Mère de trois enfants qui ont tous subi des commotions cérébrales, Nancy Florence Savard a tourné un documentaire sur ce phénomène chez les jeunes sportifs. En entrevue, elle souligne combien ces blessures non apparentes doivent être prises au sérieux.

Publié le 14 janvier
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Dans le milieu du cinéma, la productrice et réalisatrice Nancy Florence Savard est connue pour ses films familiaux d’animation, tel le récent Félix et le trésor de Morgäa. Son plus récent film, le documentaire Pour garder toute sa tête, s’inscrit cependant dans un créneau très différent : les commotions cérébrales chez les jeunes sportifs.

Cette mère de trois enfants, aujourd’hui de jeunes adultes, a une longue expérience personnelle dans le domaine, car chacun d’eux a subi au moins une commotion cérébrale. Deux ont pleinement récupéré, mais sa fille aînée Émilie-Rose en conserve des séquelles, huit ans plus tard.

Ces expériences de vie l’ont poussée à fouiller la question et à en discuter avec de nombreux spécialistes et jeunes athlètes ayant subi une ou plusieurs commotions cérébrales. De cette démarche résulte le film auquel ont participé Richard Lacombe (réalisation) et Katherine Dupont (scénarisation), et qui est présenté ces jours-ci sur les ondes de la Société Radio-Canada.

« L’idée du documentaire est de sensibiliser les jeunes, les parents, les coachs et les professeurs à faire attention », dit la productrice à la tête de la maison 10Ave de Québec. « Avec la commotion cérébrale, on a affaire à une blessure non apparente où souvent la personne concernée ne la diagnostique pas bien. Et si tu ne la soignes pas bien, il peut y avoir des conséquences permanentes. D’autant plus que le cerveau est alors encore en développement. »

Mme Savard a le sentiment que certains jeunes, habités par le désir ardent de continuer leur sport ou par crainte d’être ostracisés, essaient d’oublier leur état de santé, voire de nier ou de cacher que le coup reçu à la tête est grave.

« Certains vont dire : “Ah ! J’ai un petit peu mal à la tête, mais ça va bien.” Et ils vont rembarquer dans leur activité. Mais en faisant cela, ils risquent d’avoir un deuxième impact parce que le premier coup n’est pas complètement guéri. »

Mon objectif est de faire œuvre utile, de dire aux jeunes qui se croient invincibles que s’ils ne prennent pas le temps de s’arrêter, ils mettent leur cerveau en danger.

Nancy Florence Savard

La pression sociale émanant de l’entourage peut aussi être parfois forte pour qu’un jeune qui a reçu un coup continue, poursuit Mme Savard.

Il n’y a pas qu’au hockey que surviennent des commotions cérébrales. Dans le film, on présente de jeunes victimes qui faisaient du ski, du vélo, du cheerleading, même du surf ! Parfois, les symptômes ne se manifestent qu’après une période de 24 à 48 heures.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Nancy Florence Savard, productrice et réalisatrice

Les experts interviewés par la cinéaste emploient des mots qui donnent froid dans le dos pour expliquer la situation. On parle de « blessure neurologique du cerveau », de « tempête métabolique », d’« épidémie silencieuse ».

Comme dans toutes les autres pathologies, la recherche avance, mais, selon la cinéaste, à un rythme plus lent que pour bien d’autres maladies. « Elle est un peu moindre parce que ce n’est pas quelque chose dont on meurt », croit-elle.

Et parfois, la recherche ne semble pas mener dans la bonne direction, comme la cinéaste et sa famille l’ont vécu. Lorsque sa fille aînée a reçu un diagnostic de commotion cérébrale, on lui a conseillé de prendre des Tylenol toutes les quatre heures et de rester le plus longtemps dans le noir. Ça n’a pas bien marché.

Pour Émilie-Rose, cela a eu des effets extrêmement néfastes sur sa santé mentale. C’est là que nous avons découvert que, selon l’endroit où ton cerveau est frappé dans la boîte crânienne, les impacts et conséquences ne sont pas les mêmes chez le patient.

Nancy Florence Savard

Cela dit, la recherche avance et le documentaire présente ce qui se fait actuellement dans le domaine, au Québec. « Il faut savoir quelles peuvent être les conséquences des commotions cérébrales. Mais, on sait aussi que des solutions existent », affirme Mme Savard.

En diffusion le samedi 15 janvier à 22 h 30 dans la série Doc Humanité (ICI TÉLÉ) et dès maintenant sur Tou.tv.