(Montréal) En raison de la pandémie de COVID-19, le Grand prix du Canada n’aura finalement pas lieu à Montréal, a confirmé vendredi son président et promoteur, François Dumontier. Les trois autres GP prévus dans les Amériques ont aussi été annulés.

Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On vit une année folle et un peu débile », a dit d’emblée M.  Dumontier, lors d’une mêlée de presse au circuit Gilles-Villeneuve. Il dit avoir appris la nouvelle dans les dernières heures.

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« On vit une année folle, et un peu débile », a dit d’emblée M.  Dumontier, lors d’une mêlée de presse au circuit Gilles-Villeneuve.

L’instabilité causée par la crise sanitaire a demandé de nombreux sacrifices dans les derniers mois, selon lui.

Une journée, on avait un calendrier, et le lendemain, il n’existait plus. C’était un vrai casse-tête, ce n’était pas une job facile.

François Dumontier

Dumontier déçu

M. Dumontier cachait mal sa déception d’en être arrivé là. Il affirme que Montréal aurait pu profiter de la tenue d’une course de F1. « J’aime penser qu’on vient de passer à côté d’une belle occasion. Encore cette semaine, on parlait du centre-ville qui est vide […]. On aurait pu remettre Montréal sur la map », a-t-il avancé, soulignant que les cotes d’écoute importantes auraient été une vitrine pour la métropole.

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Tenir un Grand Prix à huis clos, tel que le recommandaient les autorités de santé publique, n’aurait « pas été viable », soutient François Dumontier.

En entrevue avec La Presse, il a ajouté que le secteur hôtelier, qui en arrache depuis le début de la crise, aurait été le premier à en bénéficier. « La F1 voyage avec 2500 personnes, ce qui est déjà restreint par rapport à la normale. Et dans les plans sanitaires, chacune de ces 2500 personnes doit rester dans une chambre individuelle. Il y aurait eu un potentiel de location de chambres d’hôtel », a-t-il affirmé.

Les marchands de la rue Crescent ont dit publiquement que même s’il y avait un grand prix avec des normes sanitaires, ils tiendraient des activités. Pour moi, c’était une occasion d’amener du monde à Montréal.

François Dumontier, promoteur du GP du Canada

Des pilotes et des commerçants déçus

À l’Association des marchands de la rue Crescent, la directrice Sandy Greene souligne que la nouvelle a eu l’effet d’une bombe chez ses membres. « C’est dévastateur. Tout ça est extrêmement difficile pour les commerçants à digérer, surtout que ça a été une année déjà très difficile pour eux », a-t-elle souligné.

En moyenne, une fin de semaine de Grand Prix peut représenter jusqu’à 30% des revenus annuels de ces commerçants. « C’est irremplaçable comme événement. On parle de 150 000 personnes qui viennent sur notre rue en quelques jours », a-t-elle renchéri.

Même son de cloche pour le président des commerçants de la rue Peel, Alain Creton, qui se dit amèrement déçu par l’annulation du Grand Prix. « Nous avions encore un peu d’espoir de revivre après ses trois mois de misère. C’est une immense désillusion pour tous en plus de subir les effets néfastes de la COVID-19 », a-t-il insisté.

À l'an prochain, dit Lance Stroll

PHOTO D'ARCHIVES DARKO BANDIC, AFP

La voiture rose de Lance Stroll (ci-haut) et celle de son coéquipier mexicain Sergio Perez ne rouleront pas au Circuit Gilles-Villeneuve cette année.

Le pilote canadien Lance Stroll a lui aussi réagi, par le biais d’une déclaration écrite. « Montréal est ma course préférée sur le calendrier [...]. Ça me brise le cœur de ne pas pouvoir participer cette année, mais nous en comprenons les raisons », a-t-il expliqué, en remerciant au passage les fans de F1.

Mon cœur va à tous les partisans du Canada. Montréal est certainement l’un des week-ends les plus excitants. Merci pour tout le soutien, et j’espère que l’année prochaine arrivera très vite.

Lance Stroll, pilote de F1

Des finances à reconstruire

Tenir un Grand Prix à huis clos, tel que le recommandaient les autorités de santé publique, n’aurait « pas été viable », soutient toutefois le promoteur François Dumontier. « Faire une course sans spectateurs et sans revenus, ce n’est pas viable. Ça nous empêcherait de payer les frais de courses et de déplacement, qui sont déjà plus élevés en temps de pandémie », a-t-il noté.

L’annulation de l’édition 2020 fera mal aux finances de l’organisation, avoue M. Dumontier. « C’est sûr que ce sont des pertes de revenus importantes. En même temps, on a quand même pu économiser, parce qu’habituellement, on commence à préparer le circuit à la fin mars. Là, tout avait été arrêté autour du 13 mars », a-t-il illustré.

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L’annulation de l’édition 2020 fera mal aux finances de l’organisation, dit François Dumontier, qui n’a enlevé son masque que durant sa présentation faite dans le respect des deux mètres de distanciation sociale.

« Quand on a perdu le Grand Prix en 2009, ça a créé un engouement incroyable l’année d’après quand c’est revenu, tant sur le circuit qu’en ville. Je pense qu’on pourrait revivre le même phénomène », s’est toutefois réjoui le promoteur.

Aucun GP en Amérique cette année

Montréal n’est pas seule dans cette situation. Les Grands Prix des États-Unis, du Brésil et du Mexique n’auront pas lieu non plus en 2020. Or, trois nouvelles courses, en Allemagne, au Portugal et en Italie, ont été inscrites au calendrier en octobre.

Les trois nouveaux Grands Prix inscrits au calendrier sont ceux d’Allemagne sur le circuit du Nürburgring du 9 au 11 octobre, du Portugal sur celui de Portimao du 23 au 25 octobre et d’Émilie-Romagne sur celui d’Imola du 31 au 1er novembre. Ils portent à 13 le nombre de courses programmées cette saison.

L’objectif est toujours d’organiser de 15 à 18 épreuves en dépit des bouleversements provoqués par la pandémie de coronavirus. Trois Grands Prix ont déjà eu lieu en juillet.

Actuellement, outre les trois courses qui se sont déroulées en Autriche et en Hongrie, deux autres sont prévues sur le circuit de Silverstone (Grande-Bretagne), une à Barcelone (Espagne), une à Spa (Belgique), deux en Italie (Monza et Mugello) et une en Russie (Sotchi).

F1 : le calendrier actualisé du Championnat du monde 2020

Grands Prix annulés : Australie, Monaco, France, Pays-Bas, Azerbaïdjan, Singapour, Japon, Canada, Brésil, États-Unis, Mexique.

3-5 juillet : Grand Prix d’Autriche (Spielberg)

10-12 juillet : Grand Prix de Styrie (Spielberg)

17-19 juillet : Grand Prix de Hongrie (Budapest)

31 juillet – 2 août : Grand Prix de Grande-Bretagne (Silverstone)

7-9 août : Grand Prix anniversaire des 70 ans de la F1 (Silverstone)

14-16 août : Grand Prix d’Espagne (Barcelone)

28-30 août : Grand Prix de Belgique (Spa-Francorchamps)

4-6 septembre : Grand Prix d’Italie (Monza)

11-13 septembre : Grand Prix de Toscane (Mugello)

25-27 septembre : Grand Prix de Russie (Sotchi)

9-11 octobre : Grand Prix de l’Eifel (Nürburgring)

23-25 octobre : Grand Prix du Portugal (Portimao)

31 octobre/1er novembre : Émilie-Romagne (Imola).