Plus de 65 journalistes, blogueurs et écrivains sont détenus en Iran depuis la présidentielle contestée de juin et pourraient être jugés sous l'inculpation d'«espionnage» pour les médias étrangers, a estimé mardi une organisation de défense de la profession.

Mis à jour le 16 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le tableau (en Iran) est plutôt sombre», a déclaré Robert Mahoney, directeur adjoint du Comité de protection des journalistes (CPJ), lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU à New York, où il présentait le dernier rapport de cet organisme, intitulé «Attaques contre la presse, 2009».

Maziar Bahari, un journaliste irano-canadien travaillant pour le magazine américain Newsweek qui a été emprisonné en Iran en juin et libéré quatre mois plus tard, a déclaré que plus de 100 journalistes, blogueurs et écrivains avaient été arrêtés à différentes périodes depuis l'élection, dont plus de 65 sont toujours sous les verrous.

«Ils pourraient tous être accusés d'espionnage pour les médias étrangers,» a-t-il dit, soulignant que l'espionnage est passible de la peine de mort en Iran.

«Le gouvernement n'a aucun respect pour la vie privée des citoyens», a ajouté M. Bahari. «Sa stratégie est de donner à chacun, en particulier aux journalistes, un sentiment d'insécurité».

«Le gouvernement iranien utilise maintenant (Facebook) pour enquêter sur les dissidents et les journalistes, puiser dans leurs données, découvrir qui sont leurs amis», a souligné M. Mahoney. «Ils retournent contre la presse la technologie qui devrait la libérer. C'est une tendance inquiétante».

M. Mahoney a indiqué que le CPJ «surveillait de plus en plus près les tentatives du gouvernement pour censurer et filtrer les contenus en ligne, surveiller les journalistes, s'informer sur leurs contacts et tenter d'entraver leur capacité à utiliser l'internet comme instrument de liberté d'expression».

La semaine dernière, les Etats-Unis avaient également accusé l'Iran de tenter d'imposer «un blocus quasi-total sur l'information» pour faire face aux contestataires anti-gouvernementaux, qualifiant cette attitude de sans précédent.