« C’est assez intense, le sentiment de mission accomplie, mais ça ne dure pas longtemps. Et ce sentiment-là, il crée vraiment une dépendance. »

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Jeudi matin, Lysanne Richard a fait ce dont elle a l’habitude. Ce qu’elle a fait des centaines, voire des milliers de fois ces dernières années : plonger. De très haut.

Mais, depuis le début de la pandémie, chaque saut est unique pour elle. Hors des circuits compétitifs, la plongeuse s’est réinventée, d’une certaine façon.

Son dernier plongeon, elle l’a exécuté dans la rivière Richelieu… à partir d’une montgolfière. À 25 mètres d’altitude, l’équivalent de huit étages. Son projet le plus fou à ce jour, admet-elle. « Clairement. »

Depuis l’an dernier, elle a plongé à partir d’une falaise dans le fjord du Saguenay et dans le lac glacé d’une carrière de Thetford, à la surface duquel un trou avait été creusé. Et on en passe.

« Chaque défi est unique. Ce sont tous comme des bébés ! », lance la Saguenéenne, qui a célébré ses 40 ans il y a quelques semaines.

D’un projet à l’autre, c’est devenu une roue qui tourne. Au départ, elle ne prévoyait pas nécessairement qu’ils se déclineraient en plusieurs tomes. Mais ces défis la stimulent grandement. Dès qu’un défi est accompli, elle commence à réfléchir au suivant.

« En plus, chaque fois que je fais quelque chose d’un peu plus fou, je me prouve que c’est possible. Donc, j’adore être dans cette boucle-là, dit-elle. Mais honnêtement, celui-là va être difficile à topper. »

Elle s’apprête à avancer que les prochains sauts seront de moindre envergure… puis s’interrompt en rappelant son projet de plongeon d’un hélicoptère, qu’elle compte réaliser cet automne ou le printemps prochain.

« Je ne pensais pas qu’avoir un travail comme ça dans la vie, ça se pouvait. Et je suis en train de le créer. »

Une peur omniprésente

La répétition ne chasse pas pour autant le stress ou la peur, contre lesquels elle ne se dit absolument pas immunisée.

« Mais j’ai un sentiment d’attachement avec cette peur parce qu’elle fait vraiment partie de l’équation, explique Lysanne Richard, aussi conférencière. Tant au niveau de la sécurité – c’est pour ça que je me prépare bien – que de la satisfaction. »

Six dates potentielles avaient été prévues à la mi-août pour ce saut d’une montgolfière, mais jamais la météo n’avait collaboré. Il aura fallu attendre un mois de plus.

En l’occurrence, la peur du saut a donc été quelque peu effacée par celle de ne pas pouvoir mener le projet à terme. Mais pas entièrement, tout de même.

« J’ai fait de l’insomnie dans les jours précédents. La peur est toujours présente. Même à l’entraînement ou pour des choses moins complexes. Parce que le plongeon de haut vol, c’est toujours dangereux, mais là, ça l’était encore plus. »

Il ne s’écoule que trois secondes en chute libre. À 80 km/h au moment d’entrer dans l’eau, il n’y a pas de place pour l’erreur.

Pour l’occasion, Lysanne Richard a été aidée d’une quarantaine de personnes et de l’International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Et, comme c’est parfois le cas, elle a réalisé l’exploit en synchro avec son ami Yves Milord. Chacun plongeant de sa propre montgolfière, l’une attachée à l’autre.

À l’origine, ils pensaient sauter de la même nacelle. Mais ç’aurait été « hyper dangereux » pour le deuxième plongeur s’ils n’avaient pas poussé exactement en même temps.

Cette idée lui trottait dans la tête depuis 2017, alors qu’elle s’était liée d’amitié avec un membre de l’organisation du réputé festival johannais.

« Depuis que je suis passionnée de plongeon, quand je vois un lieu en hauteur, j’ai toujours le réflexe de me demander : “Hum, est-ce que je pourrais plonger de là ?” », relate Lysanne Richard, issue du monde du cirque.

Quatre ans plus tard, c’est fait. Et de cette hauteur, en duo, il s’agit d’une première mondiale.

La famille avant la compétition

Lysanne Richard ne voit pas le jour où elle cessera d’enchaîner ces projets. Il n’y a pas d’échéance arrêtée.

D’autant que le partage avec Yves Milord ajoute à l’intérêt, tout en lui démontrant qu’il est possible de continuer le plongeon de haut vol longtemps, si on fait bien les choses.

« Quand c’était plus concentré sur le circuit de compétitions et les entraînements, je commençais à me sentir vieille par rapport à la plupart des autres. J’avais le double de leur âge. Mais maintenant, j’ai les deux tiers de l’âge de mon principal coéquipier ! »

Autre avantage majeur : la pandémie et les projets qui en ont découlé lui auront permis de se rapprocher de sa famille, de ses enfants.

Jeudi, sa fille était sur le bateau et elle a pu lui faire un câlin en sortant de la rivière Richelieu, raconte-t-elle.

« J’arrive à être plus satisfaite dans toutes les sphères de ma vie en m’investissant dans ce genre de projets », confie la plongeuse, impliquée auprès d’une foule de causes.

À l’écouter, on a donc l’impression que les chances de la revoir sur le circuit de la FINA ou celui du Red Bull Cliff Diving – dont elle a pris les deuxième et troisième rangs du classement mondial en 2019 – sont minces. Mais elle ne l’exclut pas totalement.

« C’est moins stimulant de retourner travailler très fort pour répéter le même exploit que pour en faire un nouveau, indique-t-elle. Mais je ne suis pas capable de prendre la décision que j’arrête la compétition parce que je suis encore trop passionnée et que mes amis du circuit me manquent beaucoup. Donc, je pense que ce sera peut-être de temps en temps. »

Mais pas plus. Fini l’époque d’un engagement ferme pour une saison qui lui ferait manquer des évènements importants de la vie de ses enfants. La Saguenéenne est désormais aux commandes de sa vie et de son agenda, ce qui, à l’évidence, lui plaît beaucoup.

Il y a un championnat de la FINA à Abou Dhabi en décembre. Elle s’entraînera pour la compétition, mais décidera le moment venu si elle s’y inscrira.

Quoi qu’il en soit, Lysanne Richard a aussi « plusieurs autres plongeons à faire avant l’hiver ». Elle en dévoile un impliquant des pompiers, un saut à partir d’une échelle.

Un projet après l’autre, disions-nous.