RDS qui diffuse des matchs du Canadien d’une époque plus glorieuse, Mario Langlois à la barre d’une émission d’affaires publiques, un radio-roman au 91,9 : le monde des médias sportifs est en pleine adaptation dans la foulée de la pandémie de la COVID-19.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

À RDS, les plus expérimentés en ont vu d’autres. Charles Perreault, vice-président nouvelles et informations, se souvient notamment de la période trouble de 1994-1995, quand le baseball majeur ET la LNH étaient tous les deux en arrêt de travail simultanément.

« On essaie de continuer à faire notre travail, à divertir les gens, on plonge dans nos souvenirs, comme on l’avait fait en 1995, et pendant les lock-out de la LNH en 2005 et en 2012, soutient Perreault.

« L’inquiétude, tout le monde en a dans toutes les sphères, que ce soit en restauration ou dans un autre domaine. Je suis dans mon bureau au coin de René-Lévesque et Papineau, je regarde dehors et il n’y a personne dans la rue ! On est tous dans la même situation et on va s’en sortir ensemble. »

Des changements sont déjà perceptibles dans la grille-horaire. L’émission Le 5 à 7 dure deux heures tous les soirs, tandis que Hockey 360 a été suspendue. Cependant, les bulletins Sports 30 et L’antichambre se poursuivent comme à l’habitude. En soirée, on a commencé à plonger dans de vieux souvenirs. Ainsi, mardi, on a présenté le sixième match de la série Capitals-Canadien de 2010, mais avec des commentaires d’aujourd’hui de Pierre Houde et de ses collaborateurs. Les interventions de Maxim Lapierre et Éric Bélanger, qui avaient participé à ce match, étaient particulièrement intéressantes.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Mario Langlois, qui était à la barre des Amateurs de sports, anime une émission d’affaires publiques en début de soirée, ce qui était d’ailleurs son rôle avant de tremper dans le monde du sport.

Au 98,5, la suspension des matchs du Canadien cause évidemment un trou dans la programmation, et l’émission Les amateurs de sports a été retirée des ondes. Cependant, la vocation première de la station est de couvrir l’actualité. Ainsi, Mario Langlois, qui était à la barre des Amateurs de sports, anime une émission d’affaires publiques en début de soirée, ce qui était d’ailleurs son rôle avant de tremper dans le monde du sport.

Je suis content d’être utile, d’être au service de la population. C’est ça, notre métier ! On s’est toujours dit que le sport est là pour permettre aux gens de se divertir, de se changer les idées. Mais là, le sport est en pause totale, donc ça exige un ajustement.

Mario Langlois

En fin de soirée, Bonsoir les sportifs demeure toutefois à l’antenne, avec Jérémie Rainville.

Au 91,9, la suspension des matchs du Rocket de Laval a créé un vide certains soirs, évidemment. Mais là aussi, l’heure est à l’adaptation. Anthony Marcotte, la voix du Rocket, est donc appelé à collaborer aux émissions sur différents sports.

« Notre mission ne change pas : informer et divertir notre auditoire, a rappelé Stephan René, directeur général de la station. Dans le contexte du sport en arrêt total, ça ajoute un degré de difficulté. Mais on a été créatifs. On y va dans la grande entrevue, l’anecdote, les histoires de sport. On a commencé notre radio-roman, District 91, ce matin. Olivier Brett va faire des chroniques de coaching. On a travaillé à bonifier le produit, mais évidemment, on parle moins de hockey pur. »

À TVA Sports, seule l’émission Les partants, coanimée par Jean-Philippe Bertrand et Charles-Antoine Sinotte, a été suspendue pour une durée indéterminée. Bertrand a été muté à LCN, tandis que Sinotte est plus visible ces derniers jours au sein des différentes émissions.

Rappelons cependant que TVA Sports, à titre de diffuseur officiel en français de la LNH, est détentrice des droits de diffusion des séries de la Coupe Stanley, dont la tenue est plus incertaine que jamais.

À l’écrit, le site de nouvelles sportives The Athletic continue à fournir du contenu à ses abonnés. Le chef de contenu du média, Paul Fichtenbaum, a envoyé une lettre aux abonnés promettant une couverture complète de la crise, de même que de nouveaux angles créatifs.

Annonceurs et emplois

Pour l’heure, le message répété partout en est donc un de « business as usual ». Mais dans les salles de nouvelles, l’inquiétude est palpable.

À la base des inquiétudes : la chute des revenus qui pourrait résulter d’une contraction de l’économie. Il est encore trop tôt pour en connaître l’ampleur, mais c’est essentiellement ce qui en inquiète plusieurs. Aucun média, incluant La Presse, n’échappe à cette réalité.

Les conséquences au Québec sont plutôt limitées jusqu’ici. À RDS, une réduction des heures a fait en sorte que sept employés ont appris cette semaine qu’ils n’avaient plus de quarts de travail. Ils n’ont toutefois pas été remerciés et demeurent à l’emploi de la station malgré tout. Partout, différentes mutations sont aussi à prévoir dans les tâches. Tel que mentionné plus haut, ces mutations sont aussi le lot des départements de sports faisant partie de réseaux généralistes, comme 98,5, Radio-Canada Sports et TVA Sports.

Ailleurs, ce sont surtout les collaborations ponctuelles de pigistes qui ont été touchées. « Chez nous, les seules personnes pour qui il y a du changement, ce sont les collaborateurs qui facturent à la pièce », confirme Michel Tremblay, directeur des sports au 98,5.

Les mauvaises nouvelles commencent toutefois à atteindre Toronto. The Hockey News a effectué des mises à pied, confirmées sur Twitter par le grand patron du magazine, Graeme  Roustan, sans en préciser le nombre. Et le bruit courait mardi que TSN avait effectué 48 mises à pied à Toronto. Selon le journaliste Kevin McGran, ces décisions sont toutefois temporaires, en attendant la reprise des activités.

Et à La Presse ?

Comme vous pouvez le constater ces derniers jours, le rythme de publication n’a pas ralenti dans la section des sports de La Presse, malgré l’arrêt quasi complet du monde du sport. Deux nouvelles rubriques sont lancées cette semaine. D’abord, « 15 minutes au téléphone avec… » est une façon de prendre des nouvelles d’un intervenant du monde du sport, de ce qu’il fait en cette période de distanciation sociale. Richard Labbé a lancé le bal avec l’entraîneur-adjoint du Rocket Daniel Jacob. 

Ensuite, « La vie sans sport », à partir d’aujourd’hui, prendra la forme de suggestions d’activités, de livres ou de films afin que l’amateur de sport puisse se divertir. Comme c’est le cas dans les médias cités dans cet article, des mutations auront aussi lieu entre les différentes sections. Enfin, la balado Sortie de zone, en collaboration avec le 98,5, est suspendue jusqu’à nouvel ordre.