Une soirée magique. Trop heureux de retrouver sa place au centre, Max Domi mène la charge et inspire ses partenaires de trio, Artturi Lekhonen le premier, qui se transforme soudain en marqueur.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Shea Weber ajoute du sien en perçant d’un puissant tir le pauvre gardien Alexandar Georgiev, qui ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. Tous les joueurs en rouge s’enlacent, survoltés de mettre derrière eux une semaine de travail à oublier. Les yeux brillent. L’image fige sur les sourires émus. Le générique débute.

Ce film, c’est celui des 26 premières minutes de jeu de samedi soir. Celui pendant lequel le Canadien s’est forgé une avance de quatre buts devant des Rangers désorganisés et fatigués d’avoir joué la veille.

Le film de 60 minutes qui s’est déroulé au Centre Bell, par contre, finit bien autrement. Avec des visages longs dans le vestiaire, des regards livides, de longs, longs silences. Et une défaite de 6-5.

Car en avance 4-0, les Montréalais ont vu les Rangers marquer une première fois. Puis une deuxième et une troisième. Les locaux ont certes semblé reprendre vie momentanément au dernier tiers, mais c’était pour mieux regarder leurs adversaires, ragaillardis, créer l’égalité et même prendre l’avance.

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« On ne peut pas laisser aller des points », a dit Brendan Gallagher après la partie.

Une dégringolade que les joueurs et leurs entraîneurs ont résumée en un mot : inacceptable.

Brendan Gallagher : « C’est notre faute, en tant que groupe. Rien d’autre. »

Max Domi : « Ça ne peut pas arriver. »

Artturi Lekhonen : « C’est une pilule difficile à avaler. »

Et ainsi de suite.

Claude Julien n’a tenté de protéger personne, surtout pas après cette quatrième défaite d’affilée. Mine de rien, le Canadien vient d’accorder 17 buts aux formations qui occupent les positions 12 à 15 (sur 16) du classement dans l’Est.

Il faut se ressaisir défensivement, a dit l’entraîneur. On jouait contre une équipe affamée, qui avait joué [vendredi]. On est devenus brouillons [sloppy]. C’est inacceptable. On ne pouvait pas laisser ça arriver.

Claude Julien, entraîneur-chef

Julien était d’autant plus navré qu’enfin ses hommes avaient trouvé leurs repères en attaque. La réunion de Max Domi, Nick Suzuki et Artturi Lekhonen a largement porté ses fruits. Le trio a récolté huit points, résultat d’un travail acharné à chaque présence.

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Max Domi a inscrit deux buts dans la défaite.

On avait parlé de long en large du duo Domi-Suzuki avant la rencontre, mais c’est Lekhonen qui a été le plus visible, lui qui devait pourtant remplir la mission « défensive » sur son unité.

« C’est un peu dur de penser à ça », a chuchoté Lekhonen lorsqu’invité à commenter sa performance offensive malgré la déconfiture des siens.

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Artturi Lehkonen célèbre l’un de ses buts avec Nick Suzuki.

Coupables

Si le trio de Domi a connu une soirée d’exception, on ne pourra en dire autant des deux autres principales combinaisons offensives.

Tomas Tatar en a particulièrement arraché. Il a figé en zone adverse alors que les Rangers, pourtant à court d’un homme, s’envolaient vers le territoire du Canadien pour inscrire le but qui faisait 5-5. Et son match avait commencé d’une bien vilaine manière, puisqu’il a dû passer plusieurs minutes au vestiaire après avoir été sonné par Chris Kreider, un favori de la foule.

Brendan Gallagher n’a pas fait bien mieux. Tôt en troisième période, il a totalement raté sa couverture sur Artemi Panarin, pourtant discret jusque-là, qui a permis au Russe de marquer.

Tout le monde peut bien jouer quand ça va bien. En ce moment, ça ne va pas bien. On va savoir sur qui on peut compter pendant les moments difficiles. On croit beaucoup en nous, mais c’est important de se présenter, d’être imputables.

Brendan Gallagher

C’est toutefois à l’endroit de son troisième centre que Claude Julien a été le plus précis dans ses remarques.

Sans dire son nom, il a visé Jesperi Kotkaniemi, dont le dégagement refusé suivi d’une mise en jeu perdue dans son territoire a mené au but gagnant de Jacob Trouba. « Ce sont des erreurs coûteuses, les gars doivent apprendre de ça », a affirmé Julien.

Ce dernier a toutefois tenu à préciser que Kotkaniemi ne devait pas porter tout le blâme. « Il n’est pas la seule raison pour laquelle nous avons perdu », a tranché l’entraîneur avant de décrire ce qui ressemblait étrangement à la bévue de Tatar.

« Ce qui nous a tués, c’est notre jeu sans la rondelle », a encore dit Julien.

Carey Price, lui, peut difficilement être montré du doigt pour la défaite, malgré les nombreux buts. Le tir de Trouba l’a surpris, mais à sa défense, il devait composer avec un mur formé de Victor Mete, de Jeff Petry et de Chris Kreider devant lui.

Retour au boulot lundi

Le Canadien profitera d’un congé complet dimanche et reprendra l’entraînement lundi matin. « On va analyser ce qui s’est passé et on passe au prochain match. On ne peut pas se morfondre trop longtemps », a fait valoir Price.

Cette analyse devra être efficace, car le coussin que le Tricolore s’était donné au classement a fondu à vue d’œil depuis samedi dernier, résultat de six points gaspillés sur huit. Les Maple Leafs, qui ont repris vie, soufflent maintenant dans le cou du Canadien. Et le Lightning, dont personne ne parle, n’a que trois points de retard avec trois matchs de plus à disputer.

« On doit être meilleurs, on va être meilleurs », a promis Max Domi.

Le moment serait sagement choisi pour que ça se produise.

« On a des joueurs qui en ont arraché »

On connaissait l’importance de la situation. On sait à quel point le classement est serré. On comprend ce qu’on a vécu l’an dernier. On ne peut pas laisser aller des points.

Brendan Gallagher

Si j’utilise mon temps d’arrêt en deuxième période, je ne l’ai plus à la fin du match. J’ai pu passer mon message après la deuxième période.

Claude Julien, à qui on demandait pourquoi il n’avait pas pris une pause avec un score de 4-3

On a deux blessures, dont une à notre meilleur marqueur [Drouin] et l’autre à un joueur qui patine bien [Byron]. Tu espères, quand ça arrive, que tes meilleurs joueurs jouent bien, qu’un autre lève son jeu, remplisse le vide. On a des joueurs, ce soir, qui en ont arraché.

Claude Julien

[Après la deuxième période], on menait encore, on gardait confiance, on voulait garder la pédale au plancher, mais ils étaient motivés. C’est une défaite difficile à avaler.

Carey Price

Je sais que cette expression est utilisée par plusieurs personnes, mais Patrick Roy la disait à mon père, quand ils gagnaient, et ils l’ont toujours dit : “Jamais trop haut, jamais trop bas.” On jouait bien, mais le pointage ne représentait pas notre façon de jouer. Donc on n’a pas lâché, on ne s’est pas laissé abattre.

Brendan Lemieux

— Propos recueillis par Simon-Olivier Lorange et Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

La nouvelle bête noire du CH ?

Brendan Lemieux a beau mener la LNH avec 52 minutes de pénalité cette saison, on aurait tort d’y voir un joueur là simplement pour sa robustesse. Son père, Claude, présent dans les gradins du Centre Bell, a dû se reconnaître en voyant aller Brendan, avec sa fougue – son œil tuméfié et sa dent manquante en sont la preuve – doublée d’une touche offensive. Lemieux a marqué son premier but en allant devant le filet, là où ça fait mal, particulièrement quand Carey Price se met à le frapper. C’est ainsi qu’il a pu faire dévier le tir d’Adam Fox. Sur son deuxième but, il a bien redirigé la passe soulevée de Brett Howden. Une belle façon de se racheter pour sa couverture quelque peu laxiste sur le premier but de Max Domi. Lemieux compte maintenant 4 buts à ses trois derniers matchs contre le CH.

Dure semaine

Carey Price ne gardera pas un très bon souvenir de sa dernière semaine de travail. Victime de 13 buts, il a donc présenté une efficacité de ,845 au cours des trois matchs. Le gardien a fait les frais d’erreurs de ses coéquipiers, particulièrement d’attaquants pas assez alertes en couverture. Cela dit, il a réagi comme un gars qui s’en voulait après le premier but des Rangers, qui a redonné vie aux visiteurs. Price avait en effet effectué son déplacement latéral à temps pour bloquer le tir de Filip Chytil, mais n’a pu faire l’arrêt. « J’aurais aimé faire quelques arrêts de plus en deuxième période », a-t-il admis. Toutefois, comme son vis-à-vis, Alexandar Georgiev, Price a aussi dû composer avec beaucoup de circulation devant lui. La défense du CH, pourtant costaude, n’a pas fait le ménage devant lui.

De zéro à héros

Avec 8 points à ses 20 premiers matchs avant le duel de samedi, Jacob Trouba ne livrait pas exactement les résultats généralement attendus d’un joueur payé 8 millions par saison. Avant le match, David Quinn l’a néanmoins défendu. « Je ne m’arrête pas à son attaque. Il apporte beaucoup dans d’autres facettes », a dit l’entraîneur-chef des Rangers. Mais voilà, sur les deuxième et troisième buts du Canadien, Trouba a agi comme écran pour les tireurs, et après deux périodes, il avait déjà été puni à trois reprises. Mais en troisième période, c’est vers lui que Quinn s’est tourné, lui donnant 13 présences pour un temps de jeu de 10 min 6 s. La moitié de la période ! Trouba a fini sa soirée avec deux points et une fiche de + 2. À 25 ans et 8 mois, Trouba était le doyen (!) du groupe de défenseurs des Rangers, qui comptait trois joueurs de 21 ans (Fox, Ryan Lindgren et Libor Hajek). Quinn aura besoin du Trouba de la deuxième moitié du match de samedi.

Le match en un coup d'œil

En hausse: ARTTURI LEKHONEN

Deux buts, une aide et un différentiel de +4, alors qu’il devait assurer le rôle « défensif » sur le premier trio.

En baisse: TOMAS TATAR

Les deux patins vissés au sol sur la relance des Rangers qui a mené au but égalisateur.

Le chiffre du match: 9

Nombre de tirs obtenus par le Canadien en avantage numérique, sans succès, contre l’une des pires unités de la ligue