(Washington) Les États-Unis ont annoncé mercredi la fin des dérogations qui autorisaient jusqu’ici des projets liés au programme nucléaire civil iranien malgré les sanctions de Washington, ultime vestige, côté américain, de l’accord international de 2015 dont Donald Trump a claqué la porte.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

« Aujourd’hui, j’annonce la fin des exemptions aux sanctions pour tous les projets nucléaires en Iran », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un communiqué.

Concrètement, les pays encore attachés à l’accord sur le nucléaire iranien et impliqués dans ces projets qui n’ont pas vocation militaire risquent d’être sanctionnés par les États-Unis s’ils ne se désengagent pas. Cela concerne avant tout la Russie.

Malgré sa « campagne de pression maximale » contre Téhéran depuis qu’elle a claqué la porte en 2018 de l’accord nucléaire signé à Vienne, l’administration Trump avait jusqu’ici régulièrement prolongé ces dérogations, sans leur donner de grande publicité.

Elles concernaient notamment le réacteur de Téhéran destiné à la recherche, ainsi que le réacteur à eau lourde d’Arak, modifié sous le contrôle de la communauté internationale de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire.

Mike Pompeo a octroyé une dernière période de 60 jours « permettant aux sociétés et entités impliquées dans ces activités de mettre fin à leurs opérations ».

En revanche, le secrétaire d’État américain a renouvelé pour 90 jours la dérogation dont bénéficie le programme de soutien international à la centrale de Bouchehr, « pour assurer la sécurité des opérations ».

Celle pour l’usine nucléaire de Fordo avait déjà été annulée en novembre.

« Escalade inacceptable »

« Politiquement, ces dérogations n’étaient pas cohérentes avec la stratégie de pression maximale », estime Behnam Ben Taleblu, du cercle de réflexion Foundation for Defense of Democraties, qui défend la tolérance zéro à l’égard de Téhéran.

« Les violations par l’Iran ne font qu’augmenter, avec ou sans dérogations », a-t-il assuré.  

Le débat était vif au sein du gouvernement américain depuis plusieurs mois sur la nécessité de soumettre aussi ces programmes, comme quasiment tout le reste de l’économie iranienne, aux sanctions de Washington, et empêcher ainsi les sociétés russes, chinoises et européennes impliquées de continuer à y prendre part.

La ligne dure a fini par l’emporter, en réponse au désengagement progressif de Téhéran de l’accord de 2015.

La République islamique a en effet commencé ces derniers mois à ne plus respecter ses propres engagements en matière nucléaire, pour protester contre les sanctions américaines qui mettent à genoux son économie.

Cette décision iranienne a poussé les signataires européens de l’accord de Vienne (France, Royaume-Uni et Allemagne) à lancer une procédure contre l’Iran pour violation de ce texte, qui ne tient donc plus qu’à un fil.  

« Le régime iranien poursuit ses menaces nucléaires », a déploré Mike Pompeo, dénonçant une « escalade inacceptable ». « Je ne peux plus justifier le renouvellement de ces dérogations », a-t-il estimé.

« Le chantage nucléaire du régime va déboucher sur une pression accrue sur l’Iran », a-t-il encore prévenu.

Le secrétaire d’État a également placé le directeur exécutif de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran, Amjad Sazgar, et un autre responsable chargé de la recherche et développement sur les centrifugeuses, Majid Aghai, sur une liste noire américaine.

L’escalade des tensions entre les deux pays ennemis a atteint son apogée début janvier, lorsque l’armée américaine a tué dans une frappe près de l’aéroport de Bagdad le puissant général iranien Qassem Soleimani.

L’administration Trump entend désormais se battre pour prolonger l’embargo international sur les ventes d’armes conventionnelles à l’Iran, qui expire en octobre. Téhéran a déjà prévenu qu’une telle mesure acterait la « mort à jamais » de l’accord sur le nucléaire.