Les dernières avancées de la biotechnologie, qui ont rendu possible la conception et l'assemblage de chromosomes, de gènes, et même de génomes complets, étaient jusqu'ici sous-exploitées mais les experts lui prédisent un avenir prometteur.

Mis à jour le 16 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Depuis la naissance de la biotechnologie il y a un peu plus de 35 ans, nous avons vu des applications extraordinaires et immédiates, à commencer par des anti-corps obtenus en modifiant des gènes, mais en pratique, ce champ d'activités est encore étonnamment immature», a expliqué vendredi Drew Endy, professeur de bio-ingénierie à l'Université de Stanford (Californie).

«Nous en avons à peine effleuré la surface», a-t-il ajouté devant la presse, après un symposium sur ce sujet à la conférence annuelle de l'American Association for the Advancement of Science (AAAS) réunie depuis jeudi à Chicago (Illinois).

La biotechnologie a connu ces dernières années d'importantes avancées qui ont permis la synthèse chimique de l'ADN avec des techniques informatiques. Les bio-ingénieurs peuvent désormais fabriquer des matériaux génétiques qui étaient très difficiles, voire impossibles, à créer auparavant.

«Aujourd'hui, nous avons bien amélioré certains outils comme la création d'ADN à partir de matériaux génétiques en vrac», selon Drew Endy.

Si on regarde le projet de séquençage, on est passé du décodage du génome d'une bactérie à celui du génome humain en seulement six ans, a-t-il observé.

En 2008, des chercheurs du Venter institute ont créé le génome d'une bactérie à partir d'éléments génétiques bruts, ouvrant la voie au premier organisme vivant synthétique, a aussi relevé M. Endy.

«Il est difficile d'imaginer ce que sera le monde (de la biotechnologie) dans six ans», juge-t-il tout en pariant sur le fait que chercheurs et bio-ingénieurs «seront probablement d'ici-là en mesure de fabriquer un chromosome humain et le génome d'une moisissure».

«Nous défendons actuellement une initiative nationale en faveur de la biologie synthétique avec une feuille de route prévoyant une amélioration de la fabrication des matériaux génétiques et de la construction de l'ADN à partir d'éléments bruts pour obtenir des gènes et génomes», a expliqué Drew Endy.

Jay Keasling, professeur d'ingéniérie biochimique à l'Université de Berkeley, mène un projet permettant par la biologie synthétique d'utiliser un microbe reprogrammé génétiquement pour produire à plus grande échelle et à moindre coût un traitement très prometteur contre le paludisme en Afrique.

Aujourd'hui ce traitement, appelé Artemisinin, est obtenu à partir d'une plante utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise.

«Nous prévoyons que dans un an ou deux (...), nous pourrons commencer à produire cet anti-paludisme et à le distribuer peu après en Afrique», a-t-il précisé durant la même conférence de presse.

Enthousiaste, Christina Smolke, professeure de bio-ingénierie à Stanford, a expliqué que les traitements anti-cancéreux basés sur la biologie synthétique sont plus efficaces avec moins d'effets secondaires.

«Nous concevons littéralement des molécules qui vont à l'intérieur de la cellule, procèdent à une analyse de son état avant de livrer sa charge thérapeutique», a-t-elle expliqué.

Cette professeure espère, dans les cinq ans, appliquer ces technologies à la fabrication de bombes cellulaires intelligentes efficaces contre des gliomes, tumeurs de l'encéphale.