Il y a ceux qui se tournent les pouces pendant la quarantaine. Puis il y a Rafaël Harvey-Pinard.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Pour cet espoir du Canadien, la fin de la saison de la LHJMQ signifie aussi l’occasion de terminer son DEC en sciences de la nature.

« Les cours sont suspendus jusqu’au 30 mars, mais à partir de là, on va recommencer l’école à distance. Il me manque trois cours pour finir mon DEC. Je me suis inscrit à deux cours cette session-ci, parce qu’on pensait se rendre loin en séries… Je voulais ensuite suivre mon troisième cours cet été. Avoir su, j’aurais suivi les trois cours tout de suite ! »

Il y a aussi les marches en nature. Natif du Saguenay, il a donc pu retourner vivre à la maison familiale d’Arvida cette saison, puisqu’il a été échangé aux Saguenéens de Chicoutimi. Les dernières semaines lui ont permis de mieux connaître sa région.

« Avec ma blonde et ma famille, j’ai marché à des endroits que je ne connaissais pas. Il y a deux jours, j’ai marché dans un sentier à La Baie, où tu montes 2 km pour atteindre un sommet où il y a une croix. De là, tu vois toute la région ! »

Et jusqu’à tout récemment, il avait un programme d’entraînement à la maison. « Avant qu’on parte, les Sags nous ont donné de l’équipement pour qu’on s’entraîne. Donc j’ai des élastiques, des ballons, des haltères. Chaque jour, on avait un entraînement à faire, et on avait une puce sur le corps qui calculait nos battements cardiaques. On l’envoyait au coach, donc il voyait qu’on s’était entraînés.

« Si la saison avait recommencé, on aurait été prêts ! »

Fin de carrière dans le junior

Harvey-Pinard ne semble pas trop malheureux au bout du fil. Comme bien des gens, le choix de 7e tour du Tricolore en 2019 comprend qu’en cette période de pandémie de COVID-19, le sport passe en deuxième.

Cela dit, ce n’est pas de cette façon qu’il imaginait sa carrière junior prendre fin.

On n’a pas joué depuis le 8 mars. J’ai donc joué mon dernier match junior sans le savoir. Mais c’était la décision à prendre.

Rafaël Harvey-Pinard

Sur le plan collectif, son équipe perd beaucoup. Les Saguenéens avaient misé gros pour cette saison, concluant plusieurs transactions avec des visées à court terme. Ainsi vont les cycles au hockey junior. Les « Sags » concluent cette saison inachevée au 3e rang du classement général de la LHJMQ avec une fiche de 45-12-6.

Or, on le disait plus tôt, Harvey-Pinard a grandi au Saguenay ; mieux que quiconque, il sait ce que ses concitoyens ont vécu ces dernières années. En fait, depuis la défaite en finale de la Coupe du Président en 1997, les Saguenéens n’ont jamais franchi la demi-finale.

« C’est plate pour l’organisation, pour les joueurs qui avaient une chance de se rendre en finale. Mais je pense aussi aux partisans, rappelle-t-il. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu une aussi bonne équipe. »

Savoir qu’on aurait pu se rendre loin, et qu’on se fasse éliminer par les circonstances, et non pas par un adversaire, c’est décevant. Mais il faut en revenir.

Rafaël Harvey-Pinard

D’un point de vue personnel, il a la consolation d’avoir gagné la Coupe Memorial l’an passé, avec les Huskies de Rouyn-Noranda.

« J’en parlais justement avec ma famille ce matin et c’est ce qu’on se disait : au moins, j’ai eu la chance de gagner les deux coupes [du Président et Memorial], donc je ne pars pas sans l’avoir vécu. Mais dans le junior, on a toujours quelque chose à prouver, et je voulais prouver que je peux gagner deux années de suite. »

Un contrat ?

Harvey-Pinard a eu 21 ans en janvier. Il n’est donc plus admissible pour les rangs juniors et, en principe, la prochaine étape sera un contrat dans l’organisation du Canadien.

C’est mon souhait [de signer un contrat avec le CH]. Ensuite, je devrai prouver que je peux jouer avec le Rocket de Laval.

Rafaël Harvey-Pinard

Reste à voir quel type de contrat on lui offrira. Comme Harvey-Pinard a été repêché en 2019, le Canadien a ses droits exclusifs jusqu’au 1er juin 2021. Comme il ne peut pas jouer dans le junior, l’équipe n’a pas vraiment le choix de le faire jouer chez les professionnels l’an prochain.

Le hic : les équipes de la LNH ont droit d’avoir au maximum 50 joueurs sous contrat dans l’organigramme, et il y a déjà congestion. En 2018, le Tricolore a repêché 11 joueurs, dont 4 qui jouaient dans le hockey junior canadien (Cam Hillis, Allan McShane, Cole Fonstad et Samuel Houde). Le Canadien détient les droits exclusifs de ces joueurs jusqu’au 1er juin 2020. Le mois dernier, Marc Bergevin a confié à Mathias Brunet qu’un seul des quatre recevrait un contrat.

On peut donc imaginer un scénario où Harvey-Pinard se verrait offrir un contrat exclusivement de la Ligue américaine (qui ne compte pas dans les 50 contrats) pour commencer. Le CH se donnerait ainsi une année pour l’évaluer, avant de décider s’il lui accorde un desdits 50 contrats. À suivre.

Évidemment, un tel scénario ne serait pas optimal pour un jeune homme capable d’entreprendre des études supérieures et qui peut très bien gagner sa vie loin du hockey. Encore cette année, il est finaliste de son équipe pour le trophée Marcel-Robert, remis au joueur qui présente « la meilleure combinaison des accomplissements scolaires et sportifs ».

Mais Rafaël Harvey-Pinard veut tout miser sur le hockey pour le moment.

« Mon but est de vivre du hockey. Si ça n’arrive pas, j’ai travaillé assez fort au cégep pour avoir un bon plan B. Sinon, je peux aussi jouer et suivre des cours à distance. Alexandre Alain [du Rocket de Laval] est un bon modèle. Ça fait longtemps que je sais que c’est important d’avoir des options au hockey et à l’école. Ma famille m’a enseigné ça très jeune ! »