(CRANBERRY TOWNSHIP, Pennsylvanie) Ce sont des Penguins un brin méconnaissables qui affronteront le Canadien, mardi soir à Pittsburgh.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

En l’absence de Sidney Crosby, Patric Hornqvist, Nick Bjugstad et Brian Dumoulin, de nombreux joueurs profitent d’occasions inespérées. En fait, c’est le cas depuis le début de la saison, puisque seulement six patineurs ont disputé tous les matchs de l’équipe (contre dix pour le Canadien, à titre comparatif).

C’est donc une chance pour des recrues comme John Marino et Sam Lafferty de se faire valoir. Mais il y a aussi des vétérans qui sont bousculés dans leurs habitudes. Par exemple, Kristopher Letang.

Le Québécois se trouve en effet à jouer à gauche, lui qui est un droitier et qui a toujours évolué sur le flanc droit de la défense.

« On préfère ne pas avoir de défenseurs du mauvais côté, mais on n’a parfois pas le choix, et c’est là qu’on en est », a laissé tomber l’entraîneur-chef des Penguins, Mike Sullivan, après l’entraînement de lundi.

Avantages et inconvénients

Les Penguins comptent actuellement quatre défenseurs droitiers en santé ; les trois autres étant la recrue John Marino et les vétérans Justin Schultz et Chad Ruhwedel.

Letang est évidemment le meilleur du quatuor, mais Sullivan a indiqué l’avoir déplacé à gauche en raison de sa polyvalence. Mardi soir, il disputera son troisième match de ce côté. « Il est le mieux outillé pour faire cet ajustement. Il patine bien, il a de bonnes habiletés avec la rondelle », a-t-il expliqué.

« Quand je jouais avec Dumoulin, je me ramassais toujours à gauche en zone offensive. Mais défensivement et pour mes relances, j’aime mieux être à droite. »

« Offensivement, pour garder des rondelles à l’intérieur de la zone, c’est plus difficile d’être du mauvais côté, parce que tu es sur ton revers. Certains gars n’ont pas l’habileté ou ne sont pas confortables pour faire ça. Moi, j’aime ça », a poursuivi Letang. 

En sortie de zone, si tu n’as pas la rondelle sur la palette, tu es pris sur ton revers, tu ne vois pas le jeu au complet. Tandis que si je suis à droite, même si je reçois la rondelle sur mon revers, je suis encore face au jeu.

Kristopher Letang

À Montréal, on a souvent vu au fil des années des gauchers jouer à droite. Jordie Benn s’en était fait une spécialité. Alexei Emelin, quand il évoluait avec Andrei Markov, œuvrait aussi à droite. Cette année, Mike Reilly s’est proposé pour jouer à droite et y a été employé à quelques reprises.

En revanche, il est moins habituel de voir des droitiers jouer à gauche. Une partie du phénomène s’explique par la force du nombre. Cette saison, dans la LNH, avant les matchs d’hier, 158 défenseurs gauchers ont été employés, contre 109 droitiers.

Letang est donc un des rares droitiers appelés à jouer sur son côté opposé. À vue de nez, parmi les joueurs établis, Colin Miller et Brandon Montour (Buffalo), MacKenzie Weegar (Floride) et Colton Parayko (St. Louis) sont les seuls autres droitiers régulièrement employés à gauche.

« Les coachs n’aiment pas utiliser des joueurs de leur côté opposé parce que si la passe n’est pas directement sur la palette, ça peut être compliqué, tu peux avoir la rondelle dans les patins, explique Letang. Quand un joueur place son bâton en cible, c’est rare qu’il le place sur son revers. Il va le montrer sur son côté naturel. Donc s’il y a un joueur en échec avant, tu peux avoir de la misère. »

Et du point de vue d’un attaquant qui patine vers un défenseur placé de son mauvais côté ? « Le défenseur n’est peut-être pas aussi en confiance, il peut être plus hésitant et va concéder un plus grand écart au porteur de la rondelle, ce qui donne plus d’espace », estime l’attaquant Brandon Tanev.

L’idée d’un droitier à gauche est évidemment intrigante du point de vue montréalais, en raison de l’instabilité à gauche. Cette instabilité a été exacerbée en l’absence de Victor Mete ; Ben Chiarot a essentiellement été pris pour jouer une présence sur deux depuis que le numéro 53 manque à l’appel. Chiarot a eu droit à un répit vendredi à New York, mais encore faut-il que Brett Kulak continue à jouer avec aplomb, ce qu’il n’a pas fait avec constance cette saison.

En revanche, Shea Weber, Jeff Petry et Cale Fleury ont offert une certaine stabilité sur le flanc droit. Et Petry est le meilleur patineur du lot, ce qui ferait de lui le candidat par excellence pour être muté de l’autre côté.

Profondeur impressionnante

Le cas de Letang illustre bien les défis des Penguins en ce début de saison. Leurs joueurs ont déjà raté 115 matchs sur blessure. Bref, l’équipe a en moyenne près de quatre blessés par match, et non des moindres. Letang a raté huit matchs. Schultz et Dumoulin, sept. Evgeni Malkin s’est absenté pour 11 matchs. Crosby et Hornqvist sont rendus respectivement à 13 et 10 matchs d’absence.

Malgré tout, les Penguins s’accrochent et montrent une fiche de 17-9-4, ce qui leur aurait valu, avant les matchs de lundi, une place en séries éliminatoires si elles commençaient maintenant.

Malkin et Jake Guentzel ont été particulièrement utiles en l’absence de Crosby, avec respectivement 20 et 17 points en 13 matchs. « Malkin se met plus de pression sur les épaules, estime Letang. Mais en même temps, je ne vois pas pourquoi il ferait ça. Quand Sid n’est pas là, il sent que c’est à lui de mener l’attaque de son équipe. »