Est-ce que Paul Byron aurait tout simplement pu refuser l'invitation à la bagarre que lui a lancée le défenseur MacKenzie Weegar, des Panthers de la Floride, lors du match de mardi soir au Centre Bell? Selon Daniel Carcillo, la réponse est non.

Richard Labbé LA PRESSE

Carcillo, un ancien joueur de hockey qui a disputé 429 matchs dans la LNH, souvent de manière très intense de 2006-2007 à 2014-2015, Byron s'est retrouvé face à un défi qu'il ne pouvait pas éviter. Parce que c'est la culture du hockey qui est ainsi faite, et parce qu'elle peut pousser un joueur plus petit comme Byron à devoir aller se battre contre un adversaire costaud qui pèse une quarantaine de livres de plus que lui, comme Weegar.

«Au hockey, depuis toujours, c'est "oeil pour oeil, dent pour dent", a expliqué Carcillo en entrevue téléphonique. Nous, les joueurs, nous avons tous grandi comme ça. On nous a appris très tôt la mentalité du guerrier, qu'il fallait souffrir en silence et ne jamais se plaindre. C'est en nous. C'est cette culture qui doit changer, mais ça peut prendre du temps.»

Comme bien des gens, Carcillo a vu les images du match de mardi soir au Centre Bell, où la soirée de Byron s'est conclue sur un violent uppercut qui l'a mis hors de combat. C'est une bagarre qui faisait suite à une altercation précédente entre les deux mêmes joueurs, le 15 janvier au Centre Bell, quand l'attaquant du Canadien avait donné une mise en échec illégale à Weegar. Le défenseur des Panthers avait alors subi une commotion cérébrale et avait dû rater les quatre matchs suivants.

Même si Byron avait été suspendu pour trois matchs en raison de ce geste, il devait s'attendre à recevoir la visite de Weegar lors du match suivant, celui de mardi soir, selon Carcillo.

«Je peux vous garantir que Paul Byron n'a pas réussi à faire sa sieste d'avant-match, a ajouté l'ancien attaquant. Je peux vous assurer qu'il a passé la journée de mardi à faire de l'anxiété, parce qu'il savait qu'un gars plus gros que lui allait vouloir lui courir après plus tard en soirée. Et c'est sûr qu'il n'allait pas dire non. Depuis les deux bancs, tous les joueurs ont entendu Weegar crier son nom. Il y avait presque 22 000 personnes qui regardaient depuis les gradins. Est-ce qu'il allait dire non devant les joueurs des Panthers et montrer des signes de faiblesse? Est-ce qu'il allait dire non devant des coéquipiers qu'il ne veut pas laisser tomber? Pour lui, c'était pratiquement impossible de dire non.»

Carcillo, qui a amassé 1233 minutes de punition en jouant pour les Coyotes, les Flyers, les Blackhawks, les Kings et les Rangers, trace un parallèle entre cette culture du hockey et les commentaires parfois acerbes que reçoivent les joueurs des Hurricanes de la Caroline pour leurs célébrations cette saison.

«Dans le milieu du hockey, il y a des gens qui n'aiment pas les Hurricanes parce qu'à leurs yeux, le hockey, ce n'est pas censé être ça. Personne n'est censé s'amuser au hockey! On est là pour souffrir, pour encaisser des coups, pour être un gars d'équipe et pour se fermer la trappe. C'est ça, la culture.

«Et c'est aussi ce qui s'est passé [mardi soir]. Il n'y a aucun autre sport qui permet les bagarres à mains nues. Et l'uppercut de Weegar, Byron ne l'a jamais vu arriver. La manière dont il est tombé, en s'accrochant à l'autre comme ça, c'est le signe d'un gars qui est K.-O., qui essaie seulement de s'accrocher à quelque chose. Je comprends Byron d'avoir accepté parce que c'est la culture qui l'exige, mais d'un autre côté, je sais aussi que les dommages sont énormes. J'ai 34 ans. Je jouerais encore au hockey aujourd'hui si mon style de jeu n'avait pas hypothéqué mon corps de cette façon.»

Retraité depuis 2015, Daniel Carcillo essaie maintenant de faire bouger les choses et de sensibiliser les joueurs et les partisans sur les dangers des coups à la tête. Mais en voyant des images comme celles du combat entre Paul Byron et MacKenzie Weegar, Carcillo comprend qu'il y a encore du chemin à faire.

«La LNH a intérêt à ne rien changer pour ne pas froisser les fans de la première heure, à qui on a vendu de la violence, de la haine et des rivalités, a-t-il conclu. La seule chose qui pourra changer cette culture, c'est si on explique un jour aux joueurs les véritables conséquences des coups à la tête.»