La dernière fois que le Canadien s’est retrouvé à un gain de passer au prochain tour éliminatoire, c’était en 2015. Barack Obama était président des États-Unis. Le retour des Nordiques faisait rêver. Éric Salvail cartonnait.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Une autre époque.

Le revoici dans la même position. Cette fois, dans le rôle du négligé sur le point de causer la plus grande surprise de l’année dans la Ligue nationale. Une situation inespérée il y a cinq mois. Il y a cinq semaines. Il y a cinq jours. Il peut remercier son gardien Carey Price, solide pour une troisième partie consécutive. Il a accordé trois buts ? C’est vrai. Mais il a aussi réalisé 30 arrêts. Dont 11 sur des tirs de l’enclave contre des tireurs d’élite comme Sidney Crosby et Jake Guentzel.

La différence avec les matchs précédents, c’est que cette fois, ses coéquipiers l’ont appuyé.

Enfin.

Qui mérite des étoiles ?

Le capitaine Shea Weber. Un but. Deux aides. Cinq tirs. Il a joué du coude pour nettoyer le filet autour de Carey Price et terminé la soirée avec près de 24 minutes de jeu. Amplement de quoi se faire pardonner une punition coûteuse en première période.

Phillip Danault. Le couteau suisse du Canadien. Il a joué en supériorité numérique. En infériorité. Sur deux trios. Il a pris 17 mises au jeu – toutes en zone neutre ou défensive – et a remporté 60 % d’entre elles. Il a aussi été l’attaquant le plus utilisé des deux équipes, avec plus de 22 minutes de jeu. Une très grosse soirée de travail.

Jonathan Drouin. Il a réussi son premier but depuis sa blessure à un poignet. On l’a ensuite vu passer dans un mode turbo que nous avions oublié.

Jeff Petry. La précision de son tir sur le but gagnant ferait l’envie de tous les biathlètes aux Jeux olympiques. Toujours aussi fiable dans les trois zones. Encore près de 23 minutes sur la patinoire.

Mais surtout, Jesperi Kotkaniemi. On attendait son éclosion. Elle semble être en train de se produire. Mercredi, la qualité de son jeu était digne de celle d’un centre de premier trio. Le Finlandais était créatif. Responsable. Impliqué. Il a donné cinq mises en échec – un sommet pour le Canadien. Il était sur la glace pour 13 tirs de son équipe contre 4 des Penguins (9-4 à forces égales). On l’a même vu effectuer un beau repli défensif en supériorité numérique afin d’éviter un deux contre un des Penguins. Sa performance, mercredi, était encourageante pour la suite des choses.

Bref, il manquait d’étoiles dans le ciel de Toronto pour remplir tous les cahiers Canada.

Un mot en terminant à propos de Claude Julien. Je l’ai souvent défendu dans cette chronique. Je persiste et signe : il obtient le meilleur des ressources dont il dispose.

Je vous rappelle qu’il a perdu l’équivalent d’un trio entier (Ilya Kovalchuk, Nate Thompson, Nick Cousins) à la date limite des transactions. Que plusieurs de ses joueurs devraient être dans la Ligue américaine. Et pourtant, le voici à une victoire d’éliminer les Penguins, septièmes au classement général. Ce que personne ne croyait possible la semaine dernière.

Dans cette série, il s’est montré alerte. Réactif. Incisif. Il n’a pas eu peur d’appeler un chat, un chat – ou un passager, un passager.

N’en doutez plus. Il sera de retour la saison prochaine.