(Kyiv) L’Ukraine a affirmé lundi avoir visé dans l’Est une base du groupe paramilitaire Wagner, dont les hommes sont accusés de combattre aux côtés des troupes russes, et avoir détruit un pont près de la ville occupée de Melitopol (Sud).

Mis à jour le 15 août
Agence France-Presse

Selon le gouverneur de la région de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, la base de cette société militaire privée dans la ville de Propasna a été « détruite par une frappe de précision ». Le tir a eu lieu dimanche, a précisé Serguiï Gaïdaï sur Telegram.

Très opaque, le groupe Wagner est réputé comme étant lié à l’oligarque russe Evguéni Prigojine, lui-même considéré comme un proche du président russe Vladimir Poutine. La présence de ses combattants a été attestée ces dernières années en Syrie, en Libye, au Mali et dans d’autres pays d’Afrique.

Les autorités ukrainiennes ont également affirmé que des saboteurs pro-Kyiv sont parvenus à faire sauter un pont ferroviaire près de la ville de Melitopol (région de Zaropijjia, Sud), occupée par l’armée russe, dans un nouvel effort pour perturber la logistique des troupes de Moscou.

« Un pont ferroviaire en moins au sud-ouest de Melitopol signifie une absence totale de trains militaires depuis la Crimée », péninsule annexée en 2014 par la Russie et essentielle aux ravitaillements de l’armée russe, a annoncé sur Telegram le maire de Melitopol Ivan Fedorov.

L’Ukraine a visé plusieurs ponts ces dernières semaines, principalement dans la région occupée de Kherson (Sud), où Kyiv dit mener une contre-offensive ayant permis de reprendre des dizaines de villages et menacer désormais les troupes russes ayant traversé le fleuve Dniepr.

Dans la région d’Odessa (Sud), sur la mer Noire, trois estivants ont été tués lundi et deux autres blessés, alors qu’ils se baignaient sur une plage à Zatoka, une populaire station balnéaire, par la détonation d’un « engin explosif inconnu », a annoncé sur Telegram un porte-parole des autorités régionales, Serguiï Bratchouk.

Et dans la matinée, des bombardements russes sur Kharkiv (Nord-Est), la deuxième ville du pays, ont fait un mort, a indiqué sur Facebook un haut responsable de la police locale, Serguiï Bolvinov.

PHOTO SERVICES D’URGENCE UKRAINIENS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un secouriste inspecte un cratère formé par les bombardements russes à Kharkiv.

« À 11 heures du matin Kharkiv a été bombardée. Neuf personnes ont été blessées. Malheureusement, une femme âgée de 75 ans est morte à l’hôpital des suites de ses blessures », a confirmé dans une vidéo publiée sur Telegram le gouverneur de la région de Kharkiv, Oleg Synegubov.

« Il y a eu d’autres bombardements ailleurs dans la région », a-t-il ajouté. « Trois personnes blessées dans ces bombardements ont été hospitalisées ».

Dans la région de Donetsk (Est), où les forces concentrent actuellement leur assaut après avoir pris la quasi-totalité de la région voisine de Louhansk, « la situation demeure tendue » et « la ligne de front est sous les bombes », a indiqué le gouverneur régional Pavlo Kyrylenko dans une vidéo postée sur sa chaîne Telegram.

« Sloviansk a été bombardée dans la nuit. Et pratiquement chaque jour Bakhmout, Siversk et Soledar sont bombardées », a-t-il poursuivi. « Mariinka, Krangogorivka et Avdiivka sont également bombardées en permanence. Pratiquement trois quarts de la population de la région a été évacuée. Il demeure encore un quart de la population ».

Fin juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait annoncé que l’évacuation de la région de Donetsk était obligatoire, notamment en prévision de l’hiver, la destruction des réseaux de distribution du gaz risquant de priver les logements de chauffage.

Cinq étrangers jugés comme « mercenaires »

Les séparatistes soutenus par Moscou dans l’est de l’Ukraine ont commencé lundi à juger trois Britanniques, un Croate et un Suédois accusés d’avoir combattu avec l’armée ukrainienne, ce qui pourrait leur valoir la peine de mort.

La « Cour suprême » de la région séparatiste de Donetsk a ouvert le procès de John Harding, Andrew Hill, Dylan Healy, originaires du Royaume-Uni, ainsi que du Croate Vjekoslav Prebeg et du Suédois Mathias Gustafsson, ont indiqué les médias russes.

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De gauche à droite : Andrew Hill, Dylan Healy, Vjekoslav Prebeg, John Harding et Mathias Gustafsson lors de leur audience à Donetsk

MM. Harding, Prebeg et Gustafsson, faits prisonniers dans la zone du port ukrainien de Marioupol, assiégé et bombardé pendant des semaines par l’armée russe, encourent la peine de mort, selon une juge citée par l’agence de presse TASS.

Selon l’agence Ria-Novosti, ces trois hommes qui risquent l’exécution sont poursuivis pour tentative de « prise de pouvoir par la force » et pour « participation à un conflit armé en tant que mercenaire ».

Le Britannique Andrew Hill est lui accusé uniquement de mercenariat, tandis que Dylan Healy est poursuivi pour « avoir participé au recrutement de mercenaires » en faveur de l’Ukraine, toujours selon l’agence Ria-Novosti.

Le tribunal a indiqué que le procès des cinq accusés ne reprendra que début octobre, sans donner d’explications sur les raisons de ce délai. Ils ont tous plaidé non coupable, selon les médias russes.

Début juin, deux combattants britanniques et un marocain avaient déjà été condamnés à mort par les séparatistes de Donetsk. Ils ont fait appel de cette décision.

Un moratoire sur la peine de mort est en vigueur en Russie depuis 1997, mais ce n’est pas le cas dans les deux territoires séparatistes de l’Est ukrainien.

Négociations avec l’ONU sur Zaporijjia

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou et le chef de l’ONU Antonio Guterres ont évoqué lundi par téléphone la sécurité de la centrale nucléaire de Zaporijjia, sous contrôle de Moscou dans le sud de l’Ukraine, où elle est visée par des bombardements.

« Sergueï Choïgou a mené des négociations téléphoniques avec le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, concernant les conditions d’un fonctionnement sécurisé de la centrale nucléaire de Zaporijjia », a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué.

La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, avait été prise début mars par les troupes russes, au début de leur offensive à grande échelle en Ukraine, lancée le 24 février.

Depuis fin juillet, plusieurs frappes, dont les deux parties s’accusent mutuellement, ont visé le site, faisant craindre une catastrophe nucléaire et provoquant jeudi dernier une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

Kyiv accuse Moscou d’utiliser la centrale comme base d’attaque et dépôt de matériel. Soutenue par ses alliés occidentaux, l’Ukraine appelle à la démilitarisation de la zone et au retrait des forces de Moscou.

Selon le ministère de la Défense russe, MM. Choïgou et Guterres ont également évoqué lundi les explosions ayant touché fin juillet la prison d’Olenivka, dans la région séparatiste de Donetsk (Est de l’Ukraine), entraînant la mort de dizaines de prisonniers ukrainiens.

Kyiv accuse Moscou d’avoir massacré ces détenus. Moscou dément et affirme au contraire que l’armée ukrainienne a bombardé le camp de prisonniers.