Lorsqu'elle s'élance dans son couloir, la nageuse Victoria Poon est seule au monde. Pourtant, chaque coup de bras, chaque battement de jambe sont le fruit du travail d'une véritable armée de spécialistes. Plus que jamais, le sport individuel est devenu une affaire collective.

Simon Drouin LA PRESSE

Pendant près de 30 ans, Benoit Lebrun a exercé son métier d'entraîneur de natation de la même façon. Chronomètre au cou, il écrivait des séries sur un tableau, corrigeait la technique de ses nageurs dans l'eau et les encourageait au dépassement. Au meilleur de ses connaissances, il portait tous les chapeaux: entraîneur, préparateur physique, psychologue et pourquoi pas nutritionniste. Avec un succès certain, accompagnant huit nageurs jusqu'aux Jeux olympiques.

Depuis sa nomination comme entraîneur-chef au centre national de Montréal, en 2008, le rôle de Lebrun a considérablement changé. Il a conservé ses fonctions d'entraîneur en piscine, mais il a délégué toutes les autres responsabilités à des spécialistes qui forment, dans le jargon, un groupe de support intégré. Lebrun en est le chef d'orchestre. Sa baguette, c'est son ordinateur et sa boîte de courriels.

«Ce n'est plus juste maman, papa et le coach, résume Lebrun, 54 ans. Avant, je travaillais seul et je prenais toutes les décisions en fonction de ce que je connaissais. Tandis que là, je profite de l'expérience et des connaissances de tout un groupe. Les succès d'un nageur ne reposent plus sur les épaules d'un entraîneur.»

Deux fois par année, Lebrun réunit son groupe de support intégré. Ils ont pour nom Suzanne Leclerc (médecine sportive), Alain Delorme (préparation physique), Mathieu Charbonneau (biomécanique), Wayne Halliwell (préparation mentale), Perry Koziris (physiologie de l'exercice), Alexia de Macar (nutrition). Le cas de chacun des sept nageurs sous la gouverne de Lebrun est revu en long et en large. Le groupe est animé par une seule question: comment les faire nager plus vite?

«On sort du cadre du sport pour aller explorer», résume Lebrun.

Les plans individuels sont ensuite mis en application, avec des ajustements précis et ponctuels au fil des différentes phases d'entraînement. Les paramètres sanguins d'untel soulèvent une interrogation sur son état de santé? Dre Leclerc lève un drapeau rouge. Une autre doit reprendre de la masse musculaire? Le physiologiste Koziris fait ses analyses et recommandations et les soumet au coach et au préparateur Delorme.

«Ça fait longtemps que ça fonctionne comme ça en Europe, soulève Lebrun. Mon travail est plus précis. Après 30 ans dans le coaching, je peux maintenir dire que je suis équipé avec ce qui se fait de mieux.»

Bien sûr, un tel éventail de spécialistes coûte des sous. Lebrun et ses nageurs peuvent s'offrir ce soutien additionnel grâce à la contribution du programme À nous le podium et du Centre national multisport-Montréal. «Au début, on avait 20 000$ par année. On est maintenant rendus à 100 000$, souligne Lebrun. On obtient le financement en fonction des résultats.»

Parmi les nageurs ciblés, il y a Victoria Poon, 13e au 100 mètres, aux derniers Championnats du monde de Shanghai. La Montréalaise de 27 ans vise mieux aux prochains Jeux olympiques de Londres, ses deuxièmes et derniers. Selon Lebrun, Poon est l'une des athlètes qui a embrassé avec le plus d'enthousiasme la nouvelle façon de travailler au centre national. Elle a accepté qu'on la suive pendant quelques semaines pour pouvoir en témoigner.