Quand on demande à André Savard en quoi les Penguins de ce printemps sont différents de ceux qu'il dirigeait en finale l'an dernier, il répond un seul mot: «Malkin».

Mathias Brunet LA PRESSE

«Il est supérieur à l'an passé, soutient l'ancien adjoint de Michel Therrien, joint au téléphone à Québec. Il avait été bon pour nous, mais en ce moment il est très bon. Il a acquis de la maturité. Il est sans doute aussi fatigué que l'année passée, actuellement, mais son expérience lui permet d'oublier plus facilement sa fatigue et de continuer. Avec l'expérience, tu fais toujours mieux face aux obstacles.»

 

L'essoufflement de Malkin, l'an dernier, a sans doute enlevé aux Penguins tout espoir de battre les Red Wings. «Pour vaincre Detroit, on réalisait que notre deuxième trio était très important, raconte Savard. Les Red Wings n'avaient pas de faiblesse, mais nous pouvions exploiter un avantage: notre deuxième trio.»

L'ancien DG du Canadien note aussi que Malkin, premier compteur de la LNH en séries (sur un pied d'égalité avec son coéquipier Sidney Crosby, avec 28 points en 17 matchs), bénéficie de la présence de ses parents.

«Son père venait faire un tour, l'an dernier, mais ils ont décidé de déménager à Pittsburgh cette année. Ça aide aussi. C'est certain qu'il veut faire plaisir à ses parents. On le voit à la télé: son père est tellement intense!»

Savard préfère ne pas se prêter au jeu des prédictions à l'aube de la finale de la Coupe Stanley. Mais ça ne l'empêche pas d'analyser les forces en présence.

«J'entrevois une très bonne série, une série serrée, dit-il. Actuellement, on ne connaît pas l'état de santé des joueurs des Red Wings. Pavel Datsyuk n'a pas joué; est-ce sérieux? Et Nicklas Lidstrom? En séries, tu as besoin de tous tes éléments.»

Ajustements

Les jeunes Penguins ont subi deux défaites nettes, l'an dernier, lors des deux premiers matchs de la finale à Detroit (4-0 et 3-0). Mais ils ont remporté deux des trois rencontres suivantes et se sont finalement inclinés en six matchs.

«Nous avons fait des ajustements après le deuxième match et ça nous a permis de revenir dans la série. On trouvait que les Red Wings sortaient trop facilement de leur zone quand on envoyait la rondelle dans le coin de la patinoire pour la récupérer. Ils envoyaient toujours un attaquant chercher la rondelle dans le fond de la zone; cet attaquant remettait la rondelle à un défenseur qui était toujours bien positionné, et Detroit quittait son territoire facilement. Nous avons modifié cette stratégie, notre échec-avant est devenu plus efficace et les matchs ont été plus serrés par la suite.»

Une décision audacieuse a permis à Pittsburgh de remporter le cinquième match en prolongation à Detroit et de forcer la présentation d'une sixième rencontre.

«Sergei Gonchar s'est blessé pendant le match et il n'est pas revenu au jeu en première période supplémentaire, ni en deuxième. Nos gars commençaient à être fatigués et, entre la deuxième et la troisième périodes de prolongation, nous sommes allés le voir à la clinique où il suivait le reste du match à la télé. On lui a demandé de remettre son équipement et de revenir sur le banc au cas où on aurait besoin de lui en supériorité numérique. C'est ce qui est arrivé. On a compté le but gagnant grâce à une passe de Gonchar à Sykora. Le groupe d'entraîneurs a pris la bonne décision en lui demandant de revenir, même s'il avait raté les deux premières périodes de prolongation.»

Malheureusement pour Therrien et Savard, ils ont été congédiés le 15 février, moins de neuf mois après avoir mené les Penguins en finale.

J'aurais pu demander à André Savard s'il avait un pincement au coeur de voir son ancien club revenir en finale. J'aurais pu lui demander s'il croyait qu'il serait encore derrière le banc des Penguins, avec Michel Therrien, n'eût été la grave blessure subie par Gonchar en première moitié de saison. J'aurais pu lui demander aussi s'il croyait qu'il aurait pu sauver son emploi avec Bill Guerin et Chris Kunitz dans les parages, des acquisitions qui ont permis à Sidney Crosby de finalement retrouver un sourire qu'on ne voyait plus très souvent dans l'entourage des Penguins. J'aurais pu. Mais je me doutais déjà de la réponse...