C’est Joel Armia qui a tout résumé d’un coup, et mieux que quiconque, après une autre défaite douloureuse, et dans un autre vestiaire défait, lundi soir au Centre Bell.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

« Nous avons été impliqués dans plusieurs matchs comme celui-ci depuis le début de la saison, a expliqué le sympathique Finlandais. C’est souvent comme ça : on connaît une bonne période de jeu, mais aussi une mauvaise, et puis, on finit par perdre le match. »

La saison 2019-20 du Canadien, c’est en plein ça, et c’est aussi en plein ce que l’on a vu en ce petit lundi soir, théâtre d’une défaite de 4-2 face aux Capitals de Washington sans Alex Ovechkin, que l’on a surpris devant la grille aux hot-dogs dans la salle des médias au cours de la soirée.

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Travis Boyd et Brett Kulak

Pour un Canadien qui a un besoin criant de victoires, une visite des Caps sans le numéro 8 était une excellente occasion, mais non. De fait, le mot « sloppy », que l’on pourrait vaguement traduire par « tout croche », a dû être prononcé au moins 20 fois lundi soir dans ce vestiaire. Avec raison.

Alors maintenant, on fait quoi ? La première chose à faire, ce serait probablement de cesser de citer les Blues en exemple. Oui, le club de St. Louis s’est rendu jusqu’au bout après être parti de la 31e place il y a un an, mais ça, c’est un peu comme une bonne chanson de Dexy’s Midnight Runners : ça n’arrivera pas chaque année. Il y a un an, les Blues étaient embarqués dans une série de 11 victoires, tandis que ce Canadien n’a jamais remporté plus de trois matchs de suite cette saison. Même le retour imminent des Drouin, Gallagher et autres Byron ne va rien y changer, parce que le trou que s’est creusé cette équipe est devenu trop profond.

De la même manière, il faut cesser de parler de malchance, de mauvais bonds de la rondelle, des blessés comme si c’était seulement le Canadien qui devait composer avec cette réalité. À un certain moment, les meilleures équipes savent surmonter ces obstacles placés sur la route. Le Canadien ne fait pas partie des équipes qui peuvent y parvenir.

Il faut souligner qu’en date de maintenant, le club montréalais se retrouve avec une fiche de 10 victoires et un cumulatif de 17 défaites au Centre Bell. Dans cette ligue, il n’y a personne qui peut rêver aux séries sans pouvoir au moins jouer pour une moyenne de, 500 à domicile. Il n’y a personne non plus qui peut survivre à une telle soirée de la part de son défenseur numéro un, parce qu’on va se le dire, cette performance de Shea Weber fut l’une de ses pires de la saison.

Avec tout ça, Carey Price a dû se sentir bien seul. Le gardien a bataillé pendant toute la soirée et il a passé le plus clair de son temps à réparer les nombreuses gaffes de ses coéquipiers. Il a très bien joué, aussi bien que son rival d’en face, Braden Holtby, carrément magique par moments. La différence, c’est que le gardien des Capitals a pu profiter d’un appui offensif de la part de ses coéquipiers.

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Carey Price

Alors il reste 31 matchs. La direction du Canadien devrait en profiter pour évaluer la formation actuelle en vue de la saison prochaine, identifier les points forts, les faiblesses, identifier les joueurs que l’on va chercher à garder, et puis ceux qu’il faudra remplacer ou pousser gentiment vers la porte.

Ce serait constructif de faire ça. Beaucoup plus, en tout cas, que de perdre du temps à rêver aux Blues de St. Louis.

Dans le détail

Dale Weise récompensé

Cela faisait plus d’un an qu’il n’avait pas marqué dans la LNH. Et presque quatre ans qu’il ne l’avait pas fait au Centre Bell. Alors qu’il disputait lundi le 500e match de sa carrière, Dale Weise a inscrit un but qui réduisait l’écart à 3-2. Après avoir accepté une passe magique de Nick Suzuki, le numéro 22 s’est retrouvé seul devant Holtby, qu’il a déjoué d’une feinte du revers. Mine de rien, c’était un quatrième point en cinq matchs pour Weise, dont on croyait franchement que la carrière se destinait désormais uniquement à la Ligue américaine avant son rappel par le grand club le 1er janvier dernier. « Je n’ai jamais cessé d’y croire, a-t-il dit après le match. Je savais que je pouvais encore produire à ce niveau. » À propos des partisans qui l’ont ovationné après son but, Weise a souligné que cette soirée deviendrait « un chapitre dans mon livre de vie, pour moi, le gars qui a dû batailler pour en arriver là ». « Ç’aurait été encore meilleur avec une victoire », a-t-il toutefois convenu.

Étourdissants Capitals

Ce n’est pas un hasard si les Capitals trônent au sommet du classement général. Avec ou sans Alex Ovechkin, les représentants de la capitale américaine ont tout ce qu’il faut pour causer du dommage. Avant la rencontre, l’entraîneur-chef Todd Reirden avait mentionné qu’il tenait à garder intact son deuxième trio composé composé d’Evgeny Kuznetsov, T. J. Oshie et Jakub Vrana. On comprend maintenant pourquoi. Les trois joueurs ont fourni deux buts, dont un en avantage numérique, et donné du fil à retordre aux joueurs du Canadien pendant tout le match. Le but de Vrana a été particulièrement éclatant. Kuznetsov, étendu au sol, s’est moqué de Shea Weber pour remettre la rondelle à Oshie. Celui-ci l’a simplement fait dévier vers le jeune Tchèque, qui n’a pas raté sa chance d’inscrire un 11e point en 9 matchs. Ce n’est pas tout le monde qui a le luxe de se passer du franc-tireur le plus dangereux de sa génération…

Kovalchuk en demi-teinte

On ne poussera pas l’audace jusqu’à affirmer que le charme est rompu, mais Ilya Kovalchuk a probablement connu son match le plus ordinaire jusqu’ici avec le Canadien. Des passes à l’aveuglette sans destinataire, des couvertures défensives bâclées… Vraiment rien ne marchait pour lui, en deuxième période, lorsqu’il a foncé directement sur Nate Thompson qui avait la rondelle en sa possession. Kovalchuk, secoué par le contact, semblait se demander ce qui venait de lui arriver. Le Russe s’est toutefois mis en marche en troisième. « On a eu la chance d’égaler avec 7 minutes à jouer, mais ce n’est pas arrivé. Il faut continuer à travailler », a-t-il dit après le match. On a par ailleurs remarqué que Kovalchuk commençait à étirer certaines présences. C’était particulièrement flagrant en troisième période. Au cours des deux premiers tiers, il passait en moyenne 53 secondes par présence sur la glace, contre 1 min 7 s au dernier vingt. Voilà une statistique qu’on gardera à l’œil.

Ils ont dit

Je ne peux pas expliquer pourquoi on joue comme ça. Je ne sais pas. Avez-vous demandé aux joueurs ? Je sais qu’on se prépare d’une façon pour les matchs, mais à un moment donné, c’est aux joueurs de se concentrer et de faire ce qu’on leur dit de faire.

Claude Julien

Nous sommes tombés à plat lors de la deuxième période. Nous avons disputé une bonne troisième période, mais ça n’a pas été suffisant.

Nick Suzuki

Je n’aurais pas dû jouer aussi profondément dans le demi-cercle [de Carey Price]. J’ai tenté de frapper la rondelle avec mon bâton, mais j’ai frappé l’orteil de Carey. Ç’a retardé ma réaction. Tout semblait se passer au ralenti.

Jeff Petry, sur le but inscrit dans son propre filet avec son patin

Il faut croire en nous, que tout le monde avance ensemble et joue de la bonne façon. On l’a fait plus tôt cette saison, il faut le refaire.

Jeff Petry

Les mauvais bonds arrivent, mais c’est ça, le hockey. Ça arrive aux autres équipes aussi. Il faut passer par-dessus ça et jouer de la même manière à chaque présence.

Joel Armia

Nick Suzuki est incroyable. Dès le camp d’entraînement, je le trouvais bon. Depuis un mois, je peux constater à quel point c’est un joueur spécial, doté d’une grande intelligence. Il voit le jeu à un très haut niveau.

Dale Weise, sur la passe qu’il a reçue de Suzuki sur son but