Le 1er septembre, j’écrivais que l’automne serait difficile pour le sport québécois. Surtout pour nos jeunes, qui risquent de voir leurs matchs annulés à tout moment.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Mea culpa. Je me suis trompé.

On n’a pas eu à attendre l’équinoxe.

C’est déjà le cas.

Car la Santé publique et le ministère de l’Éducation viennent de resserrer les règles. Désormais, si une seule personne dans une école est porteuse du virus, toutes les activités parascolaires en dehors des murs seront interdites. Notamment les rencontres sportives. Et ce, peu importe que la personne infectée soit un élève-athlète ou non.

Cette mesure touchera toutes les ligues de hockey scolaires et provinciales. Donc la centaine d’équipes du RSEQ. Les 128 de la LHPS. Les 83 de la LHIQ. Ainsi que tous les clubs civils liés à un programme sports-études. En gros : toutes les équipes AAA de la province, sauf celles de l’île de Montréal.

Au gouvernement, on me dit craindre que des élèves asymptomatiques transmettent le virus aux jeunes d’autres écoles. Une préoccupation légitime. D’où l’activation d’une bulle-école, lorsqu’il y aura un cas positif.

Ça s’ajoute à la bulle-classe. À la bulle-arts. À la bulle-sports. À la bulle-Génies-en-herbe. À la bulle-je-joue-à-Magic-à-côté-de-la-roche-sur-l’heure-du-dîner. C’est moi, ou il y a plus de bulles dans les écoles que dans un jéroboam de Moët & Chandon ?

Si je comprends bien, des élèves d’écoles différentes peuvent se fréquenter au parc. Au cinéma. Au restaurant. Au travail. Au centre commercial. À l’église. Au centre de paintball. Dans un dojo. Dans un gymnase. Dans un atelier de poterie. Ils peuvent même jouer au hockey dans une équipe civile avec des jeunes de 10 autres écoles – la norme à Montréal. Il y aurait 25 cas dans leur école, ils pourraient continuer de faire tout ça.

Mais s’il y a un cas dans leur établissement – même sans rapport avec leur équipe –, c’est fini, les matchs interécoles, pour 14 jours. Et le compteur repart à zéro après chaque nouveau diagnostic positif.

Deux Advil, s’il vous plaît.

Non. Quatre.

Je souligne qu’il y a des écoles plus grandes que des villages.

Au Collège Notre-Dame, à Montréal, il y a 1700 élèves.

Au Triolet, à Sherbrooke, 2000.

À De Mortagne, à Boucherville, 2400.

À la Cité-des-Jeunes, à Vaudreuil, 2600.

Plus les enseignants. Les surveillants. Les concierges. Les spécialistes. Les membres de la direction. Et conjoints, conjointes, enfants et parents de tous ces gens.

C’est irréaliste de penser que le virus s’arrêtera aux portes de ces écoles cet hiver. Dans la seule journée de vendredi, la Ligue de hockey midget AAA a dû reconfiner cinq équipes, après la découverte de cas au Séminaire Saint-François, au Collège Charles-LeMoyne, dans une école secondaire de Lévis et dans une école secondaire de Montréal. Un joueur des Élites de Jonquière a aussi reçu un diagnostic positif – une première dans la ligue depuis la reprise des activités, il y a sept semaines.

« Nos entraîneurs portent le masque. On est très sévères avec les protocoles. Mais là, pour un cas dans une école de 2000 élèves, on doit cesser les activités de plusieurs équipes. C’est frustrant », m’a confié le président de la Ligue midget AAA, Yanick Lévesque.

« Cela dit, on savait que ça pouvait arriver. Notre calendrier en tient compte. Je comprends que la Santé publique ne veuille pas prendre de risque. C’est une pandémie. La santé prime. Mais doit-on ratisser aussi large ? »

Très bonne question.

Cette nouvelle règle pénalise les jeunes athlètes plus sévèrement que les autres personnes dans la société. C’est incompréhensible. D’autant que le sport étudiant est un outil très puissant pour contrer le décrochage scolaire.

Par ailleurs, le sport n’a pas été un vecteur significatif de transmission du virus cet été. Selon mes sources à Québec, il n’y a eu qu’une seule éclosion majeure. À Mirabel. Dans un tournoi de hockey-balle… pour adultes.

Les sports intérieurs sont plus dangereux ?

La récente flambée des cas positifs vous inquiète ?

Le sport doit être reconfiné pour trois semaines ?

Si c’est le cas, dites-le. Expliquez-le. Clairement. Dissipez la confusion. Cessez d’inonder les écoles et les associations de nouvelles règles chaque semaine.

Parce que tout le monde est déjà à bout.

Et l’automne n’est même pas encore commencé.