arrière qui a permis à Gallagher de marquer contre les Flames à domicile (match #7), il s’est complètement effacé. Promu sur la première vague, samedi dernier, il a joué un rôle clé sur le but de Jeff Petry en bloquant la vue du gardien Matt Murray.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Corey Perry (94)

Mais Perry est-il un « spécialiste », comme le dit Julien ? C’est moins clair.

Depuis ses débuts dans la LNH, en 2005-2006, il a inscrit 251 points en avantage numérique en 1052 matchs. C’est évidemment excellent, mais 15 des 29 joueurs qui le devancent ont disputé moins de 1000 parties.

Depuis la saison 2007-2008, le vétéran s’est invité seulement trois fois dans le top 20 des attaquants réguliers de la LNH pour les buts par tranche de 60 minutes en avantage numérique lorsqu’il est sur la glace. Il a atteint son sommet en 2015-2016 en terminant au 8e rang du circuit, alors que l’attaque massive des Ducks d’Anaheim était dominante.

Depuis, il n’a jamais fait mieux que le 60e rang, glissant même en 174e place en 2018-2019. Le jumeler aux meilleurs du CH à ce chapitre le relancera-t-il ? C’est à voir.

On le sait, les contre-performances à quatre contre cinq ou à cinq contre quatre – parfois les deux en même temps – ont coulé le Canadien au cours des dernières saisons. Claude Julien ne peut donc qu’espérer que ses hommes trouvent ou retrouvent leurs repères, et pour de bon.

Afin, en somme, que ses unités spéciales méritent le nom qu’elles portent.