Le 17 novembre aura lieu l’évènement Hockey 911, organisé par la Fondation de l’Hôpital général de Montréal et le Canadien. L’initiative est gratuite, mais le public est invité à faire des dons pour soutenir les soins critiques à l’Hôpital général de Montréal. Les discussions — virtuelles — tourneront autour du thème « Urgences en séries éliminatoires ». L’entraîneur-chef du Canadien, Claude Julien, son entraîneur associé Kirk Muller, de même que le DDavid Mulder et le DDan Deckelbaum y participeront, et ils ont accepté de nous parler en marge de l’évènement.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Au début, Claude Julien pensait faire une indigestion.

L’entraîneur-chef du Canadien n’est pas le seul, remarquez. Dans Google, entrez « malaise cardiaque indigestion », et vous verrez quantité d’articles et témoignages qui évoquent des sensations qui se ressemblent.

« J’ai déjà eu des brûlements d’estomac et c’était assez semblable, raconte Claude Julien, en entrevue avec La Presse. Tous ceux qui l’ont vécu m’ont dit la même chose. Mais quand ça ne part pas, tu te poses des questions, tu fais les démarches nécessaires. »

Sur place, c’est Graham Rynbend, thérapeute sportif en chef du Canadien, qui était l’homme de confiance en cette nuit du 12 au 13 août. Les équipes étant limitées à 52 personnes dans la bulle à Toronto, elles voyageaient avec des effectifs réduits.

C’est donc Rynbend qui a été appelé au secours par Julien. Peu après, toutes les ressources nécessaires étaient prévenues. À commencer par les médecins de l’équipe, le DDavid Mulder et le DDan Deckelbaum, tous les deux restés à Montréal. Même en pleine nuit, ils étaient mobilisés.

« Je me fais souvent réveiller à 4 h du matin, mais en général, l’appel provient de l’hôpital, pas de l’hôtel de l’équipe ! », lance le DMulder.

Il a fallu être très persuasif envers Claude pour lui expliquer que c’était important qu’il se fasse examiner.

Le Dr David Mulder

Kirk Muller, l’adjoint de Julien, a quant à lui été mis au courant à son réveil, à 6 h.

« La lumière rouge de mon téléphone d’hôtel était allumée. Je trouvais ça étrange, c’est assez rare d’avoir un message sur notre boîte vocale, raconte Muller. Sur le coup, j’étais surtout inquiet d’avoir eu un résultat positif à la COVID-19 !

« C’était finalement un message de Graham, me disant que Claude était à l’hôpital et que je devais m’occuper de l’équipe en attendant les résultats. »

La pression de rester

Le thème des conférences de la semaine prochaine — « Urgences en séries éliminatoires » — s’applique parfaitement à ce qu’a vécu Claude Julien. Par contre, la plupart des « urgences » que gèrent les médecins se passent sur la patinoire, dans un sport où le danger est partout.

À l’inverse, l’urgence de Julien est survenue loin de la patinoire, mais elle est surtout survenue dans le contexte particulier de la COVID-19. La simple décision d’aller à l’hôpital pour subir un examen était lourde de conséquences, puisqu’en sortant de la bulle, il fallait ensuite se soumettre à une quarantaine pour y retourner.

« Claude disait : ‟C’est peut-être juste une indigestion.” Je lui ai dit : ‟Et si c’est autre chose ?” », relate le DMulder.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr David Mulder, médecin en chef du Canadien

« Il peut arriver que les symptômes se ressemblent, surtout si tu as de l’acidité gastrique. Mais je pense aussi qu’il essayait de trouver une explication pour rester dans la bulle, et on essayait de le convaincre du contraire. C’était une conversation intéressante, en pleine nuit depuis mon lit à Montréal ! Mais on est contents qu’il ait accepté de se faire examiner. »

De son côté, Julien explique qu’il souhaitait surtout s’assurer de « prendre la bonne décision », sachant les conséquences qui venaient avec une simple visite à l’hôpital.

« Comme joueur, comme coach, dans ce métier-là, t’es compétitif, t’es passionné, a-t-il rappelé. Mais je ne me suis pas tiraillé quand est venu le temps de prendre la décision. Quand le DMulder et Graham ont dit : ‟C’est la meilleure décision”, j’ai dit ‟OK ”. C’est de respecter les médecins, les laisser faire leur travail.

« Au bout du compte, c’était la bonne décision. On est chanceux d’être bien entourés avec des gens compétents. Qui sait ce qui aurait pu arriver si j’avais dit non, si je n’y vais pas ? »

« On ne rajeunit pas »

Le Franco-Ontarien s’en est bien tiré. À Toronto, il a été suivi par le DDavid Latter, un ancien de McGill, « un grand partisan du Canadien qui pouvait parler en français à Claude pendant l’intervention », raconte le DMulder. « J’étais en direct sur Zoom avec eux », ajoute-t-il.

Julien s’est fait installer une endoprothèse (un stent) dans une artère coronaire et a pu reprendre une vie normale. Ce n’était toutefois pas aussi clair dans les jours qui ont suivi l’incident. À son point de presse de fin de saison, le 22 août, le directeur général du Tricolore, Marc Bergevin, laissait planer le doute sur la suite des choses, en répondant : « On va prendre le temps nécessaire pour évaluer sa santé. »

Revoici Julien bien en poste.

Je vais même mieux qu’avant. Je suis en bonne forme, je me sens extrêmement bien et j’ai hâte de recommencer parce que je trouve le temps long.

Claude Julien

« Tu fais de petits ajustements. Tu fais attention à ce que tu manges, t’es plus discipliné dans tes entraînements, poursuit-il. Tu t’entraînes trois ou quatre fois par semaine au lieu d’une ou deux fois.

« Je suis un ancien athlète, un ancien joueur professionnel, et souvent, on continue à se percevoir comme ça. Tu penses que tu seras toujours en bonne santé. T’oublies qu’on ne rajeunit pas et qu’avec l’âge, il y a des choses qui arrivent. C’est un petit wake-up call qui te rappelle que tu n’as plus 20 ou 30 ans. Tout le monde dit la même chose. Dans notre tête, on ne vieillit jamais, mais le corps, lui, il vieillit ! »

En bref

Le DMulder a espoir

L’entrevue avec le DMulder s’est faite lundi matin, quelques heures après que Pfizer et BioNTech eurent annoncé qu’un vaccin à l’essai contre la COVID-19 était efficace à 90 %. « Je suis très encouragé, a lancé d’emblée le DMulder. Mon inquiétude, c’est la logistique derrière la gestion du vaccin. Ça prendra deux injections, à 21 jours d’intervalle, et le vaccin doit être conservé à une température de -80 degrés. Le vaccin que développe l’Université d’Oxford m’intéresse beaucoup. Il génère des anticorps et améliore notre immunité. » Le médecin rappelle cependant que la question de la durée de vie des anticorps demeure incertaine. « Ma petite-fille demeure à Londres et elle a eu la COVID-19. Elle a fait partie d’un groupe d’étude. Elle avait beaucoup d’anticorps en juillet, mais ça a chuté à 25 % en octobre. »

Folin aussi opéré

Par ailleurs, le DMulder a confirmé que le défenseur Christian Folin faisait aussi partie des blessés pendant le séjour du Canadien à Toronto. C’est ce qui explique pourquoi il a soudainement cessé de participer aux échauffements d’avant-match (les médias indépendants n’étaient pas admis aux séances d’entraînement par la LNH). Folin a souffert d’une déchirure à un ménisque à l’entraînement. Le DMulder a expliqué qu’un appareil d’imagerie faisait partie de la bulle, puisqu’il était dans un édifice à l’usage exclusif des équipes de la LNH. Folin a donc pu aller y passer un examen sans quitter la bulle. Mais le résultat de l’examen signifiait que Folin devait être opéré, ce qui s’est fait à Montréal. Folin est joueur autonome sans compensation.