Diane Roy, André Viger, Jacques Martin ont tous fait rayonner leur pays parmi l’élite internationale du para-athlétisme. Un facteur unit leur succès : le travail de Jean Laroche. Et dire qu’à ses débuts, l’entraîneur n’était aucunement intéressé à travailler avec des athlètes handicapés.

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« Quand j’étais au baccalauréat, il y avait un cours intitulé Éducation physique adaptée. Tout le monde le suivait sauf moi et un autre étudiant. Je disais que jamais je ne travaillerais avec des personnes handicapées de ma vie », explique-t-il.

La rencontre d’André Viger

Fraîchement diplômé au début des années 1980, Jean Laroche était le responsable de la salle de musculation à l’Université de Sherbrooke lorsque deux athlètes en fauteuil roulant se sont présentés à lui. Et l’un d’eux était sur le point de devenir un des meilleurs athlètes au monde en para-athlétisme : André Viger.

« Quand je l’ai rencontré, j’ai vu que je ne pouvais pas traiter ce gars-là comme une personne handicapée. C’était un athlète dans sa tête et dans sa motivation. J’ai immédiatement fait la transition (vers le para-athlétisme). Il était déjà bon. Je ne le connaissais pas vraiment, mais je connaissais son entraîneur de l’époque. Les deux croyaient que la musculation serait utile et c’est pour cette raison qu’André est venu. J’étais au bon endroit au bon moment », se souvient celui qui est officiellement devenu son entraîneur en 1987.

Jean Laroche était préparateur physique pour des athlètes d’une vingtaine de sports. Il a dû apprendre à démystifier les différentes disciplines du para-athlétisme.

« Comme n’importe quel athlète, avec ses forces et ses faiblesses, j’ai appris à comprendre la technique. »

Quelques années plus tard, le spécialiste des lancers Jacques Martin invite une jeune femme au groupe d’entraînement pour l’initier au sport. La recrue en question était Diane Roy, qui participera à six Jeux paralympiques.

Diane Roy, une recrue qui ira loin

« Jean m’a trouvé un fauteuil et j’ai embarqué là-dedans, se remémore-t-elle. Deux mois plus tard, je m’entraînais avec ceux qui se préparaient pour les Jeux de Barcelone et l’émission de télévision La vie en Estrie était venue faire un reportage. C’était France Beaudoin, qui commençait à faire de la télévision, qui menait les entrevues. »

À ce moment, Jean Laroche s’est retourné pour demander à la recrue où elle en était rendue dans sa séance d’entraînement.

« Je lui aurais répondu que j’écoutais ce qu’ils avaient à dire pour prendre de l’expérience parce que dans quatre ans, ce serait peut-être moi qui serait à leur place. »

Elle a tenu parole. Celle qui pourrait bien participer à ses septièmes Jeux à Tokyo a été six fois championne du monde et cinq fois médaillée paralympique en restant fidèle à son entraîneur.

« Nous nous entendons bien. Nous sommes comme un vieux couple et nous en avons eu des accrochages, mentionne l’athlète en riant. J’ai commencé avec lui et il était un entraîneur de niveau international, en plus d’avoir toujours été présent. Je n’aurais pas été capable de m’entraîner avec quelqu’un qui fait le suivi à distance. Il a même arrêté d’enseigner par moments pour voyager avec l’équipe nationale. Il avait confiance en ce qu’il faisait et dans ses athlètes. »

Celui qui est aujourd’hui retraité de l’institution universitaire sherbrookoise confirme les propos de son athlète. « J’en ai fait une priorité et j’étais toujours là. J’ai quitté ma permanence à l’Université de Sherbrooke pendant un moment pour devenir entraîneur à plein temps. C’est ça que je voulais faire. »

La relève se fait rare du côté des entraîneurs en para-athlétisme. Jean Laroche a ce message qu’il aurait pu livrer au jeune homme qu’il était, il y a 40 ans, alors qu’il ne voulait pas travailler avec les athlètes en fauteuil roulant.

« Il faut sortir de notre bulle et ne pas avoir peur d’essayer. Les choses évoluent et d’ailleurs, aux derniers Championnats du monde à Dubaï, la plupart des entraîneurs présents entraînaient aussi des athlètes non handicapés en athlétisme. Ça, c’est un changement. »