Quand Alexis Lafrenière a remporté le titre de joueur par excellence du Mondial junior, en janvier dernier, il n’y avait plus de doute dans l’esprit de Jeff Gorton : c’est lui, et personne d’autre, qui serait le premier joueur sélectionné au repêchage de 2020.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Le directeur général des Rangers ne s’attendait toutefois pas à être celui qui prononcerait le nom de Lafrenière le grand soir venu. Or, une pandémie et deux loteries plus tard, c’est bel et bien ce qui est arrivé.

Après des mois d’attente, l’ailier gauche de l’Océanic de Rimouski est devenu le sixième Québécois à être sélectionné au tout premier rang, 17 ans après le gardien Marc-André Fleury.

« C’est un grand honneur, un grand jour dans ma vie. Je manque de mots », a dit Lafrenière en vidéoconférence quelques minutes après que les Rangers eurent rendu officielle l’annonce que tout le monde attendait depuis un bon moment.

Considéré depuis plus de deux ans comme le grand favori de cette cuvée, Lafrenière ajoute cet honneur à une carrière junior exceptionnelle : nommé deux fois joueur par excellence au Canada et deux fois joueur le plus utile à son équipe de la LHJMQ, il a remporté en 2020 le championnat des compteurs du circuit québécois et remporté une médaille d’or avec l’équipe canadienne au Mondial junior.

Une fois sa sélection confirmée, le grand gaillard a étreint ses parents puis a enfilé un chandail et une casquette des Rangers. Les vêtements au bleu caractéristique avaient été livrés chez lui pendant la journée.

« En grandissant, c’était un rêve d’être repêché, alors de rejoindre une aussi grande équipe, c’est incroyable », a-t-il lancé.

Chez les Rangers, il se joindra à une attaque déjà dynamique menée par Artemi Panarin et Mika Zibanejad. L’équipe, dont la reconstruction s’est accélérée au cours de la dernière année, a accédé au récent tournoi éliminatoire, mais sa route s’est arrêtée dès le tour de qualification.

Le Québécois débarquera par ailleurs en territoire totalement inconnu. Il n’a jamais mis les pieds dans la Grosse Pomme, et le seul membre de l’organisation qu’il connaît un peu est Julien Gauthier.

On peut s’attendre d’emblée à ce qu’il fasse partie de la formation des Rangers dès la reprise du jeu dans la LNH, possiblement au début de l’année 2021.

En fin de soirée, Jeff Gorton ne s’est pas fait prier pour énumérer les qualités de Lafrenière. « Il a les habiletés, le coup de patin, un bon tir, une superbe vision du jeu, il joue dur, démontre du leadership, il se démarque dans les moments cruciaux… On a hâte de l’accueillir au camp d’entraînement et d’en faire un Ranger à temps plein », a-t-il déclaré.

Depuis l’instauration du format actuel du repêchage d’entrée de la LNH en 1979, seulement 6 Québécois ont été les tout premiers joueurs choisis. Alexis Lafrenière succède ainsi à Marc-André Fleury (2003), Vincent Lecavalier (1998), Alexandre Daigle (1993), Pierre Turgeon (1987) et Mario Lemieux (1984).

Patience

Comme les autres espoirs de son âge, Lafrenière, qui aura 19 ans le 11 octobre prochain, a dû patienter longuement avant de savoir où il amorcerait sa carrière professionnelle. L’annulation de la fin de la saison dans la LNH et le report des séries éliminatoires ont bouleversé le calendrier habituel des évènements successifs menant au repêchage.

Une première loterie, tenue à la fin du mois de juin, a laissé le suspense planer sur l’identité de l’équipe qui serait la première à s’exprimer. Le hasard a fait en sorte que c’est une formation issue du tour de qualification qui hériterait de cette chance. Le 10 août, une seconde loterie a fait le bonheur des Rangers. Et celui de Lafrenière.

Le jeune homme a avoué que de mettre le repêchage derrière lui représente un « soulagement ». « On a attendu plus longtemps qu’on pensait, a-t-il dit. Le plus difficile, c’était de ne pas savoir quand les choses allaient se passer. On ne savait pas vers quoi on s’en allait. Il y avait beaucoup d’inconnu. »

Il a rendu hommage aux partisans de l’Océanic qui l’ont « aidé à grandir » et qui l’ont « toujours supporté » pendant ses trois saisons à Rimouski.

Il doit encore déterminer avec la direction des Rangers s’il se rapportera ou non à son club junior en attendant le début de la saison 2021-2022 dans la LNH. Jeff Gorton n’a pas écarté cette possibilité, mais il a indiqué qu’il était trop tôt pour se prononcer à ce sujet. Le DG souhaite conclure le repêchage et préparer l’ouverture du marché des joueurs autonomes, à la fin de la semaine, avant de discuter avec le clan Lafrenière. La situation devrait se préciser la semaine prochaine, a-t-il ajouté, précisant par contre qu’il était « très satisfait » du programme de mise en forme auquel se livre son nouveau joueur.

Byfield à L. A., Stützle à Ottawa

Aux deuxième et troisième rangs, les Kings de Los Angeles et les Sénateurs d’Ottawa ont respecté la logique prévue par les différentes listes de recrutement.

L’Ontarien Quinton Byfield, attaquant de puissance dont rêvent tous les directeurs généraux, s’envole ainsi pour la Californie, alors que l’Allemand Tim Stützle prend le chemin de la capitale canadienne.

PHOTO PETER POWER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Quinton Byfield (55) et Alexis Lafrenière (11), en janvier 2020

N’eût été la présence dans cette cuvée de Lafrenière (de 10 mois son aîné), Byfield, qui vient d’avoir 18 ans, aurait pu être un tout premier choix. Ultrarapide et agile malgré son gabarit de 6 pi 4 po et plus de 220 lb, il s’attire des comparaisons avec Evgeni Malkin. On a déjà vu pire.

Il est par ailleurs devenu le joueur noir repêché au rang le plus élevé de l’histoire de la LNH.

Affirmant avoir « grandement confiance en lui-même », il a indiqué avoir ajouté du muscle depuis le début de la pause forcée du printemps et avoir travaillé sur sa force d’accélération. Il s’estime prêt à faire le saut dans la LNH dès le début de la prochaine saison.

Stützle a lui aussi dit qu'il se sentait prêt à la prochaine étape, quelques minutes après qu’Alex Trebek, animateur du quiz télévisé Jeopardy, eut annoncé la sélection des Sénateurs.

Utilisé au centre comme à l’aile, il vient tout juste de disputer, à 17 ans, une saison complète en DEL, principale ligue professionnelle d’Allemagne. Avec 34 points en 41 matchs contre des coéquipiers plus vieux que lui, il a été sacré recrue de l’année.

Nettement moins costaud que Byfield, à 6 pi et 187 lb, Stützle est principalement vanté pour ses qualités de maniement de rondelle, surtout en espace restreint, de même que pour son coup de patin.

En point de presse, il a souligné qu’il était fier pour le programme de développement du hockey allemand – son compatriote Lukas Reichel a aussi trouvé preneur au premier tour, à Chicago. Il s’est décrit comme un « gars qui garde toujours le sourire » et qui « veut gagner » à tout prix. « Je déteste perdre », a-t-il pris soin d’ajouter.

Deux rangs plus loin, les Sénateurs profitaient également du cinquième choix de ce repêchage et ont jeté leur dévolu sur le défenseur américain Jake Sanderson. Auparavant, au quatrième rang, les Red Wings de Detroit ont sélectionné l’ailier gauche suédois Lucas Raymond. Celui-ci s’alignait en première division suédoise avec le club de Frolunda.