Un hôpital de Barcelone a dit vendredi avoir réalisé la première greffe complète du visage, une intervention inédite dans le monde.

Daniel Woolls ASSOCIATED PRESS

Certains spécialistes préféraient toutefois parler d'une greffe quasi-totale.

L'hôpital Vall d'Hebron a précisé que le patient, un homme jeune, avait reçu un nouveau visage, avec la peau, les mâchoires, le menton, le nez, les joues, les dents et les muscles. L'opération s'est déroulée pendant 24 heures fin mars, avec une équipe de 30 personnes.

En Grande-Bretagne, l'équipe de recherche de greffe faciale du Royal Free Hospital de Londres a qualifié l'intervention espagnole «d'opération de greffe du visage la plus complexe jamais réalisée au monde à ce jour». Toutefois, l'équipe s'est refusée à parler de première greffe intégrale du visage au monde.

D'après l'hôpital espagnol, le patient avait perdu son visage dans un accident il y a cinq ans. Depuis, il ne pouvait respirer et manger qu'avec des sondes et avait des difficultés pour s'exprimer. Avant la greffe, le jeune homme avait déjà subi neuf interventions chirurgicales.

Le patient dispose désormais d'un nouveau visage de la naissance des cheveux à la base du cou, avec une seule cicatrice visible sur le cou ressemblant à une ride, a expliqué le Dr. Joan Pere Barret, le chirurgien dirigeant l'équipe médicale.

«Si vous regardez son visage, vous voyez une personne normale, comme n'importe quel autre patient qui se trouve à l'hôpital», a-t-il déclaré à l'Associated Press.

L'opération a consisté à retirer ce qui restait du visage originel du jeune homme, pour y substituer un visage de remplacement «en une pièce». «C'est un peu comme dans le film avec John Travolta et Nicolas Cage», a commenté le Dr. Barret, faisant référence à «Volte-face» de John Woo en 1997 dans lequel John Travolta subissait une intervention médicale hi-tech afin d'acquérir les traits de Nicolas Cage et d'infiltrer son gang terroriste.

L'équipe du Dr. Barret a utilisé les mêmes techniques de chirurgie plastique et de microchirurgie que pour les opérations de greffe partielle du visage, mais a préféré tenter une greffe complète du visage au vu de la sévérité des lésions dont souffrait le patient, a-t-il expliqué.

Le chirurgien s'est refusé à décliner le nom du patient ou à donner de plus amples informations sur les circonstances de l'accident, mais il a toutefois précisé que son âge se situait entre 20 et 40 ans et qu'il se remettait bien de l'intervention. Il ne peut pas encore parler, manger ou sourire, mais il peut désormais voir et avaler sa salive. «Il se remet bien. Il s'assoie, marche dans sa chambre d'hôpital et regarde la télévision», a-t-il ajouté.

Une semaine après l'opération, le patient a demandé à se voir dans un miroir et s'est dit satisfait de ce qu'il voyait, a ajouté le Dr. Barret. Le jeune homme avait passé, avant l'intervention, des examens psychiatriques destinés à s'assurer qu'il serait capable de s'accepter avec un visage totalement nouveau, a déclaré l'hôpital. Il devrait rester hospitalisé pendant deux mois.

L'intervention espagnole est similaire à une greffe quasi-totale du visage réalisée en 2008 à Cleveland, dans l'Etat américain de l'Ohio, sur une femme qui avait reçu une balle en plein visage.

Le cas espagnol «nous semble toutefois plus complexe», a estimé Neil Huband, un porte-parole de l'équipe britannique. D'après lui, le patient opéré en Espagne avait lui aussi reçu une balle en plein visage.

Le Dr. Maria Siemionov, qui a effectué la greffe en Ohio, a estimé que l'équipe espagnole avait fait du bon travail. Elle a toutefois confié à l'AP avoir vu un diagramme de l'opération qui laisse subsister des doutes quant à l'intégralité de la greffe, notamment en ce qui concerne les paupières et les mâchoires. «Il serait probablement plus prudent pour l'équipe de Barcelone de parler de (greffe) quasi-totale», a-t-elle estimé.

Dans son communiqué, le Dr Barret rappelle que dix greffes partielles du visage ont été menées dans le monde et que cette opération constitue la première greffe complète du visage. La première opération de transplantation faciale partielle avait été réalisée sur une femme en France en 2005.

Défigurée par une morsure de chien, Isabelle Dinoire, âgée de 38 ans, avait été opérée le 27 novembre 2005 au CHU d'Amiens (nord de la France) par l'équipe du Pr Bernard Devauchelle, spécialiste de chirurgie maxillo-faciale, en coopération avec celle du Pr Jean-Michel Dubernard, chef de service du chirurgie à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon. La patiente avait reçu les lèvres, le nez et le menton d'une femme en état de mort cérébrale.

D'autres greffes avaient ensuite été réalisées aux Etats-Unis, en Chine, ainsi qu'en Espagne, dans les hôpitaux de Valence et Séville.