Sebastian Vettel a fort bien amorcé la défense de son titre mondial, dimanche en Australie, en dominant facilement le premier Grand Prix de la saison 2011. Le jeune Allemand n'a jamais été menacé, évoluant «sur une autre planète» selon son rival Fernando Alonso.

Mis à jour le 27 mars 2011
Michel Marois LA PRESSE

Habituellement euphorique après ses victoires, Vettel s'est pourtant montré très terre-à-terre en conférence de presse. «La saison sera encore longue est j'ai rappelé à tout le monde qu'il était important de garder les deux pieds bien au sol, a-t-il déclaré. Tout a bien fonctionné, c'est vrai, mais les McLaren sont tout près, les Ferrari aussi, et les autres vont réagir.»

Vettel a devancé de près de 20 secondes, une éternité en F1, le Britannique Lewis Hamilton, qui a confirmé le rétablissement de McLaren après un hiver difficile. La surprise est venue de l'étonnant Vitaly Petrov, troisième sur Lotus-Renault après une course sans erreur, même dans les derniers tours quand Alonso est revenu sur lui.

Mark Webber (cinquième) et Jenson Button (sixième) auraient pu prétendre au podium, mais le premier n'a jamais été dans le coup, alors que le second a été longtemps bloqué derrière Felipe Massa. Il a d'ailleurs écopé d'une pénalité (passage aux puits) quand il a finalement passé le Brésilien dans une zone interdite, gâchant ses dernières chances de revenir sur Petrov.

Cela dit, les six prétendants au titre mondial occupent déjà les premières places du classement, une autre raison pour Vettel de ne s'emballer trop vite.

Pas de catastrophe

Les nouveautés technologiques n'ont finalement eu aucun impact sur la course. Les pneus Pirelli, dont on craignait qu'ils se dégradent en quelques tours, ont bien tenu et les meneurs n'ont eu à effectuer que deux ravitaillements. Le Mexicain Sergio Perez, brillant septième pour ses débuts en F1 - avant la disqualification des deux Sauber sur un détail technique - ne s'est même arrêté qu'une seule fois.

La situation sera sûrement différente sur certains circuits plus abrasifs, comme à Barcelone par exemple, mais on est loin des scénarios catastrophes anticipés pendant les essais hivernaux.

Le système de récupération d'énergie cinétique (SREC) et les ailerons arrière mobiles n'ont pas eu les effets espérés sur les dépassements, finalement aussi peu nombreux que par le passé. Les Red Bull n'étaient d'ailleurs pas équipés du SREC, ce qui n'a pas empêché Vettel de s'envoler en tête au signal du départ devant ses concurrents «boostés» par le système.

Quant aux ailerons arrière, si on a bien vu le fonctionnement du système grâce aux images et aux données de télémétrie présentées à la télévision, ils n'ont pas permis aux pilotes de doubler plus facilement leurs concurrents.

Vettel, qui n'a pas vraiment eu à s'en servir, a noté qu'il l'aidait à se rapprocher des attardés même si les caractéristiques du circuit de l'Albert Park n'étaient sans doute pas idéales pour exploiter le plein potentiel de ce système.

On peut douter que cet artifice provoque ailleurs le changement spectaculaire qu'avaient prévu certains pilotes.

Déjà des perdants

Forcés à l'abandon après des collisions, les Allemands Michael Schumacher et Nico Rosberg ont fort mal amorcé une saison qui devait être celle du renouveau chez Mercedes. Le «grand pas en avant», annoncé par Schumi, ne s'est pas matérialisé et les voitures n'étaient pas dans le coup avant même leurs abandons.

Si le Grand Prix a permis de confirmer que Sauber et Williams étaient les plus compétitives des «petites» équipes, toutes deux ont été privées de bons résultats. La première a placé ses voitures aux septième et huitième places, mais Perez et les Japonais Kamui Kobayashi ont été disqualifiées parce qu'une pièce de leur aileron arrière sans impact sur les performances était apparemment trop élevée.

Chez Williams, Rubens Barichello a été l'un des plus actifs en piste, mais il a aussi été impliqué dans deux collisions, la seconde causant l'abandon immédiat de Rosberg et le sien quelques tours plus tard.

Tout à l'arrière, les «nouvelles» équipes n'ont montré aucun signe de progrès véritable. Jarno Trulli, le meilleur du groupe, a placé sa Lotus à la 13e place à plus de deux tours du vainqueur. Jerome D'Ambrosio a classé sa Virgin à quatre tours et les voitures de l'équipe HRT ne s'étaient même pas qualifiées...

La prochaine épreuve sera disputée le 10 avril à Kuala Lumpur, en Malaisie, sur le circuit de Sepang. Vettel y avait remporté l'an dernier la première de ses cinq victoires en 2010.

Ils ont dit:

Sebastian Vettel, premier

«Cela n'a pas été aussi facile que ça en a eu l'air! Le départ a été crucial, évidemment, car j'ai pu contrôler les choses par la suite. L'année sera longue et beaucoup de choses peuvent se produire. Cela sera très serré, McLaren et Renault ont bien fait, Ferrari est toujours très fort et Mercedes, qui n'a pas connu un super départ, reviendra plus fort que l'an passé».

Lewis Hamilton, deuxième

«Nous pouvons être très fiers de nous. Il y a une ou deux semaines, nous n'espérions pas être dans le top 5. Repartir d'ici avec une deuxième place avec une monoplace plus fiable, c'est une belle satisfaction. Nous avons tenu le rythme de Seb (Vettel) en début de course, nous avons trouvé un bon rythme et nous attendons la prochaine course avec impatience.»

Vitaly Petrov, troisième

«Je suis très heureux d'être sur le podium. Tout le week-end s'est très bien passé pour nous, mais c'est un peu une surprise. On ne savait pas où on en était après les essais hivernaux. On est arrivés ici avec de nouvelles pièces et notre voiture était très bonne. En course aujourd'hui, je crois que l'équipe a tout fait parfaitement.»

Fernando Alonso, quatrième

«Si on regarde seulement le classement, ce n'est pas trop mauvais. Nous avons perdu du terrain par rapport à Vettel et Hamilton, mais nous en avons gagné sur Webber et Button. Nous sommes dans la moyenne de ce que nous devons réaliser pour remporter le titre. Mais nous ne pouvons certainement pas terminer toujours troisième ou quatrième...»

Mark Webber, cinquième

«Seb a montré ce que la voiture peut faire, mais il n'est pas normal pour moi de ne pas suivre le rythme à l'avant. Finir aussi loin derrière est inhabituel, mais il faut rester calme, c'est le premier GP. Je suis impatient d'aller en Malaisie, j'aimerais que la course se déroule demain!»

Jenson Button, sixième

«J'ai pris un mauvais départ, je me suis retrouvé coincé derrière Massa. Il était plus lent et très difficile à dépasser. J'ai essayé de le doubler dans les virages 11 et 12, mais il m'a poussé et j'ai dû couper le virage. Nous avons pris une pénalité qui m'a contraint à traverser les stands. Ensuite, j'étais trop loin pour revenir.»