Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence.

Publié le 23 janvier

Appel à tous

Et vous, de quelle décision d’un entraîneur n’êtes-vous jamais revenu ? Envoyez-nous vos suggestions.

Miguel Bujold

La décision des Seahawks de Seattle d’avoir tenté une passe plutôt qu’une course alors qu’ils étaient positionnés à la ligne d’une verge des Patriots de la Nouvelle-Angleterre lors du Super Bowl XLIX peut se défendre. C’était sur un deuxième essai alors qu’il ne restait que 20 secondes et que les Seahawks n’avaient plus qu’un seul temps d’arrêt en banque. Puisqu’ils perdaient 28-24, les Seahawks ne pouvaient se contenter d’un placement et il aurait été impossible pour eux de tenter trois jeux au sol puisqu’ils auraient vraisemblablement manqué de temps pour le faire. Autrement dit, ils devaient tenter une passe sur le deuxième ou le troisième essai. Question de ne pas être trop prévisibles, les Seahawks ont choisi de le faire à leur deuxième essai. Il reste que de remettre le ballon à Marshawn Lynch leur donnait les meilleures chances de l’emporter.

Au pire, Russell Wilson aurait dû lancer une passe alors qu’il était en mouvement, quitte à lancer le ballon dans les gradins si aucun de ses coéquipiers n’était parvenu à se libérer de sa couverture. Ils ont plutôt choisi de tenter une passe dangereuse dans le « trafic » à Ricardo Lockette, qui a terminé sa carrière avec 22 attrapés en 34 matchs de saison… Malcolm Butler a intercepté cette passe et les Patriots ont gagné le Super Bowl. Lynch aurait-il été capable d’aller chercher la verge manquante ? Si un porteur de ballon était capable de le faire à cette époque, c’était lui.

Mathias Brunet

Les Bruins de Boston sont enfin en voie d’éliminer le Canadien et de mettre fin à leur règne après leurs trois conquêtes consécutives de la Coupe Stanley, en ce 10 mai 1979 au Forum de Montréal. Boston mène par un but avec un peu plus de deux minutes à faire dans le septième match de cette série demi-finale, après avoir été éliminé par Montréal lors des deux printemps précédents, en 1977 et 1978. L’entraîneur des Bruins, Don Cherry, devenu par la suite un analyste controversé à la télé, a demandé à son as défensif Don Marcotte de ne jamais lâcher Guy Lafleur d’une semelle sur la glace, de le suivre jusqu’à la salle de bains s’il faut… Dès qu’il voit Lafleur bondir sur la patinoire, Marcotte a le mandat de quitter le banc des joueurs lui aussi. L’entraîneur du Canadien, Scotty Bowman, renvoie alors Lafleur sur la glace après une pause inhabituellement courte. Marcotte s’exécute à son tour.

Regardez la vidéo de la débâcle à six

Les Bruins joueront à six joueurs pendant presque 30 secondes, sous les hurlements de la foule, avant que finalement l’arbitre ne décerne une punition pour avoir eu trop d’hommes sur la glace. Cherry dormait-il au gaz derrière le banc ? Comment ignorer les cris de la foule ? Guy Lafleur a marqué le but égalisateur quelques instants plus tard en supériorité numérique, avant de voir Yvon Lambert marquer l’un des buts les plus importants, et spectaculaires, de l’histoire du Canadien en prolongation pour passer en finale, et éventuellement remporter une quatrième Coupe d’affilée contre les Rangers de New York. « C’est de ma faute, a admis Cherry après le match. Les joueurs ont dû croire qu’ils m’avaient entendu dire quelque chose. J’ai même dû retenir deux autres joueurs sinon nous aurions été six sur la glace. » Drôle d’explication. Cherry a été congédié deux semaines plus tard. Il a dirigé les pauvres Rockies du Colorado la saison suivante, remporté seulement 19 victoires, subi 48 revers, et on ne l’a plus jamais revu derrière un banc…

Guillaume Lefrançois

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Cristobal Huet

Ce n’est peut-être pas Grady Little qui laisse Pedro Martinez au monticule une manche de trop en 2003, mais ça m’a toujours chicoté. En avril 2007, le Canadien a besoin d’une victoire à son dernier match de la saison pour se qualifier pour les séries. Or, si l’équipe est toujours en vie, c’est notamment grâce à une recrue, un gardien sorti de nulle part du nom de Jaroslav Halak. Le Slovaque avait notamment connu une séquence de 7 victoires en 8 matchs, mais s’était fait sortir du 81e et avant-dernier match de la saison du CH après 2 périodes. Pour le remplacer : Cristobal Huet, gardien numéro 1 du Tricolore cette saison-là, mais qui n’avait pas joué depuis le 14 février. Huet avait été ordinaire en deuxième moitié de saison avant sa blessure, montrant une fiche de 4-9-0 et une moyenne de 3,51 à compter du 1er janvier. Et il n’avait joué, rappelons-le, que 20 minutes en près de 2 mois. Mais c’est lui, et non pas Halak, que l’entraîneur-chef Guy Carbonneau décide d’envoyer dans la mêlée le 7 avril à Toronto. Ça s’est fini au compte de 6-5 pour les Leafs. Les huit pénalités du Tricolore n’ont sans doute pas aidé ce soir-là, mais le partisan que j’étais à l’époque s’est toujours demandé, pour citer nos amis anglophones, « quoi si ».

Jean-François Téotonio

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le « Miracle on Ice », la victoire de l’équipe américaine contre la puissante équipe soviétique aux Jeux olympiques de 1980

N’eût été cette décision, il n’y a peut-être pas de « Miracle on Ice », ni de film mémorable avec Kurt Russell. L’un des moments sportifs et culturels les plus marquants de l’histoire des États-Unis n’aurait probablement jamais lieu. Parce que c’est tout cela que cette décision fatidique de l’entraîneur de l’équipe de hockey soviétique Viktor Tikhonov a engendré, aux Jeux olympiques de Lake Placid, en 1980. La marque était de 2-2 après la première période de ce premier match de la ronde des médailles entre les universitaires américains et les grands joueurs soviétiques. Tikhonov décide alors de remplacer son gardien partant Vladislav Tretiak par le substitut, Vladimir Myshkin, pour entamer la deuxième période. L’entraîneur soviétique qualifiera plus tard cette décision, qui a surpris les joueurs des deux côtés et changé le cours du match, comme « la pire de sa carrière ». Les Américains vont l’emporter 4-3 après une fin de match endiablée où les Soviétiques n’auront jamais retiré leur gardien en échange d’un sixième patineur. « Croyez-vous aux miracles ? Oui ! », s’est exclamé Al Michaels sur les ondes d’ABC. Les Américains, avec cinq points, ont remporté l’or en battant la Finlande lors du match suivant. Les Soviétiques ont obtenu l’argent avec quatre points.

Richard Labbé

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

L’entraîneur-chef du Canadien, Michel Therrien, portant un veston jaune lors d’un match des séries de 2002

Je ne suis jamais revenu de cette décision de Michel Therrien : sortir un veston jaune de sa garde-robe lors des séries de 2002. En 1987, sur le chaud plancher de l’Action disco club, c’eût été tout à fait approprié. Mais là, comme ça, en plein Centre Molson, et en plein match des séries contre les Hurricanes de la Caroline ? Non. Juste non. D’ailleurs, le Canadien menait la série avant cette affreuse décision, et ensuite, les Hurricanes ont remonté la pente pour finalement éliminer le CH en six matchs. Coïncidence ? Je ne pense pas.

Nicholas Richard

PHOTO ASHLEY LANDIS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Bill Belichick, entraîneur-chef des Patriots de la Nouvelle-Angleterre

Bill Belichick a fait très peu d’erreurs au cours de sa prodigieuse carrière. Sa plus importante aura toutefois été de ne pas faire jouer le demi de coin étoile Malcolm Butler lors du Super Bowl LII, en 2018. Butler était non seulement un joueur étoile à sa position et un élément important du succès des Patriots, mais il était aussi le héros du Super Bowl XLIX. C’est lui qui avait intercepté Russell Wilson à la porte des buts dans la dernière minute du match pour donner la victoire aux Pats contre les Seahawks. Un moment d’anthologie. Butler commandait un immense respect dans le vestiaire des Patriots. Il avait joué 97,8 % des jeux de son équipe au cours de la saison et il n’a été limité qu’à une présence, sur les unités spéciales, lors du match ultime contre les Eagles. Une décision impardonnable de Belichick, parce que c’est entre autres ce qui a empêché les Pats de remporter un deuxième titre de suite. C’est Eric Rowe qui a remplacé Butler et il n’a pas bien paru du tout, étant responsable de trois touchés des Eagles. Nick Foles a récolté 373 verges et a réussi 28 de ses 43 passes pour mener Philadelphie à un premier titre du Super Bowl, ce qui ne serait probablement pas arrivé si Butler avait été envoyé dans la mêlée.