Avec le retour du beau temps, l’amorce d’un déconfinement et la relance graduelle de l’économie, les amateurs de sports et de loisirs rêvent de reprendre leurs activités.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Les autorités n’ont pas encore donné leur accord, mais les responsables du golf et du tennis sont déjà prêts!

Golf : un mois déterminant

Réunis au sein de la Table de concertation de l’industrie du golf au Québec, tous les intervenants du secteur espéraient reprendre leurs activités dès la semaine prochaine. «Honnêtement, c’est une déception de ne pas avoir été mentionné lors du point de presse des autorités mercredi», a convenu François Roy, porte-parole du regroupement, en entrevue.

«Depuis plusieurs semaines, nous avons eu de bonnes discussions avec les représentants du gouvernement. Nous avons un bon dossier et les mesures que nous proposons respectent toutes les consignes de la direction de la santé publique. Malheureusement, il n’y a pas encore de date pour la réouverture des terrains et nous allons poursuivre les discussions avec le gouvernement afin que ce soit le plus tôt possible. Tout en étant bien conscient que le gouvernement doit y aller «à petits pas» afin de relancer l’économie et de ramener les 1,2 million de travailleurs qui sont à l’arrêt, le milieu du golf regrette qu’on ait laissé de côté le secteur du sport et du loisir, un secteur dont les gens ont pourtant aussi besoin présentement, ne serait-ce que pour se changer les idées.

«Et au-delà de l’envie de la population golfique d’aller sur les terrains pour rendre l’air et faire de l’exercice, il y a un enjeu économique qui va devenir de plus en plus important, a souligné François Roy. Le mois de mai est déterminant pour les revenus des clubs; pour plusieurs d’entre eux, ça peut être une question de survie.»

Un grand nombre de terrains sont déjà prêts à accueillir les golfeurs, particulièrement autour de Montréal, et les pertes de revenus sont déjà significatives. Et même quand les terrains seront accessibles, on sait déjà que ce sera impossible de compenser toutes les pertes en raison des restrictions, dans la restauration par exemple. Le confinement prolongé des personnes âgées pourrait aussi avoir un impact.

«C’est vrai qu’il y a un bassin important de personnes âgées parmi notre clientèle, mais il y a aussi une proportion très importante de joueurs de 18 à 49 ans, a rappelé François Roy. La question de l’âge des participants n’a d’ailleurs jamais été évoquée dans les discussions avec le gouvernement.

«Au-delà de l’âge, c’est plutôt important de souligner à quel point c’est facile d’assurer la distanciation sociale et le respect des consignes sur un terrain de golf. Avec environ 250 golfeurs quotidiennement, répartis toute la journée sur un espace de 50 à 100 âcres, il y a amplement de place. Nous avons déposé des documents très complets expliquant les règles d’opération que nous allons mettre en place et qui ne diffèrent pas beaucoup de celles qu’on applique dans tous les commerces, que ce soit pour la clientèle ou les employés.»

Pour ce qui est de la pratique du golf, les consignes seront relativement simples. «Ce sont des choses minimes qui vont changer, a expliqué Roy. Les gens ne pourront toucher au fanion ou aux râteaux dans les fosses de sable, ils pourront simplement replacer le sable avec leurs pieds. Les golfeurs sont très respectueux de l’éthique de leur sport et nous sommes convaincus qu’ils seront aussi très respectueux des consignes.»

Les intervenants regroupés au sein de la Table de concertation - (l’Association des clubs de golf du Québec, l’Association nationale des propriétaires de clubs de golf du Canada – section du Québec, l’Association des surintendants de golf du Québec, la PGA du Québec et la Fédération de golf du Québec) - sont évidemment sensibles à la gravité de la situation.

«C’est difficile dans plusieurs secteurs, nous en sommes bien conscients et nous respectons les décisions du gouvernement. La situation évolue de jour en jour et il y a toujours le risque d’un retour en arrière. «Nous pensons toutefois que nous avons un bon dossier et nous sommes prêts à accueillir les golfeurs en assurant la sécurité de tout le monde. Un club de golf, c’est un acteur important dans sa municipalité, un acteur qui crée de l’emploi – plus de 52 000 au Québec – et qui contribue à la vitalité d’une région. «Si nous ne pouvons reprendre nos activités très bientôt, c’est évident qu’il y a des clubs qui ne rouvriront jamais.»

Tennis : des consignes précises

C’est Tennis Québec qui gère la pratique de ce sport dans la province et les dirigeants de l’organisme sont convaincus que la pratique sportive aura un rôle important dans le processus de retour à une vie normale. On n’y est toutefois pas encore et tout le monde cherche la meilleure façon de reprendre les activités.

«J’ai l’impression que les autorités ne veulent pas donner l’impression de favoriser certains sports au détriment des autres, qu’ils vont plutôt y aller en fonction des groupes de participants, en privilégiant d’abord les sports individuels avant les sports collectifs», a expliqué Jean-François Manibal, directeur général de Tennis Québec, jeudi en entrevue. «Chose certaine, on croit être dans la première vague des sports qui pourront être pratiqués, avec les consignes très précises que nous avons émises pour la reprise des activités. Et notre mot d’ordre, c’est d’abord la prudence. Les gens ont très hâte de reprendre leurs activités sportives et, avec le début du déconfinement, plusieurs personnes vont se croire libres. Il faudra être vigilant.

«Au tennis, on peut être prêt rapidement, particulièrement sur les terrains en ciment qui demandent peu de préparation. Certaines municipalités ont déjà installé les filets sur leurs terrains, en préparation pour la réouverture, mais il faudra patienter encore un peu.» Comme au golf, le secteur du tennis a été très éprouvé par l’arrêt soudain des activités.

«L’industrie du tennis intérieur a été particulièrement touchée, a souligné Manibal, avec une fin de saison hivernale précipitée, mais aussi la crainte de perdre la possibilité d’organiser leurs camps d’été, une belle source de revenus pour les clubs. La plupart des 30 clubs intérieurs de la province ont mis à pied leur personnel temporairement, il y a aussi des clubs privés intérieurs, ça représente beaucoup de monde. «Contrairement à d’autres fédérations sportives, nous avons la chance à Tennis-Québec d’obtenir un soutien financier important dans notre association nationale (Tennis Canada) grâce à la Coupe Rogers. L’annulation de cette compétition cette année nous prive de 300 000 $ en partant et il faudra y ajouter des pertes de revenus considérables en raison de l’annulation de plusieurs de nos activités.»

Dans ce contexte, le retour des amateurs sur les courts est très attendu et on espère à Tennis Québec que ce sera le plus tôt possible. «On a montré au gouvernement qu’on peut gérer une relance rapide et sécuritaire, a rappelé Jean-François Manibal. On voudrait pouvoir dire aux gens de se tenir prêts pour la pratique libre du tennis, peut-être pas pour le début ou la mi-mai, mais au début de juin.

«On a des rencontres prévues avec tous nos clubs et avec les municipalités au cours des prochains jours. Le message est clair, on est prêt pour la relance, tout en restant prudent!»