C'est une histoire comme on en entend dans toutes les familles de hockey. «On jouait au hockey dans le sous-sol ou dans la rue, et souvent, un de nous perdait les pédales!», se remémore Ryan Suzuki.

Mis à jour le 28 janv. 2019
GUILLAUME LEFRANÇOIS LA PRESSE

Mais dans certains cas, ces rivalités se déplacent à des niveaux autrement plus élevés qu'un match de mini-hockey dans la cave.

Ryan et Nick Suzuki, par exemple, évoluent dans la Ligue junior de l'Ontario. La saison dernière, ils se sont donc affrontés six fois, et trois de ces matchs ont eu lieu dans le temps des Fêtes.

«C'est bizarre d'affronter quelqu'un que tu connais aussi bien», admet Ryan Suzuki, bien assis au banc des joueurs des Colts de Barrie, quelques minutes avant un entraînement plus tôt en janvier. « On les a affrontés juste avant Noël l'an passé. Tu joues contre lui, tu batailles, et une semaine plus tard, tu le vois à la maison, tu passes du temps avec lui. C'est étrange!»

«Chaque fois qu'on luttait devant le filet ou dans le coin, on se donnait de petits coups de plus. Je l'ai frappé deux ou trois fois, lui aussi m'a frappé. On en met un peu plus un contre l'autre.»

Ryan Suzuki sera admissible au prochain repêchage de la Ligue nationale. Et voilà que se dessine une autre lutte fraternelle. Nick a été sélectionné au 13e rang en 2017, par les Golden Knights, qui l'ont ensuite échangé au Canadien pour obtenir Max Pacioretty.

Si la tendance se maintient, Ryan pourrait lui aussi être réclamé dans les mêmes eaux. Les principaux classements d'espoirs en vue de l'encan le placent tous au premier tour, avec un degré d'enthousiasme variable.

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Centrale de recrutement de la LNH: 10e patineur nord-américain

International Scouting Services: 9e au total

Sam Cosentino (Sportsnet): 20e au total

Craig Button (TSN): 29e au total

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Ces classements ont amplement le temps de changer d'ici au 21 juin. Mais Ryan Suzuki a bien l'intention d'en faire une compétition (amicale) avec son frère.

«J'aimerais battre mon frère dans l'ordre du repêchage! admet-il. J'essaie d'être repêché le plus rapidement possible. Mais honnêtement, au bout du compte, ça demeure simplement un chiffre.»

Le sens du hockey, encore

La génétique est souvent assez apparente quand on compare deux frères. Prenez Matthew et Brady Tkachuk: deux pièces d'homme, qui se plaisent à déranger l'adversaire, à l'intimider, qui sont encore plus insupportables parce qu'ils sont aussi capables de marquer, comme leur père d'ailleurs.

Chez les Suzuki, c'est le fameux «sens du hockey», l'intelligence, la lecture du jeu, qui ressort comme qualité première.

«C'est une de ses forces, il voit très bien le jeu et sait quand les joueurs sont démarqués. Il va repérer son joueur dans la circulation lourde», souligne l'entraîneur-chef des Colts, Dale Hawerchuk, rencontré dans un couloir du Centre Molson de Barrie.

Ce sont d'ailleurs ces qualités qui ont mené Hawerchuk à employer Suzuki au centre cette saison. «Il a un peu joué à l'aile l'an passé, mais il a cimenté son poste au centre cette saison, poursuit la légende des Jets de Winnipeg. Il est plus efficace quand il touche davantage à la rondelle. Il s'améliore dans sa zone. Il commence à comprendre que s'il est bon en zone défensive, il va contrôler encore plus la rondelle.»

Comment se fait-il que les deux frangins aient développé cette qualité?

«Notre père a toujours insisté pour que l'on pratique une multitude de sports, de l'âge de 6 à 13 ans, révèle Ryan Suzuki. On a joué au soccer, à la crosse, au volleyball et au basketball. On était placés devant des situations différentes, on devait repérer nos coéquipiers, et je crois que ça nous a permis d'apprendre de nouvelles choses, pour devenir des athlètes plus complets.»

Ryan croit néanmoins avoir développé des qualités qui le distinguent de son grand frère.

«Il est un meilleur franc-tireur que moi, mais mon coup de patin est supérieur. On joue quand même de façon similaire, en se fiant à notre intelligence. Je suis plus du type à faire des montées, lui va un peu plus ralentir le jeu.»

Premier de classe

Ryan Suzuki fait tourner les têtes depuis déjà quelques années. Il a en effet été le tout premier choix du repêchage de la Ligue junior de l'Ontario (OHL) en 2017. Quand on regarde la liste de ses prédécesseurs depuis 2010, on y trouve plusieurs joueurs bien établis dans la Ligue nationale.

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Premier choix en OHL

2016: Ryan Merkley

2015: David Levin

2014: Jacob Chychrun

2013: Travis Konecny

2012: Connor McDavid

2011: Aaron Ekblad

2010: Alex Galchenyuk

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Suzuki a présenté des statistiques intéressantes à ses premiers pas dans le circuit junior, à 16 ans, avec 44 points en 64 matchs. Il a enchaîné en connaissant un début de saison du tonnerre l'automne dernier, amassant 24 points (6 buts, 18 passes) à ses 13 premières sorties. Il a toutefois diminué la cadence depuis et a été limité à 20 points (9 buts, 11 passes) à ses 28 derniers matchs.

«Au début de la saison, il manquait plusieurs vétérans un peu partout, car plusieurs joueurs participent à des camps de la LNH, rappelle-t-il, humblement. Ça a dû m'aider, j'imagine. J'ai aussi connu un excellent départ, et mes attentes étaient élevées. Mais c'est ça, le hockey. Parfois, les choses ne tournent pas à ton avantage. J'espère simplement revenir à mes standards de début de saison dans la deuxième moitié.»

Il sera intéressant de suivre la progression de Ryan Suzuki en parallèle avec la position du CH au classement. À moins d'un coup de chance à la loterie ou d'un improbable long parcours en séries, le Canadien devrait parler quelque part au milieu du premier tour, là où Suzuki est attendu. Si c'est le cas, la réunion des frères Suzuki deviendra un scénario possible.

«C'est mon rêve de jouer avec Nick. C'est mon mentor. Il m'a aidé tout au long de ma carrière. Mais peu importe qui me repêche, je vais essayer de tracer mon propre chemin.»