Dans le passé, les fans de basket québécois ont souvent été déçus par les équipes professionnelles qui se sont établies ici. Alors en quoi la Ligue canadienne élite de basketball (CEBL) se distingue-t-elle ?

Pascal LeBlanc
Pascal LeBlanc La Presse

« Je crois que la façon dont nous sommes structurés aide beaucoup, estime le commissaire Mike Morreale. La ligue réunit toutes les équipes, un peu comme la MLS à ses débuts. Cela nous permet d’assurer la qualité de chacune d’elles ainsi que de notre image de marque. » L’ancien joueur de la Ligue canadienne de football est conscient que son circuit ne rivalise pas avec la popularité des Raptors de Toronto, mais il assure que la CEBL propose « le meilleur basket au pays et compte sur les meilleurs joueurs canadiens qui ne sont pas dans la NBA ».

Avant le début de saison, l’entraîneur des BlackJacks d’Ottawa, Charles Dubé-Brais, confiait à La Presse qu’il était convaincu du sérieux et de la viabilité de la CEBL.

La ligue est complètement différente de toutes les espèces de structures désorganisées qu’on a connues par le passé. Il n’y a jamais eu au Canada une ligue comme la CEBL.

Charles Dubé-Brais, entraîneur des BlackJacks d’Ottawa, dans la CEBL

« Ils font les choses correctement depuis le début, puis, maintenant, c’est entre les mains des gens de Montréal. Jusqu’ici, ça fonctionne très bien dans tous les marchés du Canada anglais, alors pourquoi pas chez nous ? », indique celui qui a fait partie de l’équipe d’entraîneurs du club-école des Raptors dans la G-League, le 905.

Mike Morreale souligne qu’« il ne faut pas oublier que le basketball est pratiqué par des gens de divers horizons. Alors, dans une ville multiculturelle comme Montréal, beaucoup sont très heureux d’enfin voir leur sport mis de l’avant. »

Un autre facteur pouvant expliquer le succès grandissant de la CEBL depuis ses débuts, il y a trois ans, est les sommets de popularité que le sport a récemment atteints. Le championnat des Raptors en 2019, les nombreux Canadiens dans la NBA et les trois Québécois qui s’illustrent ont certainement contribué à cet engouement.

Double champion avec le Heat de Miami, le Montréalais Joel Anthony croit que l’appétit pour le basket dans la métropole n’a fait que croître dans les dernières années. « Il y a toujours eu des fans, mais le bassin grandit sans cesse. L’émergence de joueurs de Montréal dans la NBA a permis à des amateurs moyens du sport de s’y intéresser davantage. » Celui qui occupe un poste au sein du groupe d’entraîneurs des Honey Badgers de Hamilton estime qu’offrir du basket de cette qualité l’été est impressionnant.

Une véritable ligue avec ce niveau de compétition, c’est du jamais vu ici !

Joel Anthony, ancien de la NBA et entraîneur des Honey Badgers de Hamilton, dans la CEBL

« Pour les joueurs qui veulent améliorer leur sort en vue de la saison suivante ou pour ceux qui veulent garder la forme, il s’agit d’une belle occasion, estime-t-il. En plus, les jeunes n’ont plus d’école et les journées sont plus longues. Tout le monde en bénéficie ! »

Le Montréalais Kris Joseph, qui évolue dans des clubs européens depuis quelques années, a joué durant l’été avec les BlackJacks d’Ottawa et peut en témoigner. « Il y a quelques joueurs qui ont joué dans la NBA, d’autres dans les universités américaines de division 1… Et ça va continuer, parce que la ligue grandit. » Notons qu’au moins trois joueurs de la CEBL ont signé des ententes pour des camps d’entraînement d’équipes de la NBA au terme de la saison.

Joseph, un ancien de l’Orange de Syracuse, qui a aussi porté les couleurs des Celtics de Boston et des Nets de Brooklyn, attribue notamment aux médias sociaux la popularité croissante du basket. « Les jeunes voient les highlights et pratiquent les moves. Il y a sûrement beaucoup plus de jeunes aujourd’hui qui vont pousser leurs parents à aller voir un match que lorsque je jouais au secondaire à Montréal. »

La pénible histoire du basket professionnel à Montréal

Dragons (1993) – Ligue nationale de basketball

L’équipe a disputé un premier match devant 4000 personnes, à l’Auditorium de Verdun, le 7 mai 1993. Le 10 juin de la même année, elle cessait ses activités. Les Dragons comptaient pourtant sur deux anciens de la NBA, deux ex-stars de la NCAA et deux membres de l’équipe nationale canadienne, Dwight Walton et Wayne Yearwood. Mais les problèmes étaient davantage financiers.

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Matrix (2005-2007) – Association américaine de basketball

Dans les années 1970, le circuit de l’ABA rivalisait avec la NBA notamment en raison de Julius Erving, alias DJ. Sa relance en 2000 n’a pas connu autant de succès. Une équipe montréalaise y a tout de même évolué pendant deux saisons. Plusieurs Québécois permettent à la formation de participer aux séries dès la première année. La suivante ne se passe pas aussi bien. Le Matrix devient le Royal, mais l’argent reste un problème.

Sasquatch (2008-2009) – Premier Basketball League

Début 2008, la PBL est fondée par quelques équipes déçues de leur expérience dans l’ABA. Le Sasquatch est l’une des 10 formations de la saison inaugurale. À peine un an plus tard, Montréal est expulsée de la ligue, car elle ne respecte pas les règles de celle-ci, dont le versement d’un salaire à ses joueurs… La PBL survivra jusqu’en 2013.

Jazz (2012-2013) – Ligue nationale de basketball du Canada

Avant le Jazz, il y a eu les Kebs (ou Kebekwa) de Québec, qui ont roulé leur bosse pendant quelques années. Ils ont disputé leurs deux premières saisons dans l’ABA, puis ont rejoint la PBL en 2009. Ils quittent cette dernière en 2011 pour fonder la Ligue nationale de basketball du Canada. En 2012, les Kebs déménagent à Laval, mais le projet avorte. Montréal accueille l’équipe en catastrophe, devient le Jazz, mais ne dispute qu’une saison de 2 victoires et 38 défaites.

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