Située en plein cœur du parc du Mont-Royal, entre le monument à Sir George-Étienne Cartier et l’antenne de Radio-Canada, la pente des « Éboulis » n’est pas celle qui se prête le plus à une balade sans efforts.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Elle est connue dans la communauté du trail parce qu’elle permet de faire des entraînements spécifiques. Les touristes ne connaissent pas trop parce que c’est un peu caché derrière les arbres et c’est dangereux. Quand tu arrives en bas de la pente, tu te dis : ‟Non, je n’ai pas envie de passer par là.” »

Ce n’est évidemment pas ce que s’est dit Mathieu Blanchard, coureur en sentier franco-québécois. Le vainqueur de plusieurs ultra-marathons et récent deuxième du Tarawera Ultra, une course de l’Ultra-Trail World Tour, l’a même gravi et descendu 100 fois le 1er juin. Cela lui a donné 10 000 mètres de dénivelé positif et 10 000 mètres de dénivelé négatif en l’espace de 15 heures et 45 minutes.

Son défi était baptisé « Du mont Royal au mont Blanc », en guise de clin d’œil aux courses de l’Ultra-Trail du mont Blanc (UTMB) qui ont été annulées le 20 mai. Il s’était d’ailleurs préparé un tableau dans lequel il pouvait suivre sa progression comme s’il était sur les pentes de l’UTMB. Après avoir accumulé 4600 m de dénivelé, il pouvait ainsi s’imaginer à Courmayeur, en Italie.

Mais avant toute chose, il s’est lancé ce défi un peu fou au moment où il aurait dû prendre le départ de la XTerra Tupuna Trail à Tahiti, annulée en raison de la pandémie.

PHOTO FOURNIE PAR GOPHRETTE POWER

Le tableau et les notes de Mathieu Blanchard

Peu après 4 h du matin, donc, et éclairé à la lampe frontale, l’athlète de 32 ans a effectué la première des 100 montées.

« Je trouvais que le chiffre était symbolique de monter 100 fois le mont Royal avec une pente où il y a exactement 100 mètres de dénivelé. C’est la pente la plus technique et la plus difficile de tout le mont Royal. Elle est très à pic, avec une moyenne de 20 %, et elle présente énormément d’obstacles avec des racines et des roches qui ne sont pas fixées », décrit-il.

C’est tellement raide que si je faisais une seule erreur en descente, c’était une blessure grave assurée et la fin du projet.

Mathieu Blanchard

Le stress s’était emparé de lui dans les jours qui ont précédé l’évènement, au point de l’empêcher de dormir. Au-delà de la peur de l’échec dans ce défi « qui n’était pas gagné d’avance », il trouvait que les entraînements avaient débouché sur des résultats mitigés.

Après 10 allers-retours, il sentait déjà un état de fatigue avancé. Le jour J, par contre, le déroulement de la journée s’est passé sans la moindre anicroche. Et s’il n’avait parlé du projet qu’à des proches, il a pu compter sur le soutien d’un petit groupe de personnes tout au long de la journée.

« En fin de journée, je commençais à avoir une déformation de la réalité, reconnaît-il. Je voyais les arbres bouger, j’ai vu un masque maori dans les lumières de l’antenne et même des dalmatiens alors qu’il s’agissait de gouttes d’eau sur des rochers.

« À la fin, j’ai vu un immense arc-en-ciel. Un ami m’a dit : ‟Non, ce n’est pas une hallucination." » Je trouvais symbolique de terminer sous un arc-en-ciel plutôt que sous l’habituelle arche. »

PHOTO FOURNIE PAR MATHIEU BLANCHARD

Mathieu Blanchard épuisé après plus de 15 heures d’efforts

En réussissant ce défi, l’ancien ingénieur, qui a quitté son travail en 2019 pour se concentrer sur la course, souhaitait montrer qu’il était possible de réaliser « avec créativité » des entraînements à fort dénivelé au Québec. Le Tour de l’île de Montréal (125 km) réalisé en avril et ses 100 montées sur le mont Royal s’inscrivent aussi dans un calendrier chamboulé par la COVID-19.

« La situation pandémique coupe notre vie normale. Mais on n’a aucun contrôle là-dessus et on peut trouver du positif en commençant à apprécier notre environnement proche, dit-il. Mes défis sont liés dans mon projet 2020, qui est confiné. »

« Le clou de la saison sera de courir le GR A1 [Sentier international des Appalaches – Québec], qui part de Matapédia jusqu’à la pointe du parc Forillon, en Gaspésie. En moyenne, les randonneurs le font en 40 jours et je prévois de le faire en maximum une semaine avec 100 km par jour. »

Le rendez-vous est pris pour le mois d’août.