Chris Boucher n’avait disputé que quatre minutes lors des séries ayant débouché sur le premier titre de l’histoire des Raptors de Toronto. Cette année, le Montréalais a saisi sa chance en mettant en application ce qu’il avait pu voir depuis le banc. « J’ai vu un changement dans mon rôle cette année », admet le principal intéressé.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Avant que la saison ne soit mise entre parenthèses en raison de la COVID-19, le numéro 25 avait plus que doublé son temps sur les parquets (13,2 minutes par match) et amélioré ses statistiques dans presque toutes les catégories. Le 3 mars à Phoenix, par exemple, il avait réussi un « double-double » avec 19 points et 15 rebonds.

« Ça m’a vraiment aidé d’avoir une année pour regarder de loin l’effort qu’il fallait fournir et le travail qu’il fallait faire pour arriver au championnat, indique Boucher en visioconférence. J’ai eu une opportunité, c’est vraiment ça qui s’est passé. »

Les Raptors figurent parmi les équipes les plus touchées par les blessures. Celles de Serge Ibaka, puis de Marc Gasol ont permis à Boucher d’être davantage sollicité. Il a d’ailleurs pu compter sur le soutien des deux vétérans. « Ils me disaient que ma chance était là et que je devais performer. Au moment voulu, j’ai eu beaucoup plus de facilité à réaliser mon rôle et à faire ce que je sais faire, comme bloquer des tirs ou prendre des rebonds. »

Au moment de la pause forcée, les Raptors pointaient au deuxième rang de l’Association de l’Est avec une fiche identique à celle de 2018-2019, soit 46 victoires et 18 défaites. Le parcours est remarquable si l’on considère que les Ontariens ont dû composer avec le départ de Kawhi Leonard, qui s’est joint aux Clippers de Los Angeles. Entre le 15 janvier et le 10 février, ils ont notamment remporté 15 matchs d’affilée. Il s’agit d’un record parmi toutes les équipes sportives canadiennes.

« Quand la séquence a commencé, on ne pensait même pas à ça. On y allait juste match par match. À 13 ou 14, c’est là qu’on s’est dit qu’on pouvait battre un record. On a eu du fun, c’était un bon moment, raconte Boucher. En même temps, on l’a aussi fait pour envoyer notre coach [Nick Nurse], mais aussi Pascal Siakam et Kyle Lowry, au match des étoiles. »

Boucher retrouvera les parquets à la fin du mois de juillet à Orlando. Les 22 équipes présentes disputeront huit matchs de saison régulière avant le début de séries. Selon Boucher, c’est celle qui s’adaptera le mieux au contexte particulier qui pourra faire le plus de bruit.

En coulisses, certains joueurs disent être réticents à se rendre en Floride où les équipes finalistes pourraient demeurer jusqu’au… 12 octobre. « Qui va pouvoir venir ? Est-ce que tu vas être tout seul ou est-ce que tu vas pouvoir voir de la famille ? Est-ce que tu seras capable de sortir de la bulle ou est-ce que tu vas rester enfermé dans ta chambre tout le long ? s’interroge le joueur de 6 pi 9 po. Ce sont les conversations qu’ont les leaders de l’Association des joueurs. »

Une crise passée à Toronto

Boucher n’est pas rentré à Montréal durant la pause. Montré du doigt pour avoir enfreint le confinement, au mois de mars, il a limité les sorties au strict minimum depuis. À l’instar de nombreuses organisations, les Raptors ont livré tout l’équipement nécessaire dès le début de la crise. Chez lui, il a donc pu faire de la musculation ou du vélo d’exercice sur son balcon. L’inactivité n’a pas été trop pesante.

« J’ai déjà une blessure ligamentaire et je sais ce que c’est de ne pas jouer pendant un an. Ça ne m’affecte pas autant qu’un autre joueur qui n’a jamais été blessé. Je sais ce que j’ai dû faire pour revenir à mon niveau. »

De Toronto, il a bien évidemment suivi les manifestations montréalaises contre le racisme. Le temps est venu de parler du problème et de ne plus le glisser sous le tapis, martèle-t-il.

« Le mouvement est mondial, maintenant. Tout le monde est affecté. Je viens de Montréal, je vois les choses qui arrivent et ce n’est pas nouveau pour moi. La réaction que j’ai eue, ce n’était pas : « Ah, je suis surpris. » Le monde doit savoir ce qui se passe. C’est un problème qu’on doit régler. »