L'accolade ne vient pas de n'importe qui: Sir Jackie Stewart a été trois fois champion du monde. Vingt-sept fois, il est monté sur la plus haute marche du podium. Il arpente les paddocks de la F1 depuis plus de 40 ans - une période au cours de laquelle des pilotes de légende comme Michael Schumacher, Alain Prost et Ayrton Senna ont fait leur marque.

Jean-François Bégin

L'accolade ne vient pas de n'importe qui: Sir Jackie Stewart a été trois fois champion du monde. Vingt-sept fois, il est monté sur la plus haute marche du podium. Il arpente les paddocks de la F1 depuis plus de 40 ans - une période au cours de laquelle des pilotes de légende comme Michael Schumacher, Alain Prost et Ayrton Senna ont fait leur marque.

Il est encore bien tôt pour comparer à tous ces grands la recrue de 22 ans, qui a obtenu hier la première position de tête de sa jeune carrière, après cinq podiums en autant de courses. Mais Hamilton, ça ne fait plus de doute pour personne, est une créature d'exception. «Il a reçu un don de Dieu, un talent naturel», dit Sir Jackie, rencontré hier chez Williams. «Je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas faire ce que Schumacher a accompli.»

On parle bien du Schumacher qui a remporté 91 victoires et sept championnats du monde, M. Stewart? Il semble que oui. «Lewis a été comparé à Tiger Woods - et Tiger Woods a réalisé les espoirs fondés en lui», souligne l'Écossais.

Sir Jackie n'est pas le seul vétéran de renom à tenir en haute estime le premier pilote noir de l'histoire de la F1. Selon Niki Lauda, lui aussi triple champion du monde, y compris avec McLaren en 1984, Hamilton «affiche le plus grand potentiel de tous les pilotes du plateau actuel».

«Ce qu'il a fait jusqu'ici est remarquable, dit l'Autrichien. Il est jeune, rapide et ne commet pas d'erreurs. Et pourtant il est dans la situation la plus difficile qui soit - j'avais le même problème avec Prost chez McLaren - car Fernando Alonso et lui ont tous les deux le même matériel. Et pourtant il parvient à battre Alonso. Battre un gars d'une autre écurie est toujours plus facile, parce que l'autre voiture peut être moins bonne. Mais Lewis fait un job parfait: il fait aussi bien qu'Alonso pour l'instant, sans expérience, et sans faire d'erreur. C'est impressionnant.»

Stewart n'a pas été surpris de voir Hamilton décrocher la position de tête à Montréal, même si son expérience du circuit Gilles-Villeneuve se limitait à cinq tours sur le simulateur de McLaren. «Un vrai bon pilote va être dans le coup après 15 ou 20 tours maximum, ça fait partie de ce qui fait un grand pilote. Je suis sûr que Jack Nicklaus n'a pas eu besoin de jouer 20 fois à Augusta pour comprendre le parcours.»

Woods, Nicklaus, Schumacher - voilà des comparaisons qui pourraient monter à la tête de bien du monde. Jusqu'ici, Hamilton semble accueillir avec un flegme amusé sa nouvelle notoriété. Quand on l'écoute parler, on a l'impression qu'il n'a pas la grosse tête. Pas encore, en tout cas.

«Le plus important pour lui est de ne pas lire les journaux, dit Lauda. Sinon, il ne tiendra plus à terre. Le mieux est d'ignorer tout ça et de continuer sa vie comme il l'a commencée. Heureusement, il a les deux pieds sur terre et a une bonne vie de famille avec son père qui l'encadre. C'est l'idéal.»

Les planètes semblent s'être alignées favorablement pour Hamilton. Il fait son entrée chez McLaren à un moment où les Flèches d'argent retrouvent l'ascendant qu'elles avaient un peu perdu depuis le début des années 2000. Commencer sa carrière en F1 au sein d'une écurie qui se bat aux avant-postes est un luxe que n'ont pas eu des pilotes comme Fernando Alonso (Minardi) ou Kimi Raikkonen (Sauber).

«Il a été bien dirigé pendant toute sa carrière, à partir de ses débuts en karting. Il a toujours eu de bonnes voitures dans de bonnes équipes, souligne Sir Jackie. Mais même si on pensait tous qu'il serait bon, on ne croyait pas qu'il pourrait être aussi constant.

«McLaren a évidemment beaucoup à dire dans tout ça. Lewis est un jeune homme très chanceux. Mais les gens de McLaren sont aussi très chanceux de l'avoir.»

Bernie, Bernie...

Suis-je le seul à être las du numéro de matamore de Bernie Ecclestone? À 76 ans, le vieux Bernie ne changera évidemment pas les tactiques qui ont fait de lui un homme à peine moins riche que Crésus. Mais il commence à sonner comme un disque usé.

En théorie, la F1 fera escale à Montréal jusqu'en 2011, peu importe que Normand Legault pave de marbre ou non le paddock du circuit Gilles-Villeneuve. Sauf que le contrat qui lie Legault à Ecclestone compte probablement assez d'échappatoires pour permettre au vieux renard de forcer le promoteur montréalais à rafraîchir sans attendre le paddock - lequel, il faut bien le dire, aurait sérieusement besoin d'être rénové et agrandi.

Il y aurait quand même des façons simples d'améliorer le sort des écuries, comme d'installer un grand toit de toile au-dessus de la section hospitalité, où les équipes prennent leurs repas et accueillent leurs invités. Pas de danger alors d'être trempé quand il se met à pleuvoir. Sauf qu'en faisant ça, on bloquerait la vue des richards du Paddock Club, qui paient le gros prix pour le privilège de voir Fernando Alonso manger son spaghetti chez McLaren. Et ça, les gestionnaires du Paddock Club, Allsport Management, ne l'accepteraient pas. Et c'est qui, Allsport Management? Eh oui, c'est Bernie.