Le Canadien de Montréal a retiré le numéro de 18 joueurs au cours de sa glorieuse histoire. Le dernier en date, le 5 de Guy Lapointe, remonte au 8 novembre 2014. Il reste évidemment bien des figures légendaires qui attendent leur tour. Nous vous proposerons au cours des prochains jours neuf joueurs qui méritent considération pour que leur numéro soit hissé dans les hauteurs du Centre Bell. Mardi, ce sera à vous de voter pour vos favoris.

André Rivest André Rivest
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Philippe Cantin Philippe Cantin
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Newsy Lalonde, le ciment de la concession

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Newsy Lalonde

Si Jack Laviolette a établi les fondations du Canadien, Newsy Lalonde les a fortifiées.

En 1909, le magnat Ambrose O’Brien fonde le Canadien dans le but d’attirer la clientèle francophone de Montréal. Il confie la tâche au populaire Jack Laviolette. Laviolette assemble l’équipe, mais joue son coup de maître en persuadant Édouard « Newsy » Lalonde de se joindre au club.

L’embauche de Lalonde, super-vedette autant à la crosse qu’au hockey, convainc les joueurs et le public du sérieux de la nouvelle concession. Sa venue facilite l’embauche des meilleurs joueurs et assure de faire accourir les foules à l’aréna Jubilee.

Il n’y aurait pas eu de Canadien de Montréal sans Newsy Lalonde. C’était un grand vendeur. Newsy faisait toujours la nouvelle. Par ses exploits, ses bagarres, ses colères ou ses négociations tumultueuses.

Robert Lefebvre, auteur d’une biographie à venir sur Newsy Lalonde

Bien qu’il soit un athlète exceptionnel, Lalonde n’est pas le plus gros, le plus rapide ou plus le plus habile, mais il est animé d’un désir de vaincre sans bornes.

Pour lui, seule la victoire importe et tous les moyens sont bons pour l’obtenir. Même la violence. Car le hockey de l’époque était parfois très rude. Les joueurs se frappaient à coups de crosse en bois dur lors de combats épiques. Les règlements de l’époque rendaient difficiles les remplacements, alors blesser un joueur vedette était une tactique courante. L’ennemi numéro un de Lalonde se nommait Bad Joe Hall, défenseur des Bulldogs de Québec, le roi des coups de bâton.

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Newsy Lalonde a compté 294 buts en 227 parties (séries incluses) dans l’uniforme du CH

Leurs altercations fréquentes et brutales faisaient des parties Québec-Montréal un évènement très couru. Le sang giclait, les points de suture abondaient et le public exultait. Un Vendredi saint perpétuel ! Newsy Lalonde ne reculait jamais pour compter un but et Joe Hall était prêt à tout pour l’en empêcher. La seule vedette dont la féroce détermination égalera celle de Lalonde est Maurice Richard.

Joe Malone, vedette des Bulldogs de Québec, a aussi eu des confrontations épiques avec Newsy Lalonde. Malone, qui était tout sauf un joueur salaud, rejoint Lalonde avec le Canadien en 1917. « Newsy racontait que la ligne qu’il formait avec Malone et Didier Pitre était la meilleure avec laquelle il avait jamais joué », disait Joe Malone Jr, le fils de celui qui détient toujours le record de sept buts dans un match de la LNH. Malgré le succès de cette ligne d’attaque, la femme de Joe Malone voit d’un mauvais œil son association avec Lalonde qu’elle considère comme un joueur vicieux. « Ma mère n’aimait pas Lalonde, parce qu’il avait coupé mon père au visage plusieurs fois avec son bâton », disait le fils de Malone au Soleil.

Newsy, qui détient à peu près tous les records de la concession, est échangé en 1922 aux Sheiks de Saskatoon contre un jeune inconnu : Aurèle Joliat. Lalonde et Joliat ont tous les deux enfilé le chandail numéro 4 avec brio et ils sont intronisés au Temple de la renommée du hockey, comme leur successeur Jean Béliveau dont le numéro 4 est déjà suspendu au plafond du Centre Bell. Un chiffre de moins à retirer !

Habile négociateur 

Newsy jouait professionnellement au hockey et à la crosse dans l’est et l’ouest du pays, faisant jouer habilement la compétition entre ces deux régions pour monnayer des salaires plus avantageux. En 1912, les journaux de l’époque racontent que Lalonde a signé un contrat de 6000 $ pour une saison de 12 parties avec l’équipe de Vancouver à la crosse, alors que Ty Cobb empoche 9000 $ pour une saison de baseball de 152 parties*.
(*Source : Baseball Reference)

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Édouard « Newsy » Lalonde, entraîneur du Canadien 
en 1932-1933

Ses faits d’armes

- Auteur du premier but de l’histoire du Canadien en 1910.

- 9 mars 1910 : Compte neuf buts dans un match contre Cobalt dans la NHA, ancêtre de la LNH.

- Lalonde guide la franchise à sa première conquête de la Coupe Stanley en 1917.

- Lalonde utilisait tous les moyens pour remporter une partie, même le jeu robuste.

- Il a reçu 145 minutes de pénalités en 26 matchs des séries, une moyenne de 5,6 MPM.

- Réconcilié avec la direction, Newsy devient l’entraîneur-chef du Canadien en 1932-1933. Il demeure en poste un peu plus de deux saisons sans réussir à remporter le championnat.

Aurèle Joliat, petit gabarit, grande domination

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Aurèle Joliat

Le 1er décembre 1984, le Canadien organise une cérémonie au Forum pour souligner le 75e anniversaire de son histoire.

On dévoile alors l’équipe de rêve, composée des plus grands noms de l’histoire de l’équipe. Tout juste après la présentation de Maurice Richard, Claude Mouton reprend la parole. « À ce moment-ci, nous avons une surprise. » La surprise, c’est Aurèle Joliat, portant son équipement complet.

Parlez aux partisans, même ceux qui n’avaient que 2 ans à l’époque, et tous savent que Joliat a chuté sur le tapis rouge. En fait, c’était sa deuxième chute, puisqu’il était aussi tombé à son arrivée sur la patinoire.

N’empêche, l’homme de 83 ans se relève les deux fois, reprend son élan, avant de déjouer Jacques Plante. Joliat se permet ensuite un tour de patinoire, et tente même de ramasser une rondelle sur la glace tout en patinant. Il s’accroupit, mais sa main passe tout juste au-dessus. Qu’importe. Il avait, au risque de se répéter, 83 ans. Quatre-vingt-trois.

Ne serait-ce que pour ce moment, son chandail devrait être hissé dans les hauteurs du Centre Bell !

Retiré ou pas ?

Plus sérieusement, la candidature de Joliat tient tout à fait la route.

Pour éviter de comparer des pommes et des oranges, prenons simplement les saisons pendant lesquelles il a joué, soit de 1922-1923 à 1937-1938. Voici où il s’est classé dans la LNH pendant ces 16 campagnes : 

> 1er pour les matchs joués (655)
> 3e pour les buts (269)
> 4e pour les passes (194)
> 3e pour les points (463)

Bref, il a été un des joueurs les plus dominants de son époque. Et il l’a fait en dépit d’une charpente de 5 pi 7 po et… 136 lb !

Pour avoir une idée de grandeur, allez au parc près de chez vous. Demandez à Dustin Byfuglien de s’asseoir sur une balançoire à bascule (un bon vieux « kaboum »). Vous devrez asseoir deux Aurèle Joliat à l’autre extrémité pour équilibrer le tout.

Parmi les 7182 patineurs de l’histoire de la LNH dont le poids est inscrit dans les statistiques officielles, seulement quatre sont moins lourds que Joliat.

Le Temple de la renommée du hockey a vite salué la carrière de Joliat, en l’admettant au sein de la deuxième cuvée de son histoire, en 1947.

Et le Canadien ? Il semble qu’il y ait confusion. Sur le site du Temple de la renommée du hockey, il est écrit que le numéro 4 retiré par le Canadien en 1971 l’a été à la fois pour Joliat et pour Jean Béliveau.

Le blogueur Benoit Harbec, de Puck ta vie, a retracé deux autres sources qui soutiennent la même chose : un article d’époque de The Gazette et un livre signé Claude Mouton.

Alors, qu’en est-il ? Carl Lavigne, généralement reconnu comme étant l’historien du Canadien, reconnaît que le cas de Joliat « n’est pas 100 % clair », en raison notamment de la terminologie employée. C’est qu’à l’époque du Forum, les chandails n’étaient pas hissés au plafond ; ils étaient simplement remis au joueur fêté, ce qui signifiait que le numéro ne serait plus jamais porté dans l’organisation.

Quoi qu’il en soit, les autres joueurs dont le chandail a été retiré à l’époque du Forum ont leur bannière accrochée au plafond du Centre Bell. Pourquoi ne pas dissiper les doutes en hissant une autre bannière, comme il se doit ? Logistiquement, il n’y aurait aucun impact sur les activités actuelles du Canadien, puisque le 4 est déjà retiré.

Le 16 décembre 2022, on fêtera le 100e anniversaire du tout premier match d’Aurèle Joliat dans la LNH. Le moment serait parfait pour lui rendre l’hommage qui lui revient.

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Aurèle Joliat

Ses faits d’armes

- Aurèle Joliat remporte la Coupe Stanley trois fois avec le Canadien ; en 1923-1924, 1929-1930 et en 1930-1931. Chaque fois avec son inséparable compagnon de trio : Howie Morenz.

- Son acquisition soulève un tollé. Ses droits sont obtenus des Sheiks de Saskatoon contre ceux de l’immensément populaire Newsy Lalonde. Même la ligue s’oppose à cet échange. Plusieurs clubs voulaient faire l’acquisition de Lalonde. Le public montréalais pardonnera vite au Canadien qui a obtenu une vedette pour plusieurs saisons en échange d’un joueur vieillissant.

- Trophée Hart en 1934 : Joliat reçoit le trophée remis au meilleur joueur de la ligue devant Lionel Conacher, des Blackhawks de Chicago, et King Clancy, des Maple Leafs de Toronto.

- Joliat est le troisième joueur de l’histoire de la LNH à atteindre la marque des 250 buts. Seuls Nels Stewart, le détenteur du record à ce moment, et Howie Morenz y sont parvenus avant lui.

- Il quitte le Canadien avec 269 buts après 16 saisons. Il est à ce moment le meilleur compteur de l’histoire de l’équipe. Son record ne sera battu que plusieurs années plus tard par Maurice Richard.

Georges Vézina, un adversaire intraitable

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Georges Vézina

Le problème, selon Jack Marshall, est simple : « Lorsque nous jouons contre le Canadien, nous devons lutter contre deux équipes : l’équipe régulière et Vézina… »

Nous sommes en mars 1914 et le Canadien affronte les Blueshirts de Toronto, en finale de l’Association nationale de hockey, circuit précurseur de la LNH. Une foule de 8000 personnes, du rarement vu à Montréal, attend avec impatience le premier duel de la série. Ces amateurs sont bien chanceux de franchir les portes, car les retardataires, même en offrant 4 $ pour un billet, ne trouvent pas de revendeur. 

Marshall est joueur-entraîneur du Toronto, comme on dit alors. Et il connaît l’excellence de Georges Vézina, surnommé le « concombre de Chicoutimi » en raison de son grand calme (en anglais, l’expression cool as a cucumber est bien connue). Ce fameux gardien est alors âgé de 27 ans et ses exploits sont considérables. Le Canadien l’a « découvert » quatre ans plus tôt à l’occasion d’un match amical au Saguenay contre une équipe locale. Devant le filet des locaux, Vézina a accompli des miracles et le CH l’a mis sous contrat quelques mois plus tard.

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Georges Vézina

En cette fin d’hiver 1914, Vézina est déjà une vedette à Montréal. Lorsque le Canadien saute sur la glace (naturelle) de l’Aréna de Westmount, il reçoit une ovation. Cet accueil le galvanise et il mène les siens à un gain de 2-0. « Vézina a accompli des prodiges et a, à maintes reprises, arrêté des coups qui eussent déjoué tout autre gardien de but », écrit La Presse.

Hélas, le Canadien perd cette finale. Mais Vézina n’a pas dit son dernier mot et continue ses miracles au cours des années suivantes. « Un véritable Gibraltar », écrira La Patrie.

Dans un livre sur l’histoire de l’équipe publié en 1956, le réputé journaliste Charles Mayer rappelle un moment-clé de la carrière de Vézina : le 9 mars  1923, il bloque 72 des 73 tirs dirigés vers lui, ou 63 tirs sur 64 selon La Presse. Peu importe le bon chiffre, on comprend qu’il est l’étoile du match ! Deux ans plus tard, il est nommé meilleur gardien de tous les temps.

La mort de Vézina en mars 1926, alors qu’il n’a que 39 ans, ébranle le Québec. Quatre mois plus tôt, fiévreux, il a quitté son filet en deuxième période lors du premier match de la saison du Canadien. Atteint de tuberculose, il souffrira beaucoup et ne retournera jamais sur une patinoire.

« Vézina était à bon droit l’idole de tous les partisans du Canadien car il a été par sa vigilance, son coup d’œil sûr et son jugement, l’artisan d’une foule de victoires du Bleu Blanc Rouge », écrit La Presse, en annonçant son décès. On ajoute qu’il était « un citoyen modèle, actif, intelligent, industrieux et plein d’initiative ». 

Membre du Canadien durant 16 saisons, Vézina a contribué à deux conquêtes de la Coupe Stanley. En hommage à sa mémoire, un trophée portant son nom, créé par les dirigeants du Canadien, est remis depuis 1927 au meilleur gardien de la LNH. En 1945, Vézina fut un des 12 premiers membres intronisés au Temple de la renommée du hockey.

La moyenne de buts accordés de Vézina (3,28 buts par match) semble à première vue élevée. Mais dans son livre, Charles Mayer précise, statistiques à l’appui, que sa carrière s’est déroulée « dans un temps où les buts étaient fort nombreux », les attaquants de pointe conservant une moyenne largement supérieure à un but par match. Il ajoute que la moyenne de Vézina a été la meilleure des gardiens de son époque.

Georges Vézina a été un des plus grands joueurs de l’histoire du Canadien. Son nom mérite d’accompagner celui de Jacques Plante dans la liste des légendes du club ayant porté le numéro 1.

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Le trophée Vézina

Ses faits d’armes

- Georges Vézina a disputé 373 parties d’affilée devant le filet du Canadien, soit 15 saisons de suite sans rater une seule partie.

- Le premier gagnant du trophée Georges Vézina, remis au gardien qui montre la moyenne de buts accordés la plus basse dans la LNH, a été son successeur George Hainsworth et pour cause : Hainsworth n’avait accordé que 43 buts en 44 parties, obtenant 22 blanchissages lors de la saison 1928-1929. - Le 30 mars 1916, Vézina bat les Rosebuds de Portland 2-1 et le Canadien remporte la Coupe Stanley pour la première fois. Le lendemain, sa femme donne naissance à leur deuxième fils qu’ils prénommeront Marcel-Stanley, un prénom de circonstance.

- Pierre Vézina, le frère de Georges, était aussi un excellent joueur. Le Canadien lui proposa un contrat en décembre 1910. Mais selon Charles Mayer, il retourna plutôt à Chicoutimi pour s’occuper de ses affaires personnelles.