Récupérer après un traumatisme crânien grave comme celui subi par Jules Bianchi victime d'un violent accident de F1 au Japon début octobre et rapatrié mercredi en France, est un parcours souvent long et incertain, soulignent les spécialistes.

Olivier THIBAULT AGENCE FRANCE-PRESSE

Le jeune pilote français «n'est plus dans le coma artificiel dans lequel il avait été placé peu après son accident», mais est «toujours inconscient», a annoncé sa famille à l'occasion du transfert du pilote du Japon, où il était soigné depuis le 5 octobre, jusqu'à Nice, sa ville natale.

«Il respire sans aide et ses signes vitaux sont stables, mais son état est toujours classé comme critique. Son traitement entre maintenant dans une nouvelle phase qui concerne l'amélioration de ses fonctions cérébrales», a-t-elle précisé.

Question: Quelle est la sévérité du traumatisme crânien de Jules Bianchi?

Réponse: On sait par la famille que le jeune pilote souffre d'un traumatisme crânien avec «lésion axonale diffuse», conséquence de la violence du choc de sa voiture avec un engin d'élevage sur la piste et de l'effet d'une décélération instantanée sur le cerveau.

Les lésions axonales constituent un «facteur de gravité» supplémentaire dans un traumatisme crânien, mais elles n'impliquent pas forcément des séquelles supplémentaires, explique pour l'AFP le Pr Denis Safran, chef du service d'anesthésie et réanimation d'un grand hôpital parisien.

Q: Pourquoi avoir plongé l'accidenté dans un  «coma artificiel»?

R: Les experts préfèrent le terme «coma thérapeutique» ou «sédation profonde». Ce «coma thérapeutique» permet une «mise au repos» du cerveau durant la phase aiguë du traumatisme, explique le Pr Jean Mantz, chef du département d'anesthésie réanimation de l'hôpital de Clichy, en région parisienne.Elle soulage l'hypertension artérielle dans la boîte crânienne qui découle de l'oedème cérébral --à savoir l'accumulation de liquide-- qui s'est formé à la suite du choc.

Q: Quelle évolution après la sortie d'un coma artificiel?

R: Il est impossible de répondre précisément à cette question. Chaque cas est unique et les évolutions varient extrêmement d'un sujet à l'autre, soulignent les spécialistes. «L'évolution est imprévisible. Cela peut aller du coma végétatif à un retour à une vie quasiment normale», explique le Pr Safran. «En matière de traumatologie cérébrale, on est toujours un peu dans l'inconnu, fait-il valoir. C'est la difficulté envers les familles, il faut leur faire comprendre qu'on ne peut rien leur dire, non pas parce qu'on leur cache quelque chose, mais parce qu'on ne sait pas.»

Pour le Pr Mantz, un traumatisme grave peut évoluer vers une «récupération des fonctions motrices et cognitives avec des séquelles minimes» surtout si le sujet est jeune et si la prise en charge est rapide et adaptée. Mais pour cela il faut évidemment que le sujet ne souffre pas de lésions irréversibles dans les zones cérébrales importantes comme le tronc cérébral ou le cortex», ajoute-t-il.

Un traumatisme crânien grave peut aussi aboutir à des «séquelles cognitives handicapant la vie relationnelle» du patient. Et «au maximum», l'accidenté peut rester dans un «état végétatif» caractérisé par une absence d'interaction avec l'extérieur, indique encore le Pr Mantz.

Q: Au bout de combien de temps peut-on être fixé sur l'évolution du patient?

R: «Un pronostic est envisageable à compter de six mois» après l'accident, selon le Pr Safran. Mais bien évidemment des améliorations sont possibles après ce délai, souligne-t-il.

«Après la période aiguë, la route peut être très longue. On a vu des patients s'améliorer entre un an et trois ans après l'accident», selon le Dr Bernard Vigué, réanimateur à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre, en banlieue parisienne.

Q: Quelle est l'importance des proches?

R: En phase de réveil, la famille joue un rôle de «stimulation» bénéfique pour l'accidenté et important pour sa récupération. «La stimulation permanente par les proches est un facteur de récupération», souligne le Pr Safran.