Le sport, aussi compétitif soit-il, rassemble plus qu’il n’éloigne.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Le Canadien de Montréal n’a plus l’effet de grand-messe qu’il a déjà eu. De un, le club n’est plus ce qu’il a été, de deux, l’offre sportive à Montréal a fait un lent transfert vers d’autres équipes. Et c’est tant mieux.

Quoi qu’il en soit, le sport se regarde en groupe. Ou à tout le moins, se vit pleinement en groupe. Maintenant, sans sport à la télévision, le ciment de ces rencontres entre amis n’est plus. De toute façon, les autorités publiques interdisent les rassemblements, logiquement et pour le bien de tous. Écoutez-les, pour l’amour.

Ce qui nous amène à dimanche dernier. Une autre journée sans sport. Laquelle déjà ? On oublie. Dix ? Onze ? Cent quarante ? C’est flou. En fait, la fermeture de toutes les ligues sportives remonte à une dizaine de jours. On dirait des années. La ministre McCann n’a-t-elle pas laissé échapper il n’y a pas si longtemps le sympathique (et probablement involontaire) « à une autre époque, il y a deux ou trois jours » ?

L’heure du souper approche, les enfants jouent, les jouets s’accumulent. C’était déjà le chaos sympathique à l’époque pré-COVID-19 avec les enfants, ça l’est encore plus maintenant qu’ils font garderie et école à la maison. Pendant que papa et maman font travail à la maison. Un nouveau, et beau, casse-tête. Le virus aura eu de beau de resserrer les cellules familiales, d’imposer le lâcher-prise – un certain, en tout cas –, de changer la vision du travail et de la famille ou de leur complexe conciliation.

17 h 30, Fiston un vient me rejoindre. Il veut regarder du sport à la télé. Il n’est pas particulièrement assidu. Il préfère les Legos et les voitures. Mais au loin, il travaille à un dessin d’un « terrain de football ». C’est grosso modo une feuille peinturée verte. Fiston deux aussi arrive. Il fait toujours ce que Fiston un fait de toute façon. Il a développé une récente obsession pour son petit chandail du « ayayien », qu’il porte d’ailleurs.

On se colle les trois sur le divan. On évite les chips, trop proche du souper. OK, une ou deux. Ne le dites pas à maman. Rocky 3 joue à la télé. Ils sont un peu jeunes, ne comprennent pas que Thunderlips n’est pas vraiment méchant quand il martyrise Rocky.

On pitonne, terme « ancien » qu’on essaie de faire survivre aux nouvelles technologies. Un peu de golf en reprise. Fiston un aime le golf. Des jeux cocasses, des enfants perdent pied en embarquant sur la glace. L’hilarité. Il y a un vieux match de hockey. Le 4 : 3 ne les impressionne pas vraiment. Du tennis. Fiston un apprend ce qu’est un service, Fiston deux fixe la télé le pouce dans la bouche. Il fait souvent ça. Il crie une fois de temps en temps quand quelque chose l’impressionne. À cet âge-là, tout est impressionnant.

C’est là, sur le divan, avec les deux fistons, que ça me frappe. Et si le sport était un prétexte plus qu’une finalité ? Le résultat, pas si important peut-être ?

On veut un spectacle, surtout on veut le vivre ensemble. Bête sociale que nous sommes. Bête familiale plus que jamais en ce moment. Il n’y a pas de sport en tant que tel, mais ça ne nous empêche pas de vivre le sport, dans le cocon dans lequel on s’est recroquevillés pour les prochaines semaines.

De toute façon, le sport, c’est bien de le regarder, c’est encore mieux de le faire. Un peu de lutte sur un matelas sans drap. Les enfants adorent les souplesses arrière. On sort dehors, un peu de trottinette. On garde notre mètre de distance avec les autres enfants croisés au hasard. Fiston deux est devenu tellement bon tellement vite à la trottinette. Fiston un file comme le vent depuis longtemps. C’est l’heure du souper.

Il n’y a plus de sport à la télé. Et puis alors ?