(Beyrouth) Le régime syrien a massé samedi des renforts près de Khan Cheikhoun, une ville clé récemment reconquise dans la province d’Idleb, où Damas cherche à poursuivre son offensive face aux djihadistes et aux rebelles en dépit des tensions avec Ankara.

Agence France-Presse

Alors que les forces du régime encerclent toujours un poste d’observation de l’armée turque près d’Idleb, dans le Nord-ouest syrien, le président Recep Tayyip Erdogan se rendra mardi à Moscou pour y rencontrer son homologue Vladimir Poutine.

Les deux puissances jouent un rôle de premier plan dans la guerre complexe et dévastatrice qui sévit en Syrie : Moscou soutient depuis des années le pouvoir de Bachar al-Assad, tandis que la Turquie, frontalière d’Idleb, appuie des rebelles désormais affaiblis.

Après près de quatre mois de bombardements meurtriers contre Idleb et des zones adjacentes dominées par les djihadistes, le régime, soutenu par l’aviation russe, a lancé le 8 août une offensive au sol.

Après avoir pris le contrôle de Khan Cheikhoun, dans le sud d’Idleb, les forces gouvernementales ont conquis vendredi plusieurs localités et villages tenus par des djihadistes et des rebelles dans la province voisine d’Hama.

Les forces gouvernementales semblent maintenant vouloir remonter vers le nord, en direction de Maaret al-Noomane, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Le régime a massé des renforts au nord de Khan Cheikhoun, en prévision de sa progression vers » cette région, a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Un correspondant de l’AFP a pu voir des nuages de fumée grise s’élever dans le ciel près de Maaret al-Noomane, alors que, selon l’OSDH, les villages alentour sont la cible de raids aériens du régime et de Moscou.

Poste turc « encerclé »

La province d’Idleb et des secteurs adjacents sont dominés par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda).

Maaret al-Noomane et Khan Cheikhoun sont situées sur une autoroute reliant la capitale Damas à la grande ville du nord, Alep, toutes deux tenues par le régime.

Selon des experts, le régime cherche à prendre l’intégralité du secteur d’Idleb de cette artère vitale reliant Alep à la frontière sud avec la Jordanie, via Hama et Homs (centre).

Vendredi, en prenant la localité de Morek et ses environs, dans le nord d’Hama, les forces du régime ont encerclé le principal poste d’observation des forces turques.

La Turquie dispose depuis près de deux ans de douze postes d’observation à Idleb et Hama.

« Le poste turc de Morek est encerclé, et l’armée syrienne sera capable d’éliminer ces postes turcs et d’éliminer les terroristes », a asséné Bouthaina Chaabane, conseillère de M. Assad, interrogée dans la nuit sur la télévision Al-Mayadeen basée à Beyrouth.

Sommet le 16 septembre

Le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, a confirmé vendredi que les forces prorégime étaient non loin du poste, mais affirmé que son pays ne l’abandonnerait pas.

La tension était montée en début de semaine quand des bombardements du régime et de la Russie avaient touché les véhicules de rebelles proturcs escortant un important convoi militaire dépêché par Ankara. Le convoi est toujours à l’arrêt au nord de Khan Cheikhoun, d’après l’OSDH.

Ces derniers développements seront au cœur d’un sommet le 16 septembre à Ankara entre les présidents de Russie, d’Iran et de Turquie.

La région d’Idleb était censée être protégée par un accord sur une « zone démilitarisée », dévoilé en septembre 2018 par la Turquie et la Russie pour séparer les zones gouvernementales des territoires djihadistes et insurgés. Mais l’accord n’a été que partiellement appliqué.

Depuis fin avril, les frappes du régime et de l’armée russe ont tué 900 civils, selon l’OSDH. Et plus de 400 000 personnes ont été déplacées, d’après l’ONU.

Ailleurs à Idleb, une voiture piégée a explosé samedi dans le chef-lieu de la province, tenu par les djihadistes de HTS. L’explosion a tué deux personnes, selon l’OSDH, dans une ville habituée à ces attaques qui ne sont pas toujours revendiquées.

Déclenchée en 2011 après la répression par le régime de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie a fait plus de 370 000 morts.