On peut vaincre la déprime sportive de bien des façons, vous savez. On peut, par exemple, regarder de vieux matchs dont on connaît déjà le résultat, mais c’est un peu le problème avec les vieux matchs : on sait à l’avance comment ça va se terminer, et puis, pour être honnête, on peut bien revoir le but d’Alain Côté 150 fois, ça va toujours finir qu’il ne sera pas bon.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Une autre option, alors : allez au-delà des scores et des résultats pour plonger dans le plus profond, dans le plus creux, et voir un peu ce qui s’y cache. Ça tombe bien, parce que c’est en plein ce que l’excellente série 30 for 30 du réseau ESPN nous propose depuis plusieurs années déjà.

Avertissement : par chez nous, il n’est pas si facile d’attraper ces documentaires à la télé, qui se déclinent souvent en épisodes d’environ 60 minutes chacun. On peut les obtenir par coffrets DVD (il est possible de commander tout ça en ligne, ce qui est idéal quand il faut éviter le reste de la civilisation) ou parfois à l’unité sur les ondes de la chaîne ESPN Classic. C’est aussi offert sur le web et sur le site d’ESPN.

En tout, il y a trois séries de 30 for 30, à coups de plus ou moins 30 documentaires différents pour chaque volume. Le premier d’entre tous, King’s Ransom, déjà paru en 2009, retrace en détails tout ce qui a mené à la célèbre transaction de Wayne Gretzky entre les Oilers d’Edmonton et les Kings de Los Angeles à l’été 1988. Le ton est donné et on ne s’ennuie pas.

On ne s’ennuie pas non plus avec la suite, et au fil des semaines et des années, les 30 for 30 nous permettent d’en découvrir toujours un peu plus sur les phénomènes qui ont marqué l’histoire du sport au cours des différentes saisons : le déménagement controversé des Colts de Baltimore en direction d’Indianapolis dans les années 80, la naissance puis la mort subite de l’USFL au milieu des années 80 (avec, à la clé, un Donald Trump aussi imprévisible alors que maintenant), la course magique de Terry Fox, le « Fab Five » de l’Université du Michigan au basketball en 1991, le 9,79 s du sprinter Ben Johnson aux Jeux de Séoul de 1988, ou encore la folie Bo Jackson à la fin des années 80.

Il faut croire que ce genre de regard autrement plus sérieux et recherché sur le sport a fini par faire des petits au fil du temps, car le style 30 for 30 a depuis fait époque, et il s’agit d’un style qui est souvent repris par différents réseaux.

En 2016, ESPN poussait le concept encore plus loin avec l’audacieux O.J. : Made in America, un documentaire en cinq parties sur le récit troublant de l’ex-demi offensif O.J. Simpson, accusé du meurtre de sa femme en 1994. Cette série fut si réussie qu’une sélection aux Oscars allait suivre dans la catégorie du meilleur documentaire… avec une victoire en plus.

Ça nous fait bien des affaires à nous mettre sous la dent (et sous les yeux) pour les prochaines semaines. Et puis aussi, on va se le dire, ça va nous changer de parler du plan de Marc Bergevin, dont on ignore encore les détails, par ailleurs.