« Le basketball a sauvé ma vie. »

Publié le 20 mai
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Cette phrase, James Jean-Marie la prononce à deux reprises en l’espace de quelques minutes, lundi midi, en entrevue avec La Presse après le tout premier entraînement de l’Alliance de Montréal. Encore vêtu de son uniforme d’entraînement flambant neuf, le sympathique athlète de 24 ans n’hésite pas à nous raconter son parcours et, par ricochet, son histoire.

Enfant, le natif de l’arrondissement d’Anjou accompagnait son frère de 10 ans son aîné au parc du coin. Comme il n’était pas « assez fort pour jouer avec les plus vieux », le petit James observait son frangin et s’entraînait par lui-même. C’est de cette façon qu’il a eu le coup de foudre pour le sport devenu aujourd’hui le centre de sa vie.

Adolescent, Jean-Marie a fréquenté l’école secondaire Anjou pendant trois ans avant de passer à l’école secondaire Jeanne-Mance, où il évoluait avec les Dragons. À l’extérieur du terrain, toutefois, les choses n’allaient pas pour le mieux.

Dans mon environnement, il y avait beaucoup d’influences. À ce moment-là, j’avais beaucoup d’amis en prison ou qui avaient des problèmes avec la justice.

James Jean-Marie

« Honnêtement, quand j’étais jeune, j’étais plus influençable que maintenant, continue-t-il. Je ne comprenais pas nécessairement ce qui se passait autour de moi. Mais le basket m’a aidé à sauver ma vie. »

Les nombreuses heures passées dans le gymnase ont été bénéfiques en deux temps : d’abord parce qu’elles faisaient de lui un meilleur joueur de basketball, puis parce qu’elles le gardaient « hors de la rue ». « Ça m’a aidé à me concentrer à l’école et au basket », dit-il.

Avec l’aide de ses entraîneurs, le jeune homme s’est créé « une routine de travail » pour la première fois de sa vie. En 2016, à sa dernière saison avec les Dragons, il a été nommé joueur le plus utile du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ).

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

James Jean-Marie (à droite)

Un rêve

Les performances de James Jean-Marie lui ont permis de décrocher une bourse d’études à l’Académie Athlos de San Antonio, au Texas, où il a terminé ses études secondaires. Au revoir, le Québec, bonjour, les États-Unis.

« C’était mon rêve depuis que j’étais tout jeune, dit-il. Quand je suis allé à Jeanne-Mance, c’était ça, mon but. Je voulais dominer, m’améliorer, avoir la chance de partir. Mon coach a été vraiment honnête avec moi. Il m’a dit : “James, si c’est ce que tu veux faire, tu dois vraiment travailler chaque jour.” »

« C’est ce que j’ai fait », ajoute-t-il simplement.

Après son secondaire, le colosse de 6 pi 8 po et 235 lb s’est joint à l’Indian Hills Community College, en Iowa, au sein de la National Junior College Athletic Association (NJCAA). Il a découvert la culture du basketball au sud de la frontière.

Quand j’étais à Montréal, je pensais que j’étais fort. Mais quand tu vas de l’autre bord de la frontière, c’est d’autres types d’athlètes. Le basket est plus sérieux, c’est vraiment un business.

James Jean-Marie

Mentalement, il n’était « pas assez fort ». Mais le Québécois n’est pas du genre à baisser les bras, non. Il a travaillé. Il s’est amélioré « mentalement et physiquement ». Il a développé « une vraie éthique de travail ». Si bien qu’en 2019-2020, il a fait le saut en Division 1 de la NCAA avec les Toreros de l’Université de San Diego le temps d’une saison avant de s’entendre avec l’Université de Hawaii à Manoa.

Ce qui nous amène à cette année, en 2021-2022. L’ailier a évolué avec les Vikings de l’Université d’État de Portland, avec lesquels il a comptabilisé 12,9 points, 8,9 rebonds et 26,6 minutes de jeu par match en plus de réussir 52,2 % de ses lancers, dont 41,7 % de la ligne de trois points.

« [Aller à Portland], c’est la meilleure décision de ma vie, affirme-t-il. J’ai rencontré des gens formidables et ma carrière de basket a juste explosé. »

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

James Jean-Marie

Montréal

Au cours des derniers mois, James Jean-Marie a reçu des appels de différentes équipes de la Ligue élite canadienne de basketball (LECB). Mais c’est avec l’Alliance qu’il voulait vivre sa première expérience professionnelle.

« Je veux me développer en tant que joueur et créer des relations de vie avec mes coéquipiers, explique-t-il. Je veux gagner le plus de matchs possible. Et je veux dominer, personnellement. Je sais que je suis un des plus jeunes, mais c’est comme ça que je pense. »

Je suis prêt à avoir un grand rôle tout de suite. C’est mon but.

James Jean-Marie

L’entraîneur-chef Vincent Lavandier a été très clair dans un récent entretien avec La Presse : c’est à l’entraînement que les joueurs devront mériter leur temps de jeu. Le Montréalais en a conscience. Ça paraissait déjà lors du premier entraînement, lundi. « Je donne tout ce que j’ai », lance-t-il à ce sujet.

Et puis, il aura toutes les raisons de vouloir jouer le plus de minutes possible, alors que pour la première fois de sa vie, sa famille sera présente dans les gradins cette saison.

« Mes parents ne m’ont jamais vu jouer de ma vie, évoque-t-il. Je n’ai jamais vraiment eu de système de soutien parce qu’ils devaient travailler. Ils ne pouvaient pas me soutenir au basket pour des raisons personnelles. Mais là, du fait que je suis un professionnel à Montréal, tout le monde va être là le 29 mai prochain [pour le premier match à domicile]. »

James Jean-Marie entend d’ailleurs profiter de son retour dans la métropole pour s’impliquer dans la communauté. Déjà, le 13 mai, il a visité les jeunes de son ancienne école secondaire en compagnie de son coéquipier, Hernst Laroche.

« J’essaie de guider les jeunes vers le bon chemin et de les aider à protéger leur rêve. Tu dois prendre les bonnes décisions hors du terrain pour que ton rêve se réalise », dit-il.

« J’aime ça, m’impliquer auprès des jeunes, leur parler, poursuit-il. Même sur les réseaux sociaux, si je reçois des messages, je réponds tout le temps. Parce que je n’ai jamais eu quelqu’un qui faisait ça pour moi quand j’étais à Jeanne-Mance. »