(Nations unies) Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est inquiété mercredi dans une déclaration ultra-courte adoptée à l’unanimité « du risque de dispersion » des djihadistes retenus prisonniers dans le nord-est de la Syrie, sans réclamer la fin de l’offensive militaire turque contre les Kurdes.

Philippe RATER
Agence France-Presse

Les 15 membres du Conseil, incluant la Russie, acteur principal dans le conflit opposant Turcs aux Kurdes déclenché il y a dix jours par Ankara, ont aussi fait part dans ce texte de leur « grande préoccupation » face à une « détérioration accrue de la situation humanitaire » dans la région.

« On est tous d’accord » sur le danger d’une reconstitution du groupe État islamique, a résumé auprès de l’AFP un ambassadeur occidental sous couvert d’anonymat.

Proposé par la France, le texte a minima adopté par le Conseil de sécurité à l’issue d’une réunion demandée par les Européens ne contient ni condamnation de l’offensive de la Turquie, ni demande d’arrêt de ses opérations.

Dans une déclaration conjointe séparée, les membres européens du Conseil de sécurité (Allemagne, Belgique, France, Royaume-Uni et Pologne), fortement éprouvés pour certains dans le passé par des attentats, ont souligné la nécessité de sécuriser les camps renfermant des djihadistes. « La détention sécurisée des combattants terroristes est impérative afin de les empêcher de rejoindre des groupes terroristes », ont-ils affirmé.

S’exprimant séparément devant la presse, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft, a aussi insisté sur le danger djihadiste : « L’offensive militaire de la Turquie dans le nord-est de la Syrie compromet la campagne menée pour vaincre le groupe État islamique, met en danger des civils innocents et menace la paix, la sécurité et la stabilité dans la région ».

La Chine inquiète

Son homologue chinois, Zhang Jun, a tenu à faire part de la préoccupation de son pays sur le même sujet. L’offensive turque « a rendu le contreterrorisme plus fragile » et sécuriser les camps où les djihadistes sont détenus « est vraiment de notre intérêt à tous », a-t-il fait valoir lors d’une rare rencontre avec quelques journalistes.

« Personne ne peut prétendre que le sujet ne vaut que pour la Syrie et l’Irak », a concédé l’ambassadeur russe, Vassily Nebenzia.

Mercredi, la Belgique a révélé que deux djihadistes belges emprisonnés en Syrie s’étaient évadés. Peu après, les Kurdes ont annoncé le « gel » de leurs opérations contre le groupe État islamique.

L’unanimité des grandes puissances exprimée mercredi, même limitée au seul sujet djihadiste, tranche singulièrement avec leurs premières réactions en fin de semaine dernière à l’ONU.

A l’issue d’une première réunion en urgence sur la Syrie, des textes concurrents, d’une part des membres européens du Conseil et d’autre part des États-Unis, réclamant un arrêt de l’offensive turque, avaient été bloqués vendredi par la Russie et la Chine.

L’offensive turque dans le nord-est de la Syrie a provoqué le déplacement de plus de 160 000 civils selon l’ONU et le retrait, par mesure de sécurité, de plusieurs ONG apportant de l’aide humanitaire à une population éprouvée par la guerre déclenchée en 2011 et qui a fait plus de 370 000 morts.