Martin Raymond a choisi un environnement plus tranquille, à titre d’entraîneur au sein du programme Hockey sports-études De Mortagne, à Boucherville.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Certains pourraient y voir un lien avec le désormais célèbre « Uber Gate », en novembre 2018, épisode au cours duquel certains joueurs des Sénateurs ont déblatéré à son endroit. L’ancien entraîneur adjoint à Ottawa assure qu’il n’en est rien.

« Ma décision était prise avant le début de la saison [2018-2019], confie Martin Raymond au téléphone. Guy était au courant. Après 10 ans, je voulais rentrer à la maison à la fin de mon contrat et passer plus de temps avec mon épouse et mes deux fils à Saint-Basile-le-Grand. Ils n’ont jamais déménagé avec moi, sauf une année à Tampa pendant le lockout. Je devais assumer mes responsabilités de père davantage. »

L’ancien entraîneur des Redmen de McGill a communiqué avec le programme De Mortagne à la fin de la saison précédente, qu’il a pu terminer malgré le congédiement de son éternel complice Guy Boucher.

« Je ne regardais nulle part ailleurs. Je suis lié au programme à plusieurs niveaux. Mon fils Philippe a fréquenté De Mortagne avant de passer au Midget Espoir et au Midget AAA. J’allais donner un coup de main à l’occasion. Le directeur du programme, Benoit Rajotte, est un de mes anciens joueurs à McGill. »

Martin Raymond a aussi accepté récemment le poste d’adjoint au directeur général des Olympiques de Gatineau, Louis Robitaille. « J’ai manifesté mon intérêt, mais rappelé qu’il n’était pas question de quitter De Mortagne », précise-t-il.

Le « Uber Gate » a cependant constitué un épisode difficile dans la carrière de ce Montréalais. « Raymond est le seul entraîneur de l’histoire de la LNH à se vanter d’avoir les pires unités en infériorité et en supériorité numériques au cours d’une année », avait lancé Matt Duchene à un groupe de joueurs des Sénateurs dans une scène filmée par le chauffeur du véhicule et relayée sur les réseaux sociaux.

Martin Raymond est revenu sur son expérience la semaine dernière lors d’un séminaire organisé par l’Université McGill auquel prenaient aussi part les anciens de cette institution, Mike Babcock et Guy Boucher.

Notre homme a animé un atelier sur les leçons à tirer de l’adversité vécue dans l’œil du public.

Je ne suis pas fait en bois. J’ai trouvé ça dur. Sur le coup, ça fait mal, aucun doute là-dessus. J’ai été le plus transparent possible avec les entraîneurs et ceux qui ont assisté au séminaire.

Martin Raymond

On ne se prépare pas à un épisode de la sorte. « Quand ça t’arrive, tu te poses des questions. J’ai été très chanceux. Guy et le coaching staff m’ont bien encadré. Pierre Dorion et les membres du département des relations publiques m’ont protégé. C’était plus facile de me protéger puisque je parlais rarement aux médias, mais ils ont fait un super job. »

Il fallait aussi maintenir sa crédibilité auprès des joueurs et afficher un parfait contrôle de soi malgré les circonstances. « Guy m’a donné l’occasion de m’adresser à l’équipe. Je l’ai apprécié. J’ai expliqué au club que j’avais accepté les excuses des joueurs et que j’étais prêt à passer à autre chose. Je voulais m’assurer que mon langage corporel montrait que je n’avais pas d’amertume envers quiconque et qu’on pouvait aller de l’avant comme équipe. »

Ça m’a donné l’occasion de rappeler aux joueurs nos préoccupations du début de saison, du fait que nous avions un club jeune et que nous allions rencontrer de l’adversité. Des joueurs sont venus me serrer la main. J’ai eu une réaction très positive. Je n’ai pas senti de répercussions.

Martin Raymond

« On a gagné les deux matchs suivants. On n’a pas gagné autant de parties qu’on aurait voulu, mais on a eu une belle ambiance. C’était un bon groupe. »

En plus de se confondre en excuses, Matt Duchene a écrit une lettre d’excuses aux parents de Martin Raymond, tout comme à sa femme et à ses enfants. « C’était très bien de sa part de faire ça. Ça a été apprécié. »

Martin Raymond a insisté lors du séminaire sur l’importance de vivre au jour le jour. « On n’en a plus jamais reparlé et on n’a pas senti le besoin de le faire. La Ligue nationale est un feu roulant parce que tu joues tous les deux jours. Il faut vivre dans le moment présent et oublier les déboires de la dernière journée. Comme dirait Georges St-Pierre, il faut éviter de traîner un sac à dos avec des briques dedans. Tu ne t’aides pas, sinon. C’est ce que j’ai toujours essayé d’enseigner à mes joueurs. »

En mai 2017, les Sénateurs étaient à un but de passer en finale de la Coupe Stanley. Chris Kunitz a finalement marqué en deuxième période de prolongation du septième match de la finale d’Association pour permettre aux Penguins de s’approcher à quatre victoires de la Coupe.

Les Sénateurs se sont écroulés dès l’automne suivant et les vétérans ont été liquidés les uns après les autres. Et si les Sénateurs avaient compté ?

« Je ne me suis jamais posé la question, répond Raymond. La progression d’un groupe n’est pas linéaire. Quand tu recommences une saison, il y a tellement de mouvement de personnel pour une foule de facteurs, tu ne peux rien tenir pour acquis. Tu es à deux ou trois joueurs de chuter ou de monter au classement. »

La perte du défenseur Marc Methot a fait mal. « Ça n’explique pas tout. Mais on avait un club très jeune, surtout en défense. Il jouait au sein de notre première paire de défense avec Erik Karlsson. C’était un joueur important. Mais ça fait partie de la game. Tout le monde en a perdu. Je ne veux pas faire le procès de l’équipe. »