Luc Domenjoz COLLABORATION SPéCIALE

Le soleil brille sur le sud de la France. Le vent qui balaie habituellement le plateau du Castellet fait relâche aujourd'hui, et les conditions sont donc idéales pour les premiers tours de Jacques Villeneuve au volant de la Peugeot 908 HDi qu'il pilotera lors des 24 Heures du Mans, les 16 et 17 juin prochains.




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Serge Saulnier, directeur d'équipe chez Peugeot, parle des premiers essais de Jacques Villeneuve à bord de la Peugeot 908 diesel HDi (40 secondes).
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Le matin, c'est Stéphane Sarrazin qui dégrossit la voiture. Cinquante tours plus tard, il laisse le volant de la seule 908 disponible à Jacques Villeneuve.

Combinaison blanche taillée comme il les aime, donc trop grande pour lui, le Québécois s'installe pour la première fois dans son nouveau jouet vers 15 heures. Le moteur est mis en marche.

Au ralenti, dans les puits, le vacarme est effrayant. Le moteur diesel de la 908 émet un bruit rauque, exactement celui d'un camion. Étrange impression. Au moment de prendre la piste, peu habitué à ce genre d'engins, Villeneuve appuie un peu trop sur la pédale des gaz, et sa machine disparaît dans un nuage de fumée bleuâtre.

Au premier passage devant les puits, pourtant, on est rassuré: la 908 lancée à fond émet un vrai bruit de voiture de course. Et Jacques Villeneuve le confirme: c'en est une. Même si, au début, il a du mal à retrouver ses sensations de pilote (la dernière fois qu'il avait piloté une voiture fermée, c'était au début des année 90, au Japon. Et encore, il y avait disputé une course uniquement par jeu, en groupe C, avec Eddie Irvine comme coéquipier. Depuis, le Québécois n'avait conduit que des monoplaces).

«Le plus surprenant pour moi, au début, c'était le silence. Il y a 17 ans que je ne pilote que des monoplaces ouvertes, avec le moteur qui rugit dans le dos et le vent qui secoue le casque, c'est une expérience très... auditive. Là, on n'entend rien, même pas le moteur. Dans les virages, on n'entend pas les pneus faire du bruit en dérapant, et il n'y pas de vent dans l'habitacle. Au début, j'avais du mal à juger de la vitesse, je manquais de repères. J'étais déboussolé par le silence. Après, ça s'est amélioré, mais je n'ai pas assez roulé pour retrouver des sensations.»

La 908, par contre, il aime. «C'est une vraie voiture de course. Elle est lourde, mais elle freine presque comme une F1. Le moteur diesel pousse fort, beaucoup plus que je ne l'avais imaginé. En fait, ce n'est pas mal du tout.»

Le prototype que pilote le Québécois vient de sortir des ateliers d'assemblage et souffre de plusieurs problèmes de jeunesse. Jacques Villeneuve ne peut effectuer que deux petites séries de sept tours avant d'en rester là, sur le coup de 16 heures. Un filtre à huile qui se bouche menace de casser le moteur. Peugeot ne disposant pour l'instant que d'une seule voiture, il faut en prendre soin, d'autant que les essais doivent se poursuivre jusqu'à dimanche avec les autres pilotes, dont Sébastien Bourdais.

Jacques Villeneuve termine sa journée parfaitement décontracté. Il est arrivé de Suisse la veille, son motorisé est stastionné juste là, à côté du paddock, et l'ambiance, chez Peugeot, lui convient à merveille. «Oui, c'est relax, confirme-t-il. Au moins, il n'y a pas 20 ingénieurs en électronique qui tournent autour de la voiture, comme en Formule 1. C'est beaucoup plus humain que la F1, et, franchement, c'est ce qu'il me fallait. Il faut que cela reste amusant.»

L'objectif, toutefois, est parfaitement sérieux: Villeneuve veut gagner les 24 Heures dès sa première participation, parce que son programme 2008 ne lui laissera sûrement pas un deuxième essai.

Pour gagner au Mans, encore faudra-t-il que la 908 tourne rond et longtemps. Il ne reste que trois séances d'essais pour en peaufiner les réglages. Jacques va devoir s'habituer très vite au silence de son habitacle.