Des «touristes médicaux» britanniques sont rentrés de voyage avec dans leurs bagages un tout nouveau gène qui peut permettre à n'importe quelle bactérie de se transformer en «superbactérie».

Mis à jour le 11 août 2010
ASSOCIATED PRESS

Dans un article publié en ligne mercredi dans le journal médical Lancet Infectious Disease, des médecins affirment avoir découvert un gène appelé le NDM-1. Notamment présent dans la bactérie E. coli, principale cause des infections urinaires, il altère les bactéries et les rend résistantes à pratiquement tous les antibiotiques connus.

Pour l'heure, ils sont 37 à avoir été identifiés en Grande-Bretagne. Tous rentraient d'Inde ou du Pakistan, où ils ont eu recours à des interventions médicales. Mais le gène NDM-1 a également été détecté dans d'autres pays, dont le Canada.

Un responsable de l'Agence de la santé publique du Canada a révélé qu'un cas avait été signalé au pays en février. Il s'agit d'une femme qui a contracté le gène de la superbactérie en Inde et qui a été traitée sur place sans succès, avant d'être transférée dans un hôpital de Vancouver.

Selon le Dr Howard Njoo, le gène n'a contaminé personne d'autre dans l'hôpital et les médecins ont réussi à trouver une combinaison d'antibiotiques efficace contre la superbactérie.

Les chercheurs affirment que le gène est très présent en Inde et au Pakistan, dont les systèmes de santé sont peu aptes à déceler sa présence et qui possèdent peu d'antibiotiques pour traiter les patients. Les chercheurs avertissent qu'une propagation mondiale n'est pas à exclure.

Car depuis quelques années, l'industrie du tourisme médical est en plein essor. De plus en plus d'Américains et d'Européens se rendent en Inde et au Pakistan afin d'avoir recours à des chirurgies -surtout de nature esthétique.

«Le gène NDM-1 a le potentiel de devenir un problème de santé mondial, écrivent les auteurs de l'article. Une surveillance internationale bien coordonnée est requise.»

Cependant, l'heure n'est pas à la catastrophe, le nombre de cas identifiés demeurant relativement peu élevé.

«Nous sommes peut-être à l'aube d'une nouvelle vague de résistance aux antibiotiques, mais nous avons le pouvoir de la stopper», croit le professeur de génétique moléculaire Christopher Thomas, qui enseigne à l'Université de Birmingham.

D'après M. Thomas, qui n'a pas participé à l'étude, une meilleure surveillance et de bonnes procédures de contrôle des infections pourraient freiner la propagation du gène.