(Naqoura, Liban) Le Liban et Israël, deux voisins toujours officiellement en guerre, ont tenu mercredi un deuxième round de discussions, par l’intermédiaire d’un médiateur américain, pour délimiter leur frontière maritime et lever les obstacles à la prospection d’hydrocarbures.

Mahmoud ZAYYAT avec Tony GAMAL-GABRIEL à Beyrouth
Agence France-Presse

Après plusieurs années d’efforts américains en coulisse, les deux pays ont annoncé le 1er octobre le coup d’envoi de ces pourparlers qualifiés « d »’historiques « par Washington.

Le contentieux maritime entre les deux voisins concerne une zone de 860 km². Le dossier des hydrocarbures est particulièrement stratégique pour le Liban en faillite, qui mise sur la prospection pour enrayer un effondrement économique total.

Le Liban insiste sur le caractère » technique « et non politique des discussions, martelant qu’il s’agit de négociations » indirectes «, c’est-à-dire que les deux délégations communiquent seulement par l’entremise du médiateur même si elles se trouvent dans la même pièce.

Poids lourd de la politique libanaise et ennemi juré d’Israël, le mouvement pro-iranien Hezbollah avait souligné que le » cadre des négociations « concernait » exclusivement « la frontière maritime et la récupération de territoires disputés avec Israël, excluant toute » réconciliation « avec l’État Hébreu.

Mercredi, les discussions dans des locaux de l’ONU à Naqoura, localité du sud du Liban frontalière d’Israël, ont duré quatre heures, selon l’agence nationale d’information (ANI). Elles doivent reprendre jeudi dans cette base de la Finul, force de l’ONU déployée pour surveiller la frontière entre les deux pays.

Une source libanaise proche des discussions a fait état d’ « une atmosphère positive », précisant que « chaque délégation a présenté ses revendications ».

 « Le maximum » 

Beyrouth compte « réclamer le maximum qu’il puisse obtenir », et prévoit même d’aller « au-delà des 860 km » carrés dont il est question, estime Laury Haytayan, experte sur la bonne gouvernance des ressources en hydrocarbures au Moyen-Orient.

Cela engloberait des parties du gisement israélien de gaz naturel Karish. « Il faut attendre la réaction des Israéliens », dit-elle.

Les négociations interviennent dans un contexte de fortes tensions en Méditerranée orientale autour des hydrocarbures et de la délimitation des frontières maritimes, impliquant aussi entre autres la Turquie, la Grèce et Chypre.

Depuis un an, le Liban connaît une récession économique accompagnée par une dépréciation de la monnaie nationale et un accroissement de la pauvreté. La communauté internationale refuse de débloquer toute aide financière sans l’adoption de réformes dans un pays où la classe politique est accusée de corruption et d’incompétence.

Pour Israël, l’objectif est d’examiner la possibilité d’un accord qui permettrait le développement des ressources naturelles.

Le premier round des discussions a été lancé le 14 octobre et selon des estimations israéliennes optimistes les pourparlers pourraient durer « quelques mois ».

Mais ces discussions ont suscité des remous au Liban. Grand décideur au Liban, le Hezbollah et son allié, le parti chiite Amal, ont critiqué la présence de civils dans la délégation libanaise, réclamant une équipe composée uniquement de militaires.

 « L’ennemi israélien » 

Après la guerre entre le Hezbollah, puissant mouvement armé, et Israël en 2006 (plus de 1200 morts au Liban et 160 côté israélien), des réunions tripartites routinières sont organisées par la Finul entre responsables militaires des deux voisins.

Signe ds tensions, une équipe de Télé-Liban a été prise à partie par trois hommes qui ont brisé leur matériel à Naqoura, a indiqué une journaliste de la chaîne publique sur son compte Twitter.

Les trois hommes se sont dits affiliés au Hezbollah et ont contraint tous les journalistes présents pour couvrir les négociations à quitter le secteur, a affirmé l’un des reporters.

Les responsables libanais martèlent que démarcation des frontières ne signifie pas processus de paix.  Le chef du Parlement Nabih Berri a réitéré qu’il était « hors de question d’accepter que les négociations conduisent à une normalisation avec l’ennemi israélien », selon l’agence ANI.

La veille, le ministre israélien de la Défense Benny Gantz a toutefois salué des » voix positives « évoquant au Liban la « paix avec Israël ».

Car la fille du président libanais Michel Aoun, Claudine Aoun, a affirmé qu’une paix pouvait être envisagée « mais que tous les problèmes devaient d’abord être réglés ».