Gary Bettman est-il sérieux dans sa volonté d'établir une politique claire pour enrayer les coups à la tête?

Mathias Brunet LA PRESSE

Ses déclarations des derniers jours en ont encouragé plusieurs, dont François Landreville, le nouveau porte-parole francophone des programmes de prévention et de recherche sur les commotions cérébrales chapeautés par l'Association des joueurs de la LNH.

«Il faut éliminer les zones grises, confiait hier Landreville, le préparateur physique de plusieurs joueurs québécois de la LNH, dont Jason Pominville, Steve Bégin et Francis Bouillon. Il faudrait que tout joueur qui porte un coup à la tête, que ça soit intentionnel ou non, avec l'épaule ou le coude, soit expulsé du match, puis passible d'une suspension selon la gravité du geste. Les joueurs doivent être en contrôle de leur corps.»

Le premier programme, «Shoot for a Cure», une fondation vouée à la recherche clinique sur les commotions cérébrales, compte parmi ses membres les plus actifs l'ancien hockeyeur Keith Primeau, qui lèguera son cerveau à la science lors de son décès. Le second, «Play it Cool», veut éduquer les jeunes hockeyeurs et leur entourage à une pratique plus sécuritaire du hockey.

«Il n'y a pas de nom en français parce qu'il s'agit d'une marque de commerce mais les sites Internet commencent à être traduits en français, mentionne Landreville, qui a été nommé porte-parole la semaine dernière. J'ai rencontré Keith Primeau et aussi Marc-André Émond, le jeune du Midget Espoir paralysé à la suite d'une mise en échec par derrière. Il était important pour moi de recueillir leur témoignage avant de passer à l'action. Le détaillant La source du sport mettra à la disposition du public des brochures d'information. On donne aux parents des informations sur les commotions cérébrales et on montre aux hockeyeurs comment appliquer des mises en échec sans mettre la santé de l'adversaire en péril.»

Landreville compte approcher le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, ces prochaines semaines. Celui-ci a mentionné il y a cinq jours qu'il comptait mettre sur pied un programme de prévention pour ses joueurs. François Landreville a évidemment suivi le dossier de près. «Je suis satisfait de la décision qui a été prise dans le dossier Patrice Cormier. On a vu ce qu'il a fait au Championnat mondial junior, ce n'était pas la première fois dans son cas. Le jeune Tam dit ne rien ressentir actuellement, mais ça ne veut pas dire que ça sera le cas dans deux semaines. Les commotions peuvent parfois se manifester quelques semaines plus tard. Surtout s'il a eu des convulsions.»

En plus d'approcher des circuits mineurs et des équipes, Landreville compte mettre en ligne des clips sur l'Internet. «Pour avoir un impact, tu dois avoir des joueurs de la Ligue nationale. Il y a trop de joueurs qui visent à blesser l'adversaire lors des mises en échec sans même se préoccuper de la rondelle. Il faut changer les mentalités.»

Mais Landreville et son organisme pourront-ils faire passer leur message si la LNH n'emboîte pas aussi le pas? «Il y a beaucoup d'équipes dans la LNH. Beaucoup de joueurs n'auraient pas de poste s'ils ne pratiquaient pas un style de jeu robuste et ils ne pensent pas toujours aux conséquences. Prenez la mise en échec de Chris Neil jeudi. C'était légal, mais pas très respectueux. J'ai espoir que ça change. Il le faut parce que ce qui se passe dans la LNH a une grande influence sur les circuits mineurs. Je suis encouragé parce que des athlètes d'influence se joignent au projet, dont Primeau, qui a encore de la difficulté à fonctionner normalement aujourd'hui. Et aussi Jarome Iginla. C'est dans l'intérêt des joueurs. Si tu es victime d'une commotion cérébrale grave, tu ne peux plus jouer et tu ne peux plus gagner ta vie.»