Joueur de basketball professionnel depuis 2014, Robinson Opong Odoch est de passage à Québec, où il a grandi. Pour combien de temps ? Il ne le sait pas avec exactitude.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Plusieurs pistes s’offrent néanmoins au garde de 30 ans, qui a multiplié les destinations, parfois étonnantes, depuis un tournoi continental disputé en 2017 avec l’Ouganda, d’où il est originaire.

« Ce sera peut-être en France, en Espagne, en Argentine ou en Afrique. Au début de ma carrière, je n’avais pas ce genre d’opportunités. En ce moment, c’est bon de savoir que je vais éventuellement jouer quelque part. Ça enlève un petit stress, parce que ça a pris du temps avant que ma carrière décolle. »

Né à Nairobi, au Kenya, de parents fuyant la guerre civile ougandaise, Robinson Opong Odoch est arrivé à Québec à l’âge de 8 ans. L’ancien joueur des Dynamiques du cégep de Sainte-Foy a ensuite dû surmonter un début de carrière chaotique avant de multiplier les expériences en Afrique de l’Est, au Proche-Orient et en Europe dans les deux dernières années.

PHOTO FOURNIE PAR ROBINSON OPONG ODOCH

Robinson Opong Odoch (à droite) se décrit comme un joueur « agressif offensivement ».

Alors qu’il avait la possibilité de se faire opérer à une hanche avant le début de sa quatrième année à Rogers State, le joueur de Limoilou a choisi de repousser l’opération jusqu’à la conclusion de son parcours universitaire.

« J’ai été en convalescence durant toute ma première année professionnelle. Et dans ce milieu, si tu passes une année sans jouer, tout le monde a des doutes. La personne qui veut investir sur toi va se dire : “Tu étais bon à l’université, mais tu as été blessé et on ne peut pas prédire ton rendement.” Je n’avais rien à leur montrer. Ça a pris beaucoup de temps pour que je puisse le faire. »

Après un passage dans la Ligue nationale de basketball, à St. John’s, c’est justement en Ouganda qu’il a obtenu la chance qu’il attendait. C’était à l’automne 2017.

« Suite à des recherches avec mon frère, on a vu que c’est un pays où le basket grossissait d’année et année et que l’équipe s’améliorait. Elle commence à rivaliser contre les grosses équipes de l’Afrique de l’Est. J’ai contacté les responsables du programme, ils ont vu mon parcours universitaire et ils m’ont donné une chance. »

C’était très spécial de représenter mon pays, mais aussi d’y retourner et de revoir certains membres de ma famille. J’ai encore des oncles, des tantes et mes grands-parents. C’était très émouvant. C’était plus grand que le basket.

Robinson Opong Odoch

Son entrée en matière s’est faite dans le cadre de l’Afro Basket, un tournoi continental qui réunissait les 16 meilleurs pays. Malgré les trois défaites ougandaises, il a tiré son épingle du jeu en faisant partie du top 5 des marqueurs avec une moyenne de 15,3 points.

En l’espace de quelques matchs, il a donné un coup d’accélérateur à sa carrière. Il s’est fait un nom au sein du paysage sportif ougandais, et même au-delà. « Ça a vraiment débloqué à partir de ce tournoi. J’ai eu un contrat au Liban, qui a une très bonne ligue. Je n’y ai joué qu’un mois avant que le meilleur club de l’Ouganda ne me contacte. Les City Oilers [de Kampala] m’ont demandé de participer au championnat des clubs d’Afrique en décembre 2017. Je connaissais déjà plusieurs joueurs et dirigeants. »

L’équipe a fini au cinquième rang parmi les 12 équipes présentes. De nouveau, il a mené l’équipe dans la catégorie des points inscrits par match (16) et est parvenu à ouvrir de nouvelles portes. À commencer par celles de l’Espagne, qu’il qualifie de meilleur « pays en Europe pour le basket ».

« L’équipe d’Óbila voulait finir la saison en force pour peut-être faire les séries. Même si c’est la troisième division, c’est très respecté. Ça a commencé un peu dur parce qu’intégrer une équipe en fin de saison, ce n’est pas idéal. La chimie est déjà faite ; tu ne peux juste pas arriver, prendre la balle et marquer. Tu dois connaître le système. Il y a eu pas mal d’apprentissage, mais j’ai su m’adapter et aider l’équipe à se rendre jusqu’en demi-finale. »

La saison 2018-2019 a été un copier-coller avec un gros tournoi continental africain, cette fois disputé avec un club mozambicain (« Je ne m’attendais jamais à aller au Mozambique »), suivi d’un retour en Espagne, en deuxième division.

« Ne pas avoir de regrets »

Robinson Opong Odoch est donc chez lui en attendant de trouver la meilleure option. « Je m’entraîne et je reste prêt. Je peux partir n’importe quand : dans quatre jours, une semaine ou deux semaines. »

Retournera-t-il en Afrique ? Le basketball est en pleine effervescence, là-bas, à quelques mois de la première mouture de la Basketball Africa League (BAL) lancée conjointement par la NBA et la Fédération internationale (FIBA).

Après une saison de 30 matchs au total, 6 des 12 équipes participeront aux séries qui se concluront par un Final Four à Kigali, au Rwanda, à la fin du printemps.

« Les qualifications commencent en octobre. Tous les champions de chaque pays vont commencer à s’affronter jusqu’à ce que l’on connaisse les 12 pays qui vont participer à ce tournoi. Il y a un marché qui est en train d’exploser en Afrique. » 

Je n’étais pas au courant que le basket était aussi populaire en Afrique. En deux ans, j’ai vu plusieurs pays et j’ai été surpris de voir plusieurs ligues bien structurées et compétitives.

Robinson Opong Odoch

L’avenue pourrait être séduisante pour Robinson Opong Odoch, qui se décrit comme un joueur « agressif offensivement ». À 30 ans, et après plusieurs années de doutes, il attend la suite avec impatience.

« On essaie de garder le rêve encore en vie. Le rêve, c’est de continuer à faire ce que j’aime, de le faire le mieux que je peux et de ne pas avoir de regrets à la fin. »