(Jérusalem) Israël a-t-elle fait apparaître dimanche deux faux blessés dans un hôpital de Haïfa dans l’espoir de freiner les frappes du Hezbollah libanais? Oui, soutiennent des médias en Israël, où le dévoilement de cette «ruse» a suscité lundi un vif débat.

Guillaume LAVALLÉE
Agence France-Presse

Dimanche, vers 16h00, le Hezbollah libanais tire des missiles antichars sur un poste militaire israélien à Avivim, localité assise sur la frontière libano-israélienne. Israël réplique avec des bombes fumigènes, puis des tirs d’obus sur trois villages du sud du Liban.

L’armée israélienne ne fait alors mention d’aucun blessé. Ni au début, ni à la fin de l’échange. Mais les militaires affirment que des positions ont été «touchées». Et, en plein milieu des échanges de tirs à la frontière, au moins un journaliste photographie deux «blessés» à Haïfa, grande ville du nord du pays.

Ces images montrent des soldats et des secouristes escortant deux blessés au visage flouté, dont un sur une civière, le corps maculé de «sang» et avec un bandage blanc, qui ne semble pas très serré, le long du bras gauche.

AFP

Les visages des secouristes ont également été floutés.

L’hôpital de Rambam, à Haïfa, diffuse en ligne des images de ce qui semble être un hélicoptère militaire atterrissant sur place.

Pendant que les images commencent à circuler en ligne, un ministre assure à la radio que les tirs du Hezbollah contre un véhicule blindé israélien n’ont fait aucun blessé.

Le «brouillard» radio

L’armée confirme plus tard, suivi du premier ministre Benyamin Nétanyahou se targuant que les tirs du Hezbollah n’ont pas fait un «égratigné» côté israélien. L’hôpital de Rambam diffuse un communiqué assurant que deux hommes ont été «extraits de l’hélicoptère, examinés en urgence pour repartir sans traitement».  

Les médias israéliens y ont vu d’emblée une «ruse» de l’armée israélienne afin de faire croire à des blessés, sans pour autant l’annoncer officiellement.

But de la manœuvre: apaiser les tensions à la frontière en signifiant pendant quelques heures au Hezbollah qu’il a accompli sa mission de venger une frappe israélienne sur ses agents en Syrie, et qu’il peut ainsi cesser les hostilités.

Si telle était bien le but de la manœuvre israélienne, alors pourquoi un membre du gouvernement a-t-il rapidement déclaré que les frappes ennemies n’avaient pas fait de victimes?

«Ce n’était pas le but de l’armée que tout cela soit connu. Ca devait rester dans une sorte de brouillard […] afin de confondre le Hezbollah», a commenté un général israélien à la retraite requérant l’anonymat.

Selon lui, un ministre a court-circuité la manœuvre en affirmant en ondes, avant l’armée, qu’il n’y avait pas de blessés.

NYT

Benny Gantz

En pleine campagne électorale pour les législatives du 17 septembre, le principal rival de Benyamin Nétanyahou, Benny Gantz, a accusé lundi le gouvernement d’avoir nui à l’opération de l’armée.  

«Un ministre révèle des informations en direct lors d’une interview, puis le premier ministre dit dans un entretien à la presse qu’il n’y a pas eu de blessés […] Cela donne l’impression que des questions opérationnelles prennent une tournure politique», a déclaré M. Gantz, lui-même un ancien chef de l’armée israélienne.

Si M. Nétanyahou a affirmé dimanche qu’il n’y avait aucun blessé, il l’a fait cependant uniquement après la confirmation de l’armée qu’il n’y avait eu aucun blessé dans les tirs du Hezbollah.

«Nous avons agi hier avec détermination et de façon responsable. Nous avons protégé les civils et les militaires. L’homme dans un bunker à Beyrouth (Hassan Nasrallah) sait très bien pourquoi il est dans un bunker car nous allons continuer de faire tout ce qui est possible pour protéger Israël», a déclaré lundi M. Nétanyahou.