(Washington) Le président américain Joe Biden a dit vendredi préparer un « ensemble d’initiatives » visant à protéger l’Ukraine d’une attaque russe, au moment où Kiev et Washington accusent Moscou de préparer une invasion.

Mis à jour le 3 déc. 2021
Agence France-Presse

Disant être en « contact constant » avec les alliés des États-Unis et les Ukrainiens, il a déclaré, depuis la Maison-Blanche : « Je suis en train de préparer ce qui sera, je crois, l’ensemble d’initiatives le plus complet et le plus pertinent qui soit pour rendre très, très difficile à M. Poutine de faire ce que les gens craignent qu’il fasse ».

Le président américain et son homologue russe devraient prochainement échanger directement sur les crispations autour de l’Ukraine, sept ans après l’annexion russe de la Crimée et la prise de contrôle d’une partie de l’est de l’ancienne république soviétique par des forces séparatistes prorusses.

La tension ne cesse de monter depuis plusieurs semaines autour d’une éventuelle nouvelle attaque de l’Ukraine par la Russie, accusée d’avoir massé des dizaines de milliers de soldats à la frontière.

Pour apaiser les crispations, Moscou réclame des « garanties sécuritaires » et notamment l’assurance que l’OTAN ne va pas continuer à s’étendre vers l’est, avec une adhésion de l’Ukraine notamment.

Kiev de son côté refuse catégoriquement d’abandonner un tel projet d’adhésion, formellement sur la table depuis 2008, mais resté dans les limbes. Adhérer à l’OTAN signifierait que les autres pays de l’alliance, États-Unis en tête, seraient tenus d’intervenir militairement pour défendre l’Ukraine en cas d’agression.

La Russie continue de déployer des troupes autour de l’Ukraine et sera prête pour une éventuelle « escalade » militaire fin janvier, a déclaré vendredi le ministre ukrainien de la Défense, en plein pic de tensions.

La Russie prête à attaquer fin janvier ?

Par ailleurs, les services de renseignement ukrainiens estiment que « la période la plus vraisemblable » pour l’achèvement des préparatifs russes en vue d’une « escalade d’envergure » est la fin du mois de janvier, a déclaré devant le Parlement le ministre, Oleksiï Reznikov.

Selon lui, environ 100 000 troupes russes pourraient participer à une éventuelle offensive. « L’escalade est un scénario possible, mais pas inévitable. Notre tâche est de le prévenir », a souligné le ministre.

La Russie a déjà « commencé des exercices militaires près de l’Ukraine » et est en train de « tester ses communications », a-t-il encore affirmé.

La semaine dernière, des unités russes dans les régions de Briansk et Smolensk, au nord de l’Ukraine, ont été « renforcées avec des chars et des blindés », toujours selon M. Reznikov.

Dans l’est de l’Ukraine, en proie depuis 2014 à une guerre contre des séparatistes prorusses, des soldats ukrainiens interrogés par l’AFP ont jugé une offensive russe possible.

« Notre tâche est simple : ne pas laisser l’ennemi (avancer) dans notre pays », a déclaré Andriï, 29 ans, en fumant dans une tranchée près de la ville de Svitlodarsk, dans la région de Donetsk.

« Tous nos gars sont prêts à les retenir », a abondé son camarade, Ievguen, 24 ans, ajoutant : « C’est notre terre, on va tenir jusqu’au bout ».

Les deux hommes ont fait état d’une intensification de tirs séparatistes sur leurs positions ces derniers jours.

Attaque au mortier de 82 mm

Sur le front, on a pu entendre des tirs de mortier des séparatistes, suivis d’une riposte des forces de Kiev.

« On nous a tiré dessus avec des mortiers de calibre 82 mm, une douzaine d’obus », a relevé Ievguen, en uniforme kaki, casque et gilet pare-balle. « Lorsqu’on a riposté à la mitrailleuse, on a reçu des tirs de lance-grenade ».

Selon Andriï, les tirs séparatistes sont devenus « plus fréquents ». « On riposte quand on a l’autorisation. Et c’est le silence à nouveau ».

Pour Ievguen, les mouvements de troupes russes à la frontière pourraient être un moyen de pression sur Kiev. Pour lui, il s’agit de « simplement montrer qu’ils sont forts et qu’ils peuvent lancer (une offensive) à tout moment ».

Si Kiev et les Occidentaux ont dit craindre une possible invasion russe de l’Ukraine, Moscou a démenti à plusieurs reprises toute velléité belliqueuse.