Quand on demande à Ron Lalonde de nous résumer en quelques mots les Capitals de 1974-1975, l’ancien joueur n’hésite pas bien longtemps : « Nous avions une bonne équipe… pour la Ligue américaine. »

Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

Il y a eu plusieurs mauvais clubs de hockey dans l’histoire de la Ligue nationale… et puis il y a eu ces Capitals. Une équipe si affreuse qu’elle a employé trois entraîneurs (Jim Anderson, George Sullivan, Milt Schmidt), un gardien qui n’a pas gagné une seule fois en 35 matchs (Michel Belhumeur) et un défenseur qui a terminé la saison avec un solide - 82 à sa fiche (Bill Mikkelson).

Mais en premier lieu, les Capitals de 1974-1975 sont célèbres à cause de leur fiche : 8 victoires, 67 défaites, 5 nulles. À ce jour, aucune autre équipe n’a pu faire « mieux » qu’une saison de 8 victoires dans cette ligue. Les Sénateurs de 1992-1993 ont bien essayé (10 victoires), les Sharks de 1992-1993 ont tout donné eux aussi (11 victoires), mais sans succès.

Il y a des équipes qui sont passées bien près, mais personne d’autre n’a jamais pu atteindre notre niveau d’ineptie.

Ron Lalonde, avec un brin de fierté dans la voix

Alors, qui étaient donc ces Capitals de 1974-1975 ? Une énigme, en quelque sorte. Une rareté. Une source d’émerveillement, si on veut, parce que d’une certaine façon, il a fallu le faire pour arriver à une telle fiche, surtout dans un contexte de produit dilué comme pouvait l’être le hockey du milieu des années 70, divisé entre deux ligues rivales — l’Association mondiale de hockey était l’autre circuit majeur —, puis encombré par l’arrivée de deux clubs d’expansion, ces Capitals et aussi les Scouts de Kansas City, très moyens également, mais pas aussi mauvais.

Cette première équipe de hockey à Washington, comme celle de Kansas City, était composée de joueurs pour la plupart ordinaires, attrapés au repêchage d’expansion. Lalonde, alors jeune attaquant, avait amorcé cette saison-là à titre de membre des Penguins. « J’avais eu un très bon camp d’entraînement à Pittsburgh, mais un gars de 18 ans du nom de Pierre Larouche s’est amené, et il était vraiment bon, raconte-t-il. Alors je me suis retrouvé en trop, et après une vingtaine de matchs, j’ai été échangé aux Capitals. Ce qui est drôle, parce que seulement une semaine avant, on les avait affrontés, et je voyais sur leur banc mon ami Yvon Labre, dont j’avais tellement pitié… et une semaine plus tard, je me retrouvais avec lui dans leur vestiaire ! »

Très rapidement, Ron Lalonde s’est rendu compte que les Capitals n’allaient pas gagner souvent. En plus, ils avaient l’habitude de perdre de façon spectaculaire : 12-1 contre les Bruins de Boston, 10-0 contre le Canadien, 10-3 contre les Blackhawks de Chicago…

Un soir à Atlanta, le couvercle de la marmite a fini par sauter : l’attaquant Mike Bloom, insatisfait de son temps de jeu après la première période, a sauté au visage de l’entraîneur Jim Anderson, l’agrippant par le collet pour le plaquer contre un mur du vestiaire. « Je n’avais jamais vu un joueur faire quelque chose comme ça de toute ma vie », raconte Lalonde.

« Mais c’était comme ça. Toutes ces défaites, c’était affreux pour tout le monde, pour les gardiens, les joueurs, les coachs. Et les autres équipes n’avaient aucune pitié ; tous nos adversaires en profitaient pour gonfler leurs stats quand ils jouaient contre nous. »

Je pense que nous avons eu 42 joueurs différents qui sont passés par notre équipe cette saison-là.

Ron Lalonde

Pour ce club misérable, le fait saillant de la saison demeure le soir du 28 mars 1975, quand les Capitals, après 37 défaites de suite sur la route, ont enfin pu gagner sur une patinoire adverse, celle des Golden Seals de la Californie, à Oakland. Euphoriques, certains joueurs des Capitals ont ensuite saisi la poubelle du vestiaire pour retourner sur la glace et faire un tour de patinoire en tenant l’objet à bout de bras, comme si c’était leur Coupe Stanley à eux.

Lalonde, lui, a réussi à garder quelques bons souvenirs de 1974-1975 malgré tout ; entre autres, il a été le premier joueur de l’histoire du club à réussir un tour du chapeau.

« C’était affreux et on perdait tout le temps, mais d’un autre côté, nous étions quand même dans la Ligue nationale de hockey, dit-il. Je veux dire : combien de joueurs auraient aimé être à notre place ? »

Ça valait bien un tour de patinoire avec une poubelle.